lundi 17 août 2015

Passé imparfait

Julian Fellowes







  • Poche: 645 pages
  • Existe en version numérique
  • Editeur : 10 X 18 (4 juin 2015)
  • Collection : 10/18
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 226406501X
  • ISBN-13: 978-2264065018









A l'aube de la soixantaine, le narrateur trouve parmi les factures et les invitations une lettre énigmatique de son meilleur ennemi, l'incitant à le rencontrer, quarante ans après le clash qui a brisé leur amitié.
En acceptant cette invitation, il ne sait pas encore que c'est tout son passé qui va ressurgir et raviver des plaies qui semblaient cicatrisées.
C'est un mourant qu'il retrouve dans sa grande propriété du Surrey, et qui va lui confier une mission particulière : identifier parmi les enfants de ses anciennes conquêtes féminines, celui ou celle qui pourrait être son enfant illégitime afin de lui léguer son immense fortune. Ce serial séducteur a vécu seul et n'a pas d'héritier.
Damian est suffisamment habile pour ne pas proposer de gratifications pour ce défi, et le narrateur n'a pas d'autre choix que d'accepter. 

Ainsi sur la base d'une enquête sans crime ni coupable, l'auteur nous entraîne dans une intrigue adroite qui permet à la fois de revisiter les quarante dernières années et ce qu'elles sous-tendent en matière d'évolution sociale au sein de la bonne vieille Angleterre. C'est aussi un bilan personnel pour le narrateur, à l'âge où l'on prend conscience de ce que l'on n'a pas fait et surtout de ce qu'on ne pourra pas faire. Prise de conscience douloureuse du temps qui passe : les retrouvailles après quelques décennies vous giflent par rides et embonpoint interposés.

C'est fort habilement, dans un texte émaillé d'un humour so british, que l'auteur dresse un portrait sans concession de cette Angleterre aristocratique des années soixante, engoncée dans ses traditions d'un autre âge, alors que la mutation de la société est en marche. Les bals de débutantes, les mariages arrangés vivent leur dernier round. Ils sont les derniers vestiges d'une classe sociale agonisante, souvent ruinée, et qui s'accroche aux décombres d'un folklore absurde et extravagant. 
En miroir, l'auteur fustige de la même façon les aberrations du monde contemporain, sans jeter le bébé avec l'eau du bain, en pointant les évolutions incongrues (l'alcoolisme en tant que but de la fête le choque particulièrement).

Deux énigmes maintiennent l'attention du lecteur : qui sera l'heureux bâtard? Que s'est-il passé au Portugal il y a quarante ans pour les liens qui unissaient cette bande d'amis soient détruits? 

A la fois tendre et mélancolique, avec l'humour en prime pour ne pas sombrer dans la complaisance, c'est un roman à savourer, particulièrement lorsqu'on apprécie la littérature d'Outre-Manche.





J'aime notre climat. J'aime la lumière subtile des jours de grisaille et le parfum qu'il y a dans l'air après la pluie. Et surtout j'aime le caractère changeant de notre climat. Vous connaissez le dicton : "Si vous n'aimez pas le climat anglais, attendez juste cinq minutes".

*

Ce sont surtout les gens ivres qui ont transformé l'atmosphère des rues à Londres, mais presque partout ailleurs, créant une menace pour les citoyens respectables. Ce genre d'ivresse autrefois symbole du malheur des opprimés et réservé à la Sibérie aux pires temps du règne de fer de Staline . Ou l'ivresse à laquelle succombaient les hommes séjournant au pôle Nord où les longues nuits d'hiver vous rendent fous. Mais à Londres?

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C'est un sauvignon assez atypique, vif mais avec en même temps quelque chose de piquant, et que je ne sors que dans les grandes occasions. Je n'arrive pas à décider si c'en est bien une...
- Putain, tu le sers ce vin, oui?!
Jennifer venait de donner voix à mes pensées intimes avec beaucoup d'exactitude .

*

Quand on se retrouve dans une relation qui bat de l'aile, on a tendance à l'aggraver en lui injectant une dose de mélodrame, obtenue en devenant lunatique et mordant, et en montrant en permanence son insatisfaction. Cela passe par des répliques comme "Mais pourquoi tu fais tout le temps ça ? " ou " bon, tu m'écoutes, oui? Parce qu' en général tu comprends rien quand je t'explique ", ou bien "Me dis pas que tu as encore oublié ?".

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Le désordre de certaines maisonnées ne s'explique pas toujours par la paresse de ses occupants. Il y a parfois une sorte de colère , de protestation contre les valeurs du monde qui s'exprime dans ce genre de chaos.

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