jeudi 15 janvier 2015

Les eaux mêlées

Roger Ikor







  •  702 pages
  • Editeur : Albin Michel (1966)
  • ASIN: B0000DLRLM
  • Existe en version numérique













C’est en contemplant les eaux opaques de la Seine au mois de Décembre qu’un souvenir a fait surface : la découverte d’un auteur lors de l’adaptation télévisuelle de l’oeuvre qui lui a valu le prix Goncourt en 1955, Les eaux mêlées de Roger Ikor. Séduite à l’époque par le propos et son interprétation, j’ai tenté à nouveau l’aventure, modifiée par les décennies écoulées, qui mettent à distance le contexte mais aussi  remanient la sensibilité du lecteur. il ne me restait que deux souvenirs précis de ce roman : la découverte des frites par Yankel(!) et la correction que reçoit son fils pour avoir accusé d’antisémitisme son prof, un dénommé Lévy…

Voilà donc le propos : à la fin du dix neuvième siècle,  Yankel fuit les pogroms qui mettent à mal la communauté juive de Rakwomir, en Russie. Via l’Allemagne, la fin du voyage se fait à Paris : la fin d’un rêve, avec ses désillusions mais aussi ses bonnes surprises. Ce jeune homme de vint-deux ans se pose mille questions à la minute, pour essayer de comprendre la vie qu’il découvre, pour s’interroger  sur sa façon d’être, pour essayer de sortir du ghetto dans lequel se complaisent nombre de compatriotes arrivés depuis plus longtemps que lui. C’est difficile, la langue, les coutumes, la solitude, la judéité, sont autant d’obstacles pour une intégration. Lorsque sa femme le rejoindra après plusieurs années : le but est atteint mais le questionnement est toujours là. Et ce n’est pas l’arrivée d’une deuxième génération qui apaise les choses.

Cette saga familiale s’étend sur toute la première moitié de vingtième siècle, avec ses deux guerres, et la montée progressive de l’antisémitisme avec l’issue que l’on connaît. Si le sujet est abordé, c’est en filigrane, car l’auteur centre ses réflexions sur l’assimilation progressive d’immigrants, qui auraient  être originaire de toute autre contrée exotique, et cheminer de la même façon. Au coeur du flux de ces eaux qui se mêlent, existerait t-il une mémoire de l’eau, pour qu’après plusieurs générations, le sentiment d’un ailleurs originel soit encore présent?

Même si le récit est à la troisième personne, on a le sentiment de suivre la logique interne des différents personnages, et de s’immiscer au coeur de leur réflexion.


Le téléfilm diffusé en 1969 est dispo sur l’INA : ma chronique sera révisée après l’avoir revu.

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