vendredi 7 mars 2014

La fin de l'homme rouge

Svetlana Alexievitch











  • Broché: 544 pages
  • Editeur : ACTES SUD (31 août 2013)
  • Collection : Lettres russes
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2330023472
  • ISBN-13: 978-2330023478

Âmes sensibles, déprimés, mois de 16 ans, s’abstenir! Les textes sur la guerre sont éprouvants, les textes sur les goulags nauséabonds, la misère écrite est déprimante : ici le lecteur se prend de plein fouet un condensé des trois. 

Svetlana Alexievitch a collecté « les voix de centaines de témoins brisés » pour créer ce ce testament accablant de ce que fut l’URSS. 


Le désespoir : 

C’est la perte de l’espoir. Sous un régime politique dont on a pu apprécier après coup l’abomination, une lueur guidait ce peuple : celle de lendemains meilleurs, celle d’une souffrance nécessaire pour le bonheur des générations futures. Et pour ceux qui n’y croyaient déjà plus, la résistante verbale occulte, celle qui refaisait le monde à voix basse dans les cuisines des appartements communautaires, après avoir camouflé le téléphone sous un oreiller. Les lendemains qui chantent sont restés des chimères, la perestroïka est passée par là, la nostalgie est tout ce qui reste, quand de nouvelles règles bannissent le passé. 

Les conséquences immédiates sont dramatiques : fossé générationnel qui font des anciens des radoteurs, culte de l’argent, et surtout disparition du ciment  qui unissait les républiques soviétiques. La guerre civile fait rage, au nom d’un dieu ou d’une ethnie, les liens sont détruits : la sauvagerie mène une danse macabre entrainant dans sa farandole femmes, enfants, vieillards, jusqu’aux défunts qui sont profanés. L’ami d’hier est un ennemi à abattre, avec toute la cruauté possible. A Moscou, les jeunes loups qui ont compris le système n’ont rien à envier aux ex-dirigeants : la violence est partout et compassion ou empathie sont des mots qui ont disparus du lexique. On tue, on viole selon les nouveaux rapports de force nés avec la chute de l’ancien régime.

J’ai dû interrompre cette lecture pour reprendre mon souffle, lire une bluette. Décidée cependant à aller jusqu’au bout, dans l’espoir d’y trouver quelque chose de positif : que nenni! A part le récit d’une jeune femme amoureuse et libre, tout n’est que drame et tragédie. 

A la lumière des événements récents, ces textes retentissent à la façon d’un glas et on tremble pour l’Ukraine.






Svetlana Alexievitch , La fin de l'homme rouge... par Mediapart






Ceux de sa génération...Ils ont un double sentiment de défaite : l'idéal communiste a subi un échec total, et ce qui s'est passé après, ils ne le comprennent pas, ils ne l'acceptent pas. C'était autre chose qu'ils voulaient, peut-être le capitalisme, mais un capitalisme avec un visage humain et un sourire charmeur


Je n'aime pas le mot "héros". Il n'y a pas de héros à la guerre. Dès qu'un homme prend un fusil, il ne peut plus être quelqu'un de bien. il n'y arrive plus.

A présent, le monde n'est plus divisé en ceux qui ont fait de la prison et ceux qui les y ont envoyés, ou en ceux qui ont lus Soljénitsyne et ceux qui ne l'ont pas lu, mais en ceux qui peuvent acheter, et ceux qui ne le peuvent pas. 

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