samedi 1 décembre 2018

Helena

Jérémy Fel






  • Broché: 733 pages
  • Editeur : RIVAGES (22 août 2018)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
















Comme le revendiquaient les encarts publicitaires, ce roman est de ceux que l’on ne lâche pas facilement et peut être responsable de veillées plus tardives que prévues, d’autant que ces heures volées sur le sommeil sont celles où les angoisses ne demandent qu’à ressurgir de leurs planques sous-corticales!
Difficile en effet de s’arrêter à la fin d’un chapitre, lorsqu’on se rend compte que le suivant donne la parole (ou plutôt s’ouvre comme une fenêtre sur les pensées les plus secrètes, voire inavouables, et dans ce cas elles seront en italique), à un personnage que vous aviez précédemment laissé en fâcheuse posture. C’est l’un des secrets de l’addiction à ces pages : alterner les interlocuteurs , et ainsi faire avancer l’histoire en laissant au lecteur le soin de reconstituer le flux narratif.

Après un premier chapitre qui donne le ton : il n’y aura pas de concession, pas de détours pour décrire les actes de Tommy, ce dément sanguinaire, d’autant que ce que l’on apprend de son histoire et de ce qui l’a conduit à ces déviances, est également  sordide, les personnages sont présentés, dans leur banalité, leur quotidien ordinaire, qui a enfoui les rêves de jeunesse, et les a projeté sur les générations suivantes, pour le meilleur ou pour le pire.
Norma, la mère de Tommy, experte  pour faire l’autruche, profondément convaincue que tout peut toujours s’arranger en laissant faire les choses, créant ainsi une situation hautement explosive.
Hayley, la future championne de golf, orpheline de mère, qui rencontre son destin sur une bête panne de voiture. 
Tommy, Norma, Hayley, un trio diabolique, entrainé dans une spirale infernale, et à jamais contraints de refaire l’histoire en imagination. 
Les personnages secondaires, , Cindy ou Graham, ne sont pas en reste pour verrouiller  le funeste enchaînement des événements.


En prise directe avec la logique intérieure de chacun, on passe par les mêmes phases de réflection, tout en regrattant avec eux l’absurdité des décisions passées. C’est ce qui fait la force de ce thriller (la simple tête de chapitre annonçant Tommy fait frémir).


Très bon roman, dont on ne voit pas défiler les pages, et qui, pas seulement en raison du cadre où se déroule l’histoire, a tout d’un roman américain, un bon polar américain. 



Même si toues les traces de sang avaient été nettoyées, quelque chose subsistait, une aura délétère que l'air fleuri du dehors ne parvenait pas à atténuer. 

*

Un miroir était accroché au mur. Dans son reflet, il vit ce visage encerclé d'ombre, pâle et logicien, un visage qui n'était pas le sien. Et quand, de stupeur, il ouvrit la bouche, scintillèrent en rafale ses dents acérées.
Et, dans son regard perfide, s'embrasa le doux éclat du désir de tuer.



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