dimanche 1 février 2015

Americanah

Chimamanda Ngozy Adichie








  • Broché: 528 pages
  • Editeur : Gallimard (31 décembre 2014)
  • Collection : Du monde entier
  • Langue : Français
  • Traduction : Anne Damour
  • ISBN-10: 2070142353
  • ISBN-13: 978-2070142354
  • Existe en version numérique 









C'est le top des romans ...capillaires! Loin devant Des milliards de tapis de cheveux! Nattes, tresses, collées ou pas, extensions, boucles, défrisants, rien ne manque, et surtout pas l'ambiance du salon de coiffure où les échanges informels, bien au- delà des considérations météorologiques, en disent long sur le monde où nous vivons. La coiffure, souci quotidien de l'auteur,  témoin de l'appartenance à un groupe, est ici un baromètre qui mesure le degré de conscience de la différence qui isole, et rend difficile l'acceptation de ce que l'on est.

Mais ce débat n'a lieu qu'au delà de l'Atlantique,  lorsque le voyage qui a bercé les rêves de la jeunesse nigériane , vous fait juste prendre conscience que vous avez la peau foncée, afro-américaine ou   Américain-Africain, et là deux solutions  : tenter de s’assimiler au risque de se perdre, ou de lancer le débat, quoi de mieux qu’un blog pour le faire, ce sont les premiers pas qui coûtent.

Quinze ans aux Etats unis : le temps de vivre quelques histoires d’amour, jusqu’à ce que  le cocktail de la nostalgie épicée d’un trait d’illusions perdues, et c’est le retour, dans un pays qui a continué à évoluer sans vous : les amis ont vieilli, la mondialisation est passée par là, et l’amour de sa vie a construit un nid avec quelqu’un d’autre. C’est comme cela que le questionnement existentiel choisit d’autres cibles.

Loin de couper les cheveux en quatre (c’est facile, mais je n’ai pas pu m’en empêcher) ce roman est un magnifique état des lieux des relatons humaines, avec au coeur du problème l’évolution de ce que l’on a appelle plus le racisme, mais qui cache sous des vocables politiquement corrects une réelle ségrégation. Le lexique ne suffit pas à effacer des siècles de confrontations plus ou moins violentes. 

Le sujet n’est pas uniquement américain : en France, on n’est pas toujours net avec la cohabitaient. Dans une émission littéraire télévisée, l’auteur faisait remarquer qu’ici, on ne dit plus noir, mais black, comme on dit afro-américain plus à l’Ouest. 

A travers le partage du parcours de la jeune nigériane, l’auteur crée de façon très adroite une belle connivence entre le lecteur et Ifemulu, et l’empathie grandit avec les pages qui se tournent.


La dernière partie traine un peu, et le dénouement se fait désirer, c’est le seul bémol pour cette lecture passionnante.



Interview de l’écrivaine nigériane Chimamanda... par afp


Le plus gros problème dans ce pays, ce n'est pas la corruption. C'est qu'il y a une quantité de gens qualifiés qui ne sont pas où ils devraient être, parce qu'ils refusent de lécher le cul de qui que ce soit, ou qu'ils ne savent pas quel cul lécher, ou encore qu'ils ne savent pas lécher un cul. J'ai eu la chance de lécher le cul qu'il faut


Comme je leur disais que chez moi tous les garçons me couraient après par ce que j'étais métisse, ils ont répliqué que je me dévalorisais. Alors maintenant je dis biraciale, et je suis censée me sentir insultée quand quelqu'un dit métisse.

Accabler de choix un enfant de quatre ans, lui imposer l'obligation de prendre une décision revenait à la prive du bonheur d'être  enfant. L'âge adulte, de toute façon, pointait déjà à l'horizon, moment où elle aurait à prendre des décisions de plus en plus pénibles.

Alexa, et les autres invités comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la pauvreté qui broyait l'âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d'échapper à la léthargie pesante du manque de choix. ils ne comprenaient pas que des gens comme lui, qui avaient été bien nourris, qui n'avaient pas manqué d'eau,mais étaient englués dans l'insatisfaction, conditionnés depuis leur naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient aujourd'hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir.


2 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé ce roman, l'empathie pour Ifemelu a totalement fonctionné, et j'adore le ton de l'auteure, encore et encore...

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