jeudi 10 septembre 2015

La vie selon Florence Gordon

Brian Morton






  • Broché: 320 pages
  • Editeur : Plon (26 août 2015)
  • Collection : Feux croisés
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Michèle Hechter
  • ISBN-10: 2259229468
  • ISBN-13: 978-2259229463





Dans la catégorie des grand-mères indignes, on peut lui accorder la palme, à Florence Gordon! C’est sans doute son passé militant et revendicateur, soutenant avec vigueur et conviction la cause des femmes, qui l’a ainsi formatée : à peine polie (elle ne connaît pas les mots magiques), d’un égocentrisme scotchant, exigeante à un point peu imaginable, et auto-suffisante :

« elle n’était pas femme à vouloir retrouver sa jeunesse, car elle estimait sa vie actuelle très intéressante»,

on se demande comment sa famille et ses amies (eh oui, elle en a!) ne l’ont pas laissée tomber depuis longtemps : 

« elle était aussi, à en croire ceux qui la connaissaient et même ceux qui l’aimaient, une vraie emmerdeuse ».


C’est donc un sacré défi pour sa petite fille, que d’essayer non pas d’amadouer, mais de parvenir à cohabiter le temps de quelques semaines pour aider sa mamie da des recherches bibliographiques destinées à son dernier bouquin. Y parviendra-t-elle?

C’est donc dans une ambiance tendue, que le lecteur côtoie cette famille de new-yorkais cultivés et plutôt aisés, dont les préoccupations tournent autour de leurs états d’âme sur des thèmes comme le vieillissement des couples, les relations avec la famille, et tout cela ennuie royalement notre septuagénaire acariâtre et solitaire.

Et puis, il y a a cette histoire de pied qui ne veut plus lui obéir…

L’auteur se glisse admirablement dans la peau de son personnage, à ce point que l’on peut oublier que c’est un homme. Brian Morton a -t-il été grand-mère dans une autre vie? Florence est tout à fait crédible. Les autres personnages sont plus ordinaires et constituent essentiellement un faire-valoir pour la vieille dame.

Les critiques évoquent l’aspect humoristique du roman : c’est un humour très grinçant, et il ne faut pas compter sur des fous rires à chaque coin de page. Si l’on sourit c’est sans doute pour ne pas pleurer. C’est la   nature  excessive  de l’héroïne et son absence de retenue, qui peut amuser, et ses remarques d’une ironie cinglante accentuent le phénomène. Mais je n’en retiendrai l’impression d’une lecture comique loin de la. 

C’est bien écrit, et sûrement bien traduit. 

C’est aussi pour les amoureux de la grosse pomme l’occasion d’y passer un moment par procuration.



Les hommes, pour ce que s'en souvenait Emily, étaient décrits comme n'ayant pas dépassé le stade du singe ou de l'élan : ils se rassemblent, grognent ou comparent la taille de leurs bois, mais jamais ils n'éprouvent, avec l'intensité des femmes, les plaisirs de la sympathie, de la compassion et de la conversation.

*

En attendant qu'elle monte, sa joie de voir Emily la surprit elle-même. Mais plutôt être damnée que de la lui montrer.

*
Un instant, ça la fit tomber dans la tristesse, car, même lorsque nous traversons une tragédie, le langage dont nous emparons, le seul langage disponible, est usé.

*

Lorsqu'on est jeune et fort, qu'on entre en possession de tous ses moyens, les parents paraissent terriblement vulnérables.










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