samedi 28 juillet 2018

Made in Trenton

Tadzio Koelb






  • Broché: 256 pages
  • Editeur : BUCHET CHASTEL (23 août 2018)
  • Collection : LITT ETRANGERE
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Marguerite Capelle 






Trenton, USA, dans les années 60. Une ville industrielle, abritant son  lot de travailleurs à la chaîne . Et parmi ceux-ci, un groupe de gars particuliers, d’autant plus remarquables que la plume de l’auteur en dresse des portraits ambigus. J’y reviendra.
L’ambiguïté est au coeur du récit qui s’ouvre avec le portrait d’Abe Kunstler, prêt à tout et même au pire pour sauvegarder le secret de son passé et de son présent. Des indices sont très vite proposés à la sagacité du lecteur, et l’on pressent dès les premières pages ce qui sera révélé puis occulté. On ne comprend pas  tout de suite le but des faits et gestes d’Abe et son attitude bizarre envers Inez, jusqu’à la scène impensable qui met en lumière  son obstination diabolique à faire taire à jamais les ragots qui le concernent. 
L’histoire est donc originale. Elle est cependant engluée dans un style alambiqué, complexe, qui nécessite lecture attentive et même relecture, pour parfois renoncer à comprendre ce qui se dit en espérant que le propos ne sera pas capital pour suivre le déroulement de l’intrigue. 

« Ce moment -là avait été pour lui une renaissance et donc une naissance, un don et il allait rendre la pareille à l’homme qui était reposait en lui, car il était la tombe même d’où l’homme allait pouvoir se relever, les bandages aux bords bleus épinglés autour de sa poitrine en guise de linceul entrouvert. »

Et je ne crois pas que cela concerne la traduction, qui a dû être délicate, car les commentaires concernant la VO , témoignent aussi de la difficulté de lecture et d’interprétation. 
Cet artifice relègue au second plan les réflexions sur la guerre, sur les dégâts psychologiques irréversibles conséquents à l’atrocité des combats obscurs. Et sur la vie quotidienne de la population ouvrière, évoquée, partagée entre le travail à l’usine et les soirées au dancing, mais au second plan derrière le portrait d’Abe. 


Lecture exigeante donc, plus que nécessaire, l’abus de la métaphore et de la comparaison alourdit une intrigue qui pourrait se suffire à elle même sans se faire remarquer par ce style lourd et sophistiqué jusqu’à la confusion, et qui masque le sordide derrière des phrases ampoulées et un discours abscons.



Mais même rater son destin était préférable à l'autre chemin. Accepter la fatalité, c'était laisser se maintenir son moi le plus médiocre, au lieu de la surpasser : le destin qui était le nom qu'il donnait à l'existence, au fait de la vivre et au refus quotidien de son propre effacement, cela exigeait quelque chose de plus.

*

au début t'espères que tu vas pas faire tuer d'autres types non plus, jusqu'au jour terrible où tu réalises que vraiment, honnêtement, si tu regardes la putain de vérité en face juste une fois dans ta vie, bon Dieu de merde, s'il fait que quelqu'un y passe, tu préférerais que ce soit n'importe qui d'autre que toi.

*

Et donc un tas de villageois doivent mourir brûlés dans leurs champs parce que tu penses que ça va aider un œuvre type de l'Iowa à devenir un homme?



1 commentaire:

  1. Je me demande en lisant votre chronique s’il n’y a pas des auteurs qui forcent la note, à force de lire partout que telle intrigue compliquée ou telle ambiance mystérieuse plaît aux lecteurs. J’en vois d’autres par-ci par-là (en particulier quand l’auteur est issu du milieu cinématographique ou a suivi des cours de creative writing). Des auteurs, peut-être, qui cherchent à plaire… La seule chose qu’il ne faille pas faire, à mon humble avis. Simple question de bon sens…Yoko Ogawa pour prendre un exemple que je connais est un auteur étrange mais elle ne force pas la note. Elle reste elle-même. Et c’est indispensable, il me semble, pour être convaincant.

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