vendredi 1 juillet 2016

Illettré

Cécile Ladjali







  • Broché: 212 pages
  • Editeur : Actes Sud Editions (6 janvier 2016)
  • Collection : ROMANS, NOUVELL
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2330057911
  • ISBN-13: 978-2330057916









Eût-il rencontré un aviateur dans un désert, ce n'est pas un mouton qu'il lui aurait demandé de dessiner, mais des mots, et sans lui emprunter sa plume, car Léo ne connaît pas l'art de déchiffrer et reproduire sa langue. C'est un lointain mais profond  traumatisme qui l'a privé de cette faculté : c'est lors de son  entrée au CP que ses parents ont disparu, du jour au lendemain sans crier gare, sans plus jamais donner de signes  de vie ou de mort. Alors Léo a appris, un peu, et mal, puis oublié. Certes il s'en passe, au prix d'une mise en danger réelle (il aurait pu y laisser la vie, lorsque qu'à l'imprimerie (!) où il travaille il a laissé deux doigts dans une presse, faute d'avoir lu l'avertissement devant l'outil), au prix surtout d'une solitude qui lui pèse de plus en plus, surtout depuis qu'une jolie voisine et sa fille occupent ses pensées. Jusqu'où ira t-il pour l'amour de sa belle? 

C'est tout le drame du handicap dans une société normative où le droit à la différence proclamé haut et fort et inscrit sur les tables d'un certain nombre de lois montre bien ses limites. Il ne suffit pas que les textes s'érigent en gardiens du droit, il faut aussi que le sujet s'autorise à vivre dignement avec ses limites. Et Léo en est loin : ses lacunes sont pour lui une torture permanente qui a modelé sa façon d'être au monde. 

C'est dans un Paris nostalgique et très  graphique perçu par les yeux de notre jeune homme pas comme les autres, qui compense sa cécité à l'écrit par une hypersensorialité bien retraduite par l'auteur (ajoutons à cela un besoin de rituels, et l'on est pas loin de troubles du spectre autistique) .


L’écriture sensible, délicate et élégante, se met au service d’une fine analyse psychologique, très touchante.

Les personnages secondaires font l’objet d’une portrait plus caricatural, beaucoup moins nuancée, une peu comme sur ces photos en noir et blanc ou l’on a colorisé un détail.

Cela donne au final un récit poétique sans mièvrerie, un regard mélancolique mais pas désabusé sur  de la différence .


Un très bon moment de lecture.

Merci à Glose de m'avoir permis de découvrir ce roman.




Les hiéroglyphes sont des instantanés, des claques parfaits de la pensée.. Le sacre d'une parole gravée sur l'épiderme du monde. Une sorte de scarification divine.





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