vendredi 4 janvier 2013

Les lisières

Olivier Adam






Broché: 454 pages
  • Editeur : FLAMMARION (22 août 2012)
  • Collection : LITTERATURE FRA
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2081283743
  • ISBN-13: 978-2081283749
  • Existe en ebook








S’il est simple de synthétiser en quelques mots le propos de ce roman, un écrivain brisé revient inlassablement sur le chemin parcouru depuis son enfance, qui l’a conduit des banlieues aux sphères de la création littéraire, il est beaucoup plus complexe d’en analyser les effets sur le lecteur. 

Certes on peut parler de roman social, devant cette observation méticuleuse et profonde des mécanismes qui tissent les fils des destins individuels, héritage au sens large, des gènes, d’une culture, d’une famille. Mais ce qui donne une dimension supplémentaire, un relief émotionnel est l’implication du narrateur, derrière qui se cache (à peine) l’auteur, entrainé dans cette sarabande diabolique, qui nécessite un tempérament original pour tenter de s’en sortir, au risque de flotter à tout jamais au sein des lisières. On songe bien sûr au parcours d’Annie Ernaux, bien avant qu’elle ne soit citée dans le récit, renonçant de la même façon au sentiment d’appartenance.

Ce n’est pas seulement à sa classe sociale que l’on devient étranger. Cette ascension désirée comme un aboutissement par des parents soucieux du bien-être de leurs enfants devient le motif de la discorde. Là où les mots ne savent pas traduire les émotions, les silences sont autant de prétexte à interprétations erronées qui creusent le fossé. On se parle peu et quand on le fait, on dénigre. La société, les patrons, les étrangers....Et comment l’enfant bercé par des revendications syndicalistes, peut-il faire le lien entre cette famille et celle qui pourrait voter pour la Blonde? 


Tout ce passé n’est pas sans séquelles lorsque l’on fonde sa propre famille. Le naufrage est-il évitable, quand le poids de l’héritage s’ajoute aux affres de la Maladie et de ses remèdes chimériques: alcool, herbe, tranquillisants. Le couple part à la dérive, et les enfants, qui pérennisent le lien défait, deviennent inéluctablement les otages de la relation échouée

Servi par une écriture précise, poétique, qui ne peut laisser indifférent, le texte s’alourdit cependant de redites, justifiées certes par de nouveaux événements dans la narration, mais qui reprennent les mêmes analyses à l’aulne de ces révélations. Le ton étant très dépressif, on est dans le cas du verre à moitié vide (ou plutôt complètement vide et on sait où est passé le breuvage), on flirte avec l’overdose.

Enfin pour finir sur une note positive, l’ensemble donne une impression d’authenticité, au point que l’auteur et le narrateur puissent être confondus, ce qui explique peut-être la vindicte dont Olivier Adam a pu être la victime, de la part d’un microcosme qu’il fustige

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