mardi 17 mai 2016

Le nouveau nom

Elena Ferrante








  • Broché: 554 pages
  • Editeur : Editions Gallimard (7 janvier 2016)
  • Collection : Du monde entier
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Italien) : Elsa Damien
  • ISBN-10: 2070145468
  • ISBN-13: 978-2070145461




Acquis et entamé sans délais après avoir été séduite par l’excellent récit de l’enfance de ces deux petite napolitaines, unies par une amitié sulfureuse, faite d’admiration et de cruauté, de bienveillance et de rancoeur, dans un milieu brut de décoffrage, à Naples dans les années 50.

Le chemin des deux jeunes filles bifurque, Lila travaille dans l’échoppe de son père, tandis qu’Eléna poursuit ses études. L’enjeu est important pour la collégienne, qui avance sur une corde de funambule toujours plus à distance de ses racines (il y a d’ailleurs clairement une Annie Ernaux qui sommeille en Elena, qui ne trouve plus sa place, ni parmi ses compagnons de bachotage ni dans sa famille).
Les histoires de coeur s’intriquent avec les conflits où l’honneur bafoue la raison : la camorra règne  sur le quartier, et les provocations et lutte de pouvoir aboutissent à des unions où l’amour est accessoire. C’est ainsi qu’à seize ans, Lila se marie avec Stéfano, qui fricote avec les mafieux de quartier. Il ne faudra pas plus d’un soir de noce pour que l’union soit vouée à l’échec. La jeune femme semble particulèrement instable, perdue. son intelligence et ses capacités d’écriture sont de vagues souvenirs. Et seule Eléna se rend compte du gâchis.
Elena qui brille par ses aptitudes et qui met un point d’honneur à être la meilleure. Elena qui ne trouve moche, moins intelligente que son amie, mais qui avec obstination franchit les obstacles qui se dressent sur son chemin. L’amour n’est pas au rendez-vous : les flirts se succèdent plus pas convention et désir de conformité que par passion.

La violence est encore là, bien présente au coeur des mots : violence des sentiments, coups faciles (c’est  la norme pour les femmes d’être corrigées au gré de l’humeur et de l’alcoolémie de leur conjoint).

Le récit est superbement construit, les événements qui font progresser la narration se succèdent tout en intégrant une fine analyse des sentiments et émotions de la jeune étudiante, lancée dans un courant dont elle ne peut apprécier les fluctuances et les dangers. Les cinq cents et quelques pages défilent sans effort.


Le chemin est encore long pour arriver à la scène qui inaugure la saga, mais augure encore de nombreuses surprises et de longues heures de bonheur à découvrir le parcours des deux femmes.

Challenge Pavés 2015-2016 Babelio



Elle m'expliqua que je n'avais rien gagné, qu'il n'y avait rien à gagner dans le monde, que sa vie était pleine d'aventures diverses et déraisonnables, exactement autant que la mienne, que le temps s'écoulait sans avoir de sens, et que c'était bien de se voir de temps à autre pour entendre le son fou du cerveau de l'une résonner dans le son fou du cerveau de l'autre

*

Le temps s'apaise et les faits marquants glissent au fil des années, comme des valises sur le tapis roulant d'un aéroport : je les prends, je les mets sur la page, et c'est fini.
Raconter ce qui lui arriva pendant ces mêmes années est plus compliqué. Alors le tapis roulant tout à coup ralentit, puis accélère, prend un virage trop serré et sort des rails. Les valises tombent et s'ouvrent, leur contenu s'éparpille ici et là.

*

J'appris à contrôler ma voix et mes gestes. J'assimilai une série de règles -écrites et non écrites- de comportement. Je réduisis autant que possible mon accent napolitain.Je réussis à prouver que j'étais douée et digne d'estime mais sans jamais avoir recours à un ton arrogant, en ironisant sur ma propre ignorance et en feignant d'être moi-même surprise de mes bons résultats.








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