samedi 2 juin 2012

la montagne invisible

Carolina de Robertis























Coup de cœur!

La montagne invisible, c'est celle qu'ont cru apercevoir les premiers colons, débarquant en Uruguay.  Monte video : je vois une montagne. Illusion. La montagne est une simple colline : Ignazio le découvre lorsqu'il débarque à son tour, rêvant de gondoles sur le Rio de plata. C'est un cirque ambulant qui l'emmène sur les routes du pays. L'amour l'y attend : il revient à Montevideo avec Papajita. Le petit oiseau. L'enfant du miracle, la fillette sans nom, retrouvée au sommet d'un arbre. Les enfants naissent, la vie n'est pas facile. Ignazio est poursuivi par ses démons. Papajita se bat obstinément pour ses enfants. Eva la petite dernière ne poursuit pas ses études, son père lui a trouve un travail et la famille à besoin de cet argent. Funeste erreur, l'ami des premiers jours est un monstre : Eva s'enfuit. Muette pour toujours sur cet épisode maudit de sa jeunesse. Le café ou elle est embauchée est un tremplin pour s'épanouir à travers  la poésie qui l'habite. Buenos Aires rime un temps avec misère, mais  c'est encore l'amour qui prend en main la destinée de la jeune femme. Les temps sont troublés, la révolte gronde, les amitiés  se font et défont au gré des alliances politiques. La fuite est nécessaire : Eva revient à Montevideo. Son mari la quitte, la laissant avec ses deux enfants. Sa famille est là, prête à la soutenir. Sa poésie l'accompagne, ainsi qu'un mystérieux amour...C'est Salomé, sa fille, tenue quelques minutes peu après  sa naissance dans les bras d'un étudiant en médecine encore inconnu, Ernesto Guevara, qui prend le flambeau de l'épopée familiale. La jeune fille scelle son destin en rejoignant les rebelles tupamaros.

Carolina de Robertis signe là une saga trépidante, impossible à lâcher. Bien entendu, combien de migrants, aspirants poètes ou guérilleros en herbe ont perdu leurs biens, leur dignité, voire leur vie, pour avoir poursuivi leurs rêves? C'est la magie de l'écriture de forger un destin au rythme  des rencontres de hasard et de la  volonté du héros. Cependant il en existe aussi qui sont allés au bout du chemin qu'ils auraient pu abandonner mille fois.    

Ensorcelé et captivé par l'histoire singulière, le lecteur s'enrichit également de l'Histoire : celle de ce petit pays, entrainé malgré lui dans la marche sanglante des bouleversements politiques qui ont marqué la deuxième moitié du vingtième siècle en Amérique du sud. C'est dans le miroir de ces destins individuels que l'on entrevoit la complexité des mécanismes et rouages internationaux qui dépassent les volontés des héros militants près à payer de leur vie la poursuite d'un idéal, jouets des caprices de roitelets avides de pouvoir. 

Admirablement bien construit, le roman prend appui sur la force de ses personnages dont on suit, tour à tour  émerveillé ou terrifié, le flux de leurs aventures. Traduit en quinze langues, le roman a connu un immense succès, à mon avis,largement mérité  

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