vendredi 24 juin 2011

Trois hommes dans un bateau

Jerome K. Jerome


Éditions Points Signatures 185 pages 8,20 €






























3 amis anglais décident de passer leurs vacances ensemble, sur un canot à rames qui les conduit de Kingston à Londres.


C’est l’occasion pour l’auteur, de se livrer à de nombreux exercices de style, le tout sur un ton désopilant so british (précurseur des Monty Python ?). En effet l’on passe d’envolées lyriques sublimes (les 3 hommes imaginent ce que doit être le voyage), aux situations ubuesques liées à l’incompétence non assumée de nos lascars, qu’il s’agisse de la navigation ou de l’organisation de l’intendance. Les lieux traversés fournissent un  prétexte à de nombreuses anecdotes historiques, ou à une conception assez nombriliste des valeurs sociales(de la nuisance des petits bateaux quand on est sur un gros, et inversement), ou encore à la réminiscence de souvenirs personnels qui permettent de cerner les personnages


J’allais oublier le quatrième compagnon, et pas des moindres : Montmorency, le chien névrosé, qui ne laisse pas sa part de responsabilité dans la mise en place des scénarios catastrophes.


Ce roman n’est pas pour moi une totale découverte, car, il y a de cela quelques décennies,  notre prof d’anglais l’avait choisi comme fil rouge de l’année de seconde, à la place d’un manuel classique. Je n’en avais pas alors perçu toutes les subtilités….

Citations

"Quant à moi j'ai découvert un excellent préservatif contre le mal de mer, c'est de me balancer. On se tient debout au milieu du pont, et quand le bateau roule et tangue, on penche son corps de côté et d'autre, de façon à le tenir toujours vertical. Quand la proue se relève, on s'incline en avant, jusqu'à ce que le pont touche presque votre nez ; quand c'est la poupe qui se soulève, on s'incline en arrière. Cela va très bien une heure ou deux ; mais on ne peut pas se balancer pendant une semaine."

"Je n'ai jamais vu en faire autant avec vingt-six sous de beurre que ces deux types-là. Lorsque George l'eût décollé de sa pantoufle, ils s'avisèrent de l'introduire dans la bouilloire. Il refusa d'y entrer et ce qui avait réussi à s'insinuer dedans refusait d'en sortir. Ils finirent par l'extraire en le raclant, et le déposèrent sur une chaise. Harris s'assit dessus, le beurre se colla à lui, et ils le cherchèrent dans toute la pièce"

"En sera-t-il de même dans l'avenir? Les trésors précieux d'aujourd'hui seront-ils toujours les bagatelles à bon marché de la veille? Verra-t-on des rangées de nos assiettes à fleurs s'aligner au-dessus des marbres de cheminée chez les gens cossus de l'an 2000 et quelques? Et les tasses blanches  à filet d'or avec au fond la jolie fleur (d'espèce inconnue), que notre petite bonne casse maintenant à plaisir, figureront-elles, après de soigneux raccommodages, sur un piédestal où ne les époussettera que la maîtresse de maison?"

"Elle est fort étrange, cette domination exercée par notre intellect sur nos organes digestifs. Nous ne travaillons, nous ne pensons, que si notre estomac nous y autorise. il nous dicte nos sentiments, nos passions. Après des œufs aux lards, il ordonne :"Travaille!" Après un bifteck arrosé de bière, il décrète : "Dors!" Après une tasse de thé (deux petites cuillères par tasse et ne pas infuser plus de deux ou trois minutes), il dit au cerveau : "Allons, debout, et montre ta force. Sois éloquent, profond, ému; ; plonge un regard lucide dans la nature et la vie. Déploie les blanches ailes de la pensée palpitante et dominant de haut le tourbillon du monde ; prends ton essor, esprit divin, par les longues avenues d'astres flamboyants qui mènent aux portes de l'éternité!"

"S'il y avait eu quelque raison particulière pour nous obliger à ne pas nous rendormir, mais bien à nous lever et à nous habiller au plus vite, nous serions retombés, tout en consultant nos montres, dans un sommeil qui se fût prolongé jusqu'à dix heures. Mais comme il n'y avait aucune nécessité de nous lever avant encore au moins deux heures, et que nous lever à ce moment-là était complètement absurde, nous ne pouvions manquer de part l'esprit de contradiction inhérent aux  choses en général, de nous sentir persuadés que nous ne pouvions, sous peine de mort, rester couchés cinq minutes de plus."

"J'ignore combien il peut exister dans l'univers, mais quiconque m'eût apporté à cet instant précis une cuillerée de moutarde les aurait tous obtenus de moi. Telle est ma prodigalité lorsque je désire quelque chose que je n'ai pas."

"On ne saurait me donner trop de travail ; accumuler le travail est devenu chez moi presque une passion ; mon bureau en est rempli, à tel point qu'il n'y a plus de place pour en mettre davantage. Il me faudra bientôt faire bâtir une annexe.

Et je prends soin de mon travail, aussi. Une partie de celui que j'ai à présent chez moi est en ma possession depuis des années, et il n'y a pas dessus la moindre trace de doigt. Je suis très fier de mon travail ; je descend de temps à autre pour l'épousseter. Personne ne tient son travail en meilleur état de conservation que moi."

Chronique rédigée dans le cadre d'un Partenariat avec Bibliofolie et les éditions Points que je remercie

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