dimanche 1 juin 2014

La symphonie pastorale

André Gide





  • Poche: 149 pages
  • Editeur : Gallimard; Édition : Reprint (27 janvier 1972)
  • Collection : Folio
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2070360180
  • ISBN-13: 978-2070360185
  • Existe en version numérique

La symphonie pastorale, c’est le récit qui mène une jeune aveugle de l’ombre à la lumière. Mais pas seulement. Ce sont aussi les confidences de l’homme qui l’accompagne et la guide sur ce chemin, pour le malheur de tous. 
Le récit est allégorique : on ne croit pas un seul instant à cette évolution miraculeuse, qui fait d’une enfant dont le langage se réduit à quelques grognements, plus proche de l’animal que de l’être humain, une jeune demoiselle à la syntaxe parfaite et à l’expression nuancée. Peu importe, Là n’est pas le sujet. Tout est centré autour du ressenti de cet homme, le plus aveugle des deux : longtemps inconscient des sentiments qu’il éprouve pour la jeune fille, autant que du malheur qu’il crée autour de lui : 

«  Je me disais : c’est une enfant. Un véritable amour n’irait sans confusion, non rougeurs. Et de mon côté je me persuadais que je l’aimais comme on aime un enfant infirme »

Longtemps convaincu du bien fondé de son entreprise, n’hésitant pas à se justifier au nom des textes saints (l’homme est pasteur), c’est la découverte des sentiments de son fils pour la jeune fille qui lui fait perdre toute raison. La morale, l’éducation, les préceptes religieux viennent justifier  l’inacceptable. Le combat n’aura pas lieu, il est perdu d’avance. 

Les plus belles pages sont celles consacrés à l'éveil de la jeune fille alors que l’l’homme n’a pas encore conscience des dangers d’une telle démarche. C’est à travers son propre regard qu’il lui propose une vision magnifiée de ce qui les entoure, un monde d’idées pures, mis en mots pour se substituer au sens défaillant. Pour un temps qu’il sait compté : 

« Le soleil se couchait dans une splendeur exaltée. L’air était tiède. Nous nous étions levés et tout en parlant nous avions pris le sombre chemin du retour ». 

Le dessein est vain et funeste. La crainte de détruire l’illusion se confirme lorsque Gertrude sort de sa cécité : le malheur s’incarne, la mort met au grand  jour les racines du mal, et laisse sur son sillage des âmes détruites : 

« J’aurais voulu pleurer, mais je sentais mon coeur plus aride que le désert ». 

Les souvenirs lointains de cette lecture s’étaient totalement effacés, et c’est donc une re découverte, voire une découverte, pour un grand bonheur : la magie des mots, l’analyse aiguë 
et intime des sentiments laissent une impression fortement favorable, incitant à poursuivre une nouvelle exploration de l’oeuvre de l’auteur




Dès l'enfance, combien de fois ne sommes-nous empêchés de faire ceci ou cela que nous voudrions faire, simplement parce que nous entendons répéter autour de nous : il ne pourra pas le faire...



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