dimanche 20 novembre 2011

La couleur des sentiments

Kathryn Stockett
















Jackson. Mississipi. Les années 60. L’esclavage a été aboli il y a bien longtemps. Et pourtant... Les attitudes ont-elles changées? Les faibles salaires et le mépris ambiant, la  maltraitance par négligence ou intentionnelle sont le quotidien des femmes de la communauté noire. C’est la détermination de Skeeter, une jeune femme  que sa grande taille a toujours marginalisée, qui amènera les bonnes à se livrer, à confier leur rancoeur (et de rares épisodes heureux) : Skeeter en retirera 270 pages de témoignages, dans une ambiance de terreur à l’idée des conséquences que pourraient avoir de telles révélations. Skeeter risque au pire d’être mise au ban de la société étriquée de la ville, ce qui est déjà presque le cas avant même la mise en place du projet. Les bonnes, elles, y risquent leur travail, voire leur vie, pour peu qu’un compagnon irascible l’apprenne.
C’est un magnifique récit, extrêmement émouvant, prompt à faire venir les larmes, qu’elles soient de joie ou de peine. Il en émane une grande sincérité, sans artifice. 
Par ailleurs l’intrigue est suffisamment bien menée pour que l’on se demande jusqu’aux dernières lignes quelles seront les conséquences de ce coup de pied dans la fourmilière
Hormis l’évocation du racisme, dont on aimerait penser qu’il est  caricatural (et qui ne l’est sans doute pas), l’auteur évoque le climat politique de l’époque, dans une société encore bâtie sur des schémas désuets. L’assassinat de JF Kennedy vient secouer ce petit monde et la révolte gronde chez les opprimés.  Mais dans le cercle fermé des relations de l’héroïne, les consciences ont du mal à s’éveiller : les décisions tiennent plus compte des conséquences pratiques (serais-je toujours invitée au bridge si je dis bonjour à untel, et qu’en dira mon mari) que de véritables prises de conscience morale. Il suffit donc d’une personne soumettant à ses caprices un groupe pour que tout soit verrouillé. 
Grand prix des lectrices de Elle, ce roman mérite son succès.

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