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La belle histoire des Maths ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Michel Rousselet





  • Éditeur ‏ : ‎ DE BOECK SUP; 1er édition (12 octobre 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 368 pages






Ce beau livre impressionne au premier abord par …son poids ! Une couverture épaisse et un beau papier glacé qui, pour un peu, feraient s’acoquiner la tête et les muscles : deux pages de lecture, trois flexions de biceps, entretien du corps et de l’esprit.

La couverture s’orne d’élégantes couleurs, ainsi sans tenir compte du contenu, l’objet est un potentiel cadeau qui a sa place dans la hotte du père Noël.


Huit ouvrages composent la collection de La belle histoire de…, autour des cathédrales, des révolutions numériques, du cerveau (il me tente celui-là), de la physique, de la vie, des merveilles de la terre, de la voix ou encore des volcans.


Ce sont donc les maths qui constituent le coeur de ce livre qu’une Masse critique privilégiée m’a destiné. Merci à Babelio et aux éditions Adapt-Snes.


Heureusement pour moi, et comme l’indique le titre, on est plongé dans l’histoire et non dans la science pure et dure. Car pour la littéraire que je suis, les maths sont un très lointain souvenir, pas désagréable, mais quelques dizaines d’années d’abstinence ont sans doute eu raison de mes capacités de compréhension. Et si j’avoue que j’ai sauté allègrement les lignes qui proposaient le moindre embryon d’une formule, j’ai eu du plaisir à lire les aspects historiques, d’autant que les illustrations sont nombreuses et superbes.


Les différents chapitres sont courts et renvoient astucieusement à d’autres chapitres en lien avec le sujet traité.



C’est donc un très bel ouvrage, à offrir autour de soi. 









Le candidat idéal ⭐️⭐️⭐️

 Ondine Millot




  • Éditeur ‏ : ‎ Stock (15 septembre 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 280 pages
  • Sélection Novembre Prix Elle







Le 20 Octobre 2015, Joseph Scipilliti, avocat, tire trois balles à bout portant sur le bâtonnier Henrique Vannier, avant de retourner l’arme contre lui. Si Henrique Vannier s’en sort, au prix de séquelles non négligeables, l’agresseur, lui, est mort.


C’est sur ce tragique fait divers qu’Ondine Millot enquête, afin de tenter de comprendre le processus qui a conduit  au drame.


Les plus  


  • l’écriture agréable, qui fait que ce texte se lit comme un roman, sans suspens, puisqu’on en connait dès le départ la fin mais avec un souci de l’analyse psychologique des personnages, déroulée avec rigueur et sans jugement. Pas de parti pris, pas d’a priori, Ondine Millot veut juste comprendre.

  • l’état des lieux d’une profession qui d’un raccourci évoque une catégorie sociale privilégiée, or les chiffres sont là, le nombre d’avocats formés est bien supérieur à la demande, et les ténors du barreau ne sont pas légion. La profession est sinistrée et « En 2017, la bâtonnière de Paris estimait qu’un tiers de son barreau vivait « en dessous du Smic1 ».De même,  trente pour cent des avocats arrêtent d ‘exercer avant la dixième année.


  • Le point sur le rôle du bâtonnier, un « chef d’orchestre » au sein du tribunal, garant d’une éthique professionnelle, fonctionnant plus à l’empathie qu’à l’attrait pour le pouvoir ; c’était en tout cas le cas d’Henrique Vannier;


  • On constate aussi s’il, en était besoin, que les victimes d’agressions, quelles qu’elles soient, au delà de la compassion suscitée lors des flashs infos vite oubliés, conservent longtemps voire à vie des séquelles qui les handicapent à jamais.


Par contre, et c’est le bémol, était-il nécessaire d’écrire ces trois cents pages pour en  arriver à la conclusion qui s’impose lorsque l’on parcourt ne serait-ce qu’une partie du journal laissé par Joseph Scipilliti, atteint d’une pathologie psychiatrique indéniable. Henrique Vannier était là, au mauvais endroit, au mauvais moment, représentant l’objet d’une paranoïa envahissante.


C’est donc une lecture qui reste instructive et intéressante, et bien écrite, mais pas forcément très utile. 




À partir de 2014, il devint clair que ce moment approchait. Je dérangeais trop d'intérêt depuis trop longtemps et l'heure était venue pour le système de sonner l'hallali. Le système s'est incarné en l'occurrence par le nouveau bâtonnier H.V., qui  dès avant sa fait prise de fonction pour les années 2014-2015 avait fait connaître son intention d'en finir avec moi.

*

J'espère apprendre à connaître Joseph Scipilliti à travers les souvenirs des autres, sa famille, ses amis. Bien sûr, j'ai son journal. Mais sa lecture m'apporte autant de questions que de réponses. J'en ai déjà cité des passages, ils se ressemblent par leurs procédés. Un sujet–événement de sa vie privée, professionnel ou article de presse– sert de point de départ à la démonstration de sa persécution.






