jeudi 15 septembre 2016

La valse des arbres et du ciel

Jean-Michel Guenassia








  • Broché: 304 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL (17 août 2016)
  • Collection : LITT.GENERALE
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2226328750
  • ISBN-13: 978-2226328755









Encore une preuve qu’il n’est pas nécessaire de maltraiter la langue ou de se perdre dans des figures de style douteuses pour séduire un lectorat. C’est clair, limpide, et pourtant l’histoire est fondée sur un mystère non élucidé : celui de la mort de Vincent Van Gogh. 

Nous sommes à Auvers-sur-Oise en 1890, alors que la Tour Eiffel est l’objet de polémique et que des pétitions circulent pour obtenir sa démolition. C’est aussi une période où les femmes passaient de l’autorité d’un père à la férule d’un mari, sans avoir pu exprimer la moindre volonté, au risque de se retrouver à la rue.

Marguerite Gachet ne l’entend pas ainsi. La froideur de son père l’a armée au moins contre le piège d’un chantage affectif, et c’est avec détermination qu’elle se distingue de ses congénères , d’abord en passant son baccalauréat (encore une institution vouée à une disparition rapide, si l’on en croit les prédictions des professionnels de l’éducation de l’époque). Malheureusement, elle n’a pas l’autonomie financière pour aller au bout de ses désirs, et poursuivre son but : se perfectionner dans l’art de la peinture (à l’école des Beaux-Arts, les femmes ne sont pas admises, et les académies privées qui les acceptent sont hors de prix).

C’est parce que son père monnaye ses piètres talents médicaux contre des toiles de peintres pas assez connus pour ne pas vivre dans la misère, que Marguerite croise sur son chemin le pas encore célèbre Van Gogh. La jeune fille voue un culte à la fois au peintre et à sa peinture, au point d’y risquer son honneur. De toute façon, il est hors de question pour elle de céder à la pression de son père qui lui enjoint d’épouser un futur pharmacien. Non, elle partira pour l’Amérique avec l’élu de son coeur.

L’aventure tourne au drame, et si la thèse du suicide ne résiste pas aux arguments des légistes, la mort par hémorragie interne à la suite d’une blessure par balle est accidentelle ou criminelle . Il est curieux qu’aucune enquête n’ait été diligentée après le décès de cet homme de 37 ans. La vie d’un artiste méconnu n’a t-elle que si peu de valeurs qu’on n’y accorde pas le moindre intérêt?
Jean-Michel Guenassia nous propose sa version des faits, plus plausible que l’officielle.

C’est avec talent que l’auteur nous dresse le portrait de ce siècle finissant, et l’idée d’insérer des extraits d’articles de presse de l’époque est excellente, car elle évite d’alourdir le récit, tout en le replaçant dans son contexte.

Ce qui fait tout le charme de ce roman, c’est aussi d’être le témoin de l’élan créateur du peintre (un petit conseil : se munir d’un support numérique ou papier avec des représentations des oeuvres de Van Gogh pour apprécier au mieux la description qu’en fait l’auteur).



C’est une incitation à revisiter l’univers pictural de ce grand peintre, dans ce roman aussi agréable qu’instructif.

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