jeudi 22 décembre 2011

Kafka sur le rivage

Haruki Murakami




































Découverte de l’univers de Murakami au son bien sûr du trio N° 7 de Beethoven



Kafka, 15 ans, fuit le foyer paternel pour échapper à la malédiction oedipienne.
Muni d’un petit sac à dos, il part là où son instinct le guide. Hébergé chez une jeune fille, Sakura, croisée sur le chemin, il est finalement accueilli dans une bibliothèque privée, gérée par Oshima, qui lui fera part dans l’intimité de son secret et Melle Saeki, héritière des lieux. Le trivial quotidien bascule sans crier gare dans le fantastique :  Kafka se réveille ensanglanté et incapable de se rappeler des dernières heures écoulées, pour apprendre que son père a été tué à  plusieurs centaines de kilomètres de là. La prophétie semble s’accomplir en dépit de sa volonté 



On peut sans réserve parler de roman initiatique, chaque personnage croisé jouant un rôle déterminant dans l’accomplissement de ce qui doit être. Si Oshima, Sakura, ou Hoshino sont les catalyseurs, Nakata est le personnage clé sans lequel rien n’est possible. Enfant précoce, un incident étrange au cours d’une excursion scolaire l’a privé de ses facultés d’apprentissage. Arrivé au crépuscule de sa vie, celui qui ne sait pas lire peut néanmoins parler aux chats, ou provoquer des cataclysmes météorologiques dignes des plaies d’Egypte. C’est pour sauver l’un de ces chats confidents livré aux mains d’un personnage démoniaque, que Nakata tuera.  Le mécanisme fatal est en marche. Nakata doit prendre la route et trouver la pierre. Hoshino, un jeune routier insouciant verra le cours de sa vie profondément modifié par cette rencontre. C’est par lui aussi que le sortilège sera rompu. 



Tous ces personnages en marche sont reliés par des fils invisibles qu’un marionnettiste occulte manipule au gré de son désir. Tour à tour submergé par ses pulsions ou déterminé, Kafka a cependant le choix, ombre ou lumière, vie ou mort. Le repli nécessaire pour vivre en pleine conscience prend place au sein d'une forêt
cathartique, hantée par des soldats déserteurs qui opté pour l'ombre éternelle 



Avec Murakami, l’irruption du fantastique dans le banal quotidien est surprenant la première fois (ai-je bien lu?) mais on s’y fait vite. On en redemanderait même. Comme Nakata, on se laisse guider et on accompagne Kafka dans son cheminement intime, au gré de ses rencontres et de son univers onirique, particulièrement prégnant et influent sur les décisions du héros



Les figures féminines du roman sont particulières : potentielles mère ou soeur (disparues sans laisser de trace) putain philosophe, androgyne, ou figures oniriques, elles jouent un rôle fondamental dans la construction du héros.




A noter également les multiples références culturelles mythiques (oedipe), cinématographiques (Truffaut) musicales (Beethoven, Haydn mais aussi les Beatles ou Led Zeppelin, philosophiques (Hegel, Bergson) ou littérature enfantine (Hansel et Gretel). 

J’ai parcouru avec bonheur ces quelques 700 pages de l’édition Poche, et les autres écrits de cet auteur risquent bien d’alourdir ma PAL

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