Ondine Millot est journaliste indépendante, spécialisée dans les faits de société et la chronique judiciaire.





Memorial drive ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Natasha Tretheway



  • Editeur ‏ : ‎ OLIVIER (19 Août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ French
  • Traduction (Anglais) : Céline Leroy
  •  ‎ 224 pages








Natasha Trethewey est professeure d’université, poètesse reconnue, prix Pulitzer de la poésie en 2007, et métisse. Fille d’un poète canadien et d’une travailleuse sociale, dont le mariage se terminera rapidement, elle sera témoin et victime de la violence de son beau-père, et perdra sa mère à l’âge de 19 ans assassinée d’une balle dans la tête.


Cet épisode de sa vie, profondément traumatisant, elle le met entre parenthèse, une longue parenthèse, entre le meurtre et la décision d’affronter la vérité : années oubliées, comme "calées entre deux serre-livres", attentive à ne pas y toucher. 


Mais le passé est là, même occulté, même ignoré et revient malgré tout sous forme de rêves, ou de flashs qui portent en eux un appel au souvenir, ou de malaises physiques inexpliqués : 


« Bien sûr, nous sommes faits de ce que nous avons oublié, de ce que nous avons cherché à enterrer ou à retrancher. Une part d’oubli est nécessaire et l’esprit travaille à nous protéger de ce qui est trop douloureux ; cela n’empêche pas certains aspects d’un traumatisme de vivre dans notre corps et de se manifester de façon impromptue. »


A travers cette en(quête), c’est l’enfance qui surgit, celle d’une enfant qui subit les affronts racistes les plus vils, les Etats du sud n’ayant pas intégré la légalité des mariages mixtes. 


Les souvenirs affluent, ceux qui ont réellement laissé leur empreinte dans sa mémoire et ceux qui résultent de la mémoire collective familiale, tant racontés qu’ils se sont intégrés et laissent l’impression d’avoir été vécus.


Ce retour nécessaire même s’il est douloureux n’est pas une chemin lumineux, la douleur modifie l’écriture, ainsi certains épisodes nécessitent le recours à la deuxième personne, pour mettre distance l’indicible.


L’écriture exorcise le malheur, et elle est le sens même de cette histoire : 

« La mort de ma mère est rachetée par l’histoire de ma vocation, lui donne un sens au lieu de faire quelque chose d’insensé. C’est l’histoire que je me raconte pour survivre. »


Une plume sensible, à vif, illustre ce drame, et porte aussi la parole de toutes ces femmes victimes de violence conjugales. 



 Bien sûr, nous sommes faits de ce que nous avons oublié, de ce que nous avons cherché à enterrer ou à retrancher. Une part d’oubli est nécessaire et l’esprit travaille à nous protéger de ce qui est trop douloureux ; cela n’empêche pas certains aspects d’un traumatisme de vivre dans notre corps et de se manifester de façon impromptue.

*

Tu l'entends émaner de l'espace le plus intime de tous, la chambre à coucher. Ta honte et ta tristesse redoublent. Dans les mots de ta mère, tu entends la supplique pour qu'il s'arrête. Tu entends son espoir éperdu qu'en sachant que tu sais, qu'en sachant que tu écoutes, il mettra un terme aux sévices. Comme si le fait d'être une enfant, de n'être qu'en CM2, changera quoi que ce soit. Et là, tu sais que tu es impuissante.

*

La mort même de ma mère est rachetée dans l'histoire de ma vocation, lui donne un sens au lieu d'en faire quelque chose d'insensé. C'est l'histoire que je me raconte pour survivre.






Natasha Trethewey est américaine et  a obtenu le Prix Pulitzer en 2006 puis fut Poet Lauréate en 2012 et 2013. 
























Comme un ciel en nous ⭐️⭐️⭐️

 Jakuta Alikavazovic




  • Éditeur ‏ : ‎ Stock (1 septembre 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 150 pages







Serait-il tendance de passer la nuit dans un musée ? Après Leila Slimani et son séjour nocturne dans un musée vénitien, c’est Jakuta Alikavazovic qui prend le relais en choisissant cette fois le Louvre. 

A partir de quelques œuvres choisies en raison de ce qu’elles représentent dans l’imaginaire de l’auteur, et des représentations issues de ce que ces oeuvres signifiaient pour son père, l’auteur revient sur son enfance, celle d’une fillette réfugiée, dont l’institutrice affirma qu’elle ne parlerait jamais le français ! Belle revanche, des années plus tard, que l’obtention d’un Goncourt du premier roman !


Les souvenirs affluent donc, dressant le portrait du père, esthète et voleur, une sorte de gentleