dimanche 11 décembre 2011

Du domaine des Murmures

Carole Martinez






















D’emblée le titre évoque un univers tout en nuances, à la fois confiné et ouvert sur le monde, au delà des murailles, jusqu’au confins du réel

Dans une ambiance très différente de Coeur cousu, à la fin du douzième siècle en notre terre de France, l’auteur donne la parole à Esclarmonde, une jeune vierge qui a osé l’inconcevable : refuser son promis le jour même des épousailles devant la noce assemblée à l’église, pour s’offrir à Dieu dans une réclusion irréversible, emmurée dans un réduit vétuste. Une rencontre violente à la veille de cet enfermement modifiera considérablement le destin de la prisonnière volontaire.

Féministe avant l’heure, cette très jeune fille refuse la soumission et le destin inéluctable de toute femme à cette époque. L’isolement volontaire la conduit à une expérience mystique intense, et lui confère un ascendant  surnaturel sur les fidèles en manque de prodiges. Au point de maintenir la Faucheuse à distance, et de rendre les terres plus fécondes. 
Le rapport à son père est des plus complexes, maudit et fusionnel, créant un lien quasiment télépathique, contrainte de vivre en rêves son expédition guerrière en Terre Sainte. 

L’écriture est superbe, à la fois poétique et réaliste, avec juste ce qu’il faut de suranné pour nous plonger dans le passé, sans pour autant s’en sentir exclu. La narration par l’héroïne elle-même, hors du temps, contant sa propre histoire, donne beaucoup de dynamisme et de consistance au récit. La dimension onirique y confine au spirituel. 

C’est un magnifique récit, d’une grande profondeur que je recommande vivement.

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