mardi 16 février 2016

Facteur pour femmes

Didier Quellat-Guyot
Sébastien Morice







  • Album: 110 pages
  • Editeur : Bamboo (9 septembre 2015)
  • Collection : BAMB.GD.ANGLE
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2818934133
  • ISBN-13: 978-2818934135






En route pour la Bretagne insulaire, alors que l’archiduc François Joseph vient de se faire assassiner à Sarajevo. Les hommes ont été réquisitionnés et quittent l’île pour l’enfer. Tous, non, Maël, est infirme, son pied-bot qui l’a exclu depuis toujours lui épargne aussi la conscription. Et lui offre une perspective inattendue, remplacer le facteur, qui lui est mobilisé. Maël devient ainsi l’interlocuteur quasi unique de ces dames esseulées, pédalant de ferme en ferme sur l’île, recevant les confidences, apportant les nouvelles du front. Sauf que la toute-puissance le gagne, et que son rôle de vaguemestre lui monte un peu à la tête : quelle misère d’apporter des lettres chargées de drames et de larmes. Alors que c’est facile d’omettre de les lire aux analphabètes, et de corriger les écrits à celle qui peuvent les déchiffrer. Et c’est encore mieux lorsque le stratagème sert sa cause : se retrouver dans le lit des belles abandonnées.

Le personnage est ambigu :  sa solitude et sa différence le rendent séduisant, son immoralité dérange, car les bonnes intentions déguisent des ambitions moins louables. Difficile de faire la part des choses. C’est toute cette ambivalence qui rend l’histoire intéressante.

Le dessin est superbe, les ambiances sont perceptibles, on en perçoit quasiment l’odeur du varech et les bruits d’u petit port de pêche de cette île imaginaire mais oh combien réaliste. L’humour est au rendez-vous, parfois subtilement dissimulé dans le coin d’une case, et incarné par une femelle à la recherche de son Raymond.

La construction est aussi très habile, car l’histoire aurait pu se limiter à cet épisode de la guerre 14-18, et pour le plus grand bonheur du lecteur, reprend quelques décennies plus tard, pour révéler des secrets inavouables.



C’est de la belle ouvrage, que l’on soit breton ou pas, ilien ou continental, féru d’histoire ou non, et même amateur ou réfractaire au genre BD . 










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