vendredi 18 mai 2012

Caligula

Albert Camus





















Pièce en 4 actes écrite en 1944 pour sa version définitive, elle a été jouée en 1945 par Gérard Philippe, et reprise maintes fois en France comme à l’étranger
A la suite de la perte  d’une femme qu’il aimait (un détail : il s’agissait de sa soeur!), Caligula subit un profond changement de personnalité. Conscient de l’absence de limites que lui confère le pouvoir, à la façon d’un enfant en mal de repères, il fait régner une terreur sans nom sur son peuple et son entourage proche. C’est sans vergogne qu’il tue, viole, humilie, pille et comble du châtiment : il méprise. 

Sa cour, pétrie de peur, s’incline et se vautre dans la flagornerie, reste muette face aux multiples vexations, d’autant plus perverse que Caligula en fin psychologue cerne parfaitement le tempérament de chacun et adapte les tortures en fonction de ce qu’il perçoit de leurs angoisses.

Deux hommes résistent à cette emprise : Scipion le poète et surtout Cherea, qui fomente une révolte.
Derrière l’intrigue, se retrouvent des thèmes chers à Camus et développés dans les nombreux textes qu’il a laissés : le fonctionnement du pouvoir totalitaire, dont la seule échappatoire est de ne pas s’y trouver confronté. Coupable ou non, l’accusé est fautif et donc condamnable. C’est ce qui arrive à Méreïa, qui sera exécuté sur le champ au terme d’une réquisitoire digne des plus stupides sophistes.

Une tirade fait allusion aux relations rapidement conflictuelles avec les intellectuels de la bande Sartre, et fait référence à l’enfance pauvre ("je suis né esclave...") en opposition à ceux «qui n’ont jamais rien souffert ni risqué».
Enfin face au tyran se dresse Cherea, qui incarne la raison et la révolte lucide, reste honnête et fidèle à ses principes, jusqu’au crime final.
Dans ses Carnets, Camus évoque un épilogue pour la pièce : "Non, Caligula n'est pas mort. Il est là, et là. Il est en chacun de vous. Si le pouvoir vous était donné, si vous aviez du cœur, si vous aimiez la vie, vous le verriez se déchaîner, ce monstre ou cet ange que vous portez en vous. Notre époque meurt d'avoir cru aux valeurs et que les choses pouvaient être belles et cesser d'être absurdes. Adieu, je rentre dans l'histoire où me tiennent enfermé depuis si longtemps ceux qui craignent de trop aimer"
Très courte et très agréable à lire, j’ai imaginé derrière les dialogues la fougue et la folie incarnée par Gérard Philippe, que je rêverais de voir...

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