mardi 16 avril 2013

L'éternel

Joann Sfar








Broché: 464 pages

  • Editeur : ALBIN MICHEL (2 avril 2013)
  • Collection : LITT.GENERALE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2226246851
  • ISBN-13: 978-2226246851

Existe en version  numérique







Joann Sfar aura réussi cette prouesse de me faire revenir sur la ferme détermination qui était la mienne de considérer comme inutile et surperflue toute bit-lit autre que le magnifique Dracula de Braham Stocker, qui me semblait avoir fait le tour de la question dès 1897. Eh bien je me fourvoyais et j’ai pris un grand plaisir, mitigé de frissons d’effroi à parcourir cette genèse d’un vampire, juif tendance Woody Allen, tourmenté s’il en fut, balloté entre libre-arbitre et instinct de survie, en quête permanente d’une justification de son existence. 
Séparé de sa bien-aimée pour cause de guerre, au cours de laquelle les soldats de tous bords se laissent aller à leurs instincts les plus abjects, Ionas souffre de l’éloignement de sa bien aimée. Est-ce la raison qui l’empêche de trouver le repos dans la mort? Toujours est-il, qu’il se réveille aux confins des deux mondes, et qu’il découvre empiriquement sa nouvelle nature. Ses circuits neuronaux de la récompense impliquent la consommation de sang frais, et comme toute addiction, l’assouvissement de ses désirs le laissent profondément déprimés. Mais quelle issue pour un immortel?...
La première partie du roman, tourne autour de cette construction de la personnalité de Ionas, en proie à de perturbants débats intérieurs avec lui-même. 

Puis nous le retrouvons de nos jours, harcelant une jeune psychanalyste, veuve récente d’une star du showbiz. La jeune femme, pas plus étonnée que ça de côtoyer goules et créatures spectrales, participera à la quête de notre héros, persuadé qu’un événement fondateur traumatisant explique ses difficultés existentielles. 


C’est très drôle, en partie grâce aux dialogues percutants et dont le style décalé par rapport à la période historique choisie, et à la solennité que devrait inspirer le drame que vivent les personnages. L’auto-dérision que sous-tend le débat autour des liens entre judéité et psychanalyse est réjouissant. La langue est riche et foisonnante.

 Curieusement, le caractère très gore de certains passages relatant les exactions des hématophiles qui hantent les pages ne m’a pas traumatisée. Probablement parce que l’auteur flirte avec la parodie, et aussi parce que, en ce qui concerne Ionas, les assassinats sont justifiés par l’instinct de survie et non par une méchanceté fondamentale.


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