mardi 22 décembre 2015

La condition pavillonnaire

Sophie Divry









  • Poche: 320 pages
  • Editeur : Editions 84 (26 août 2015)
  • Collection : J'ai lu Roman
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2290112089
  • ISBN-13: 978-2290112083













Flippant! Carrément flippant! Et ça, sans crime, sans délits (ou des délits très mineurs), peu de morts, et toutes naturelles ou accidentelles, pas de fantômes, même pas dans les placards! 
Le sujet en lui-même suffit à créer un malaise existentiel : c’est notre vie, banale, formatée par notre époque et nos héritages biologiques ou sociaux, cheminant sur des rails prédestinés, les choix n’étant que des changements d’aiguillage qui au final n’induisent que peu de variantes.

Pour illustrer l’ambiance, deux exemples :

  • cette vidéo qui a été partagée sur Facebook, un diaporama accéléré qui fait défiler les photos d’une vie, de la première beuverie, en passant par le mariage et les enfants pour se terminer sur la clôture du compte. Flippant
  • la chanson de Benabar, Quatre murs et un toit, dans laquelle se succèdent les générations, en quelques minutes. Flippant.

Ici, pas de vidéo, ni de musique, mais des chapitres, qui font défiler le temps, très vite aussi, inexorablement, sur trois ou quatre générations. La petite fille devient ado, étudiante, mère de famille, grand-mère…

Le titre déjà, était un avertissement : la condition pavillonnaire : il y a quelque chose d’enfermant, de carcéral dans ces termes qui évoquent les alignements uniformes des maisons faites en tikitaki de la chanson de Graeme Allwright, et soulignent la quasi-impossibilité d’y échapper.

La force de ce roman (?) réside d’une part dans l’écriture qui souligne le tourbillon, qui fait de notre existence une lutte permanente contre l’entropie : l’auteur  conjugue indifféremment au passé, au présent , rarement au futur, celui-ci vient tout seul bien assez vite, et d’autre part dans la précision des observations : impossible de ne pas se reconnaître au cours des différentes étapes qui constituent une vie d’occidental moyen. D’autant que l’auteur souligne bien le décor social, au travers des modes vestimentaires ou des décos des fameux pavillons. Même l ’évolution économique est évoquée, avec la mutation du monde du travail que ce soit dans son accessibilité ou dans sa précarité grandissante.


Il faut un moral d’acier et une bonne dose d’optimisme, ou alors être un adepte du carpe diem, un taoïste convaincu que tout est dans l’instant présent pour ne pas en ressortir laminé, prêt à se jeter sur la première tablette de chocolat qui prend le risque de s’aventurer hors du placard, puisqu’après tout, les efforts sont vains, aboutissant à un résultat unique quel que soit le chemin.

La conséquence la plus immédiate va être le choix de ma lecture suivante : une fiction, une vraie, une pas possible, thriller ou science fiction, peu importe, pourvu qu’elle me procure des frissons qui ne seront pas les miens.





M.A n'avait pas compris que ce qui remplit la vie est le mode d'être, le présent de la phrase dans laquelle on respire, non un événement placé dans le futur et qui, après consommation de lui-même, nous laisserait déçus devant un frigidaire

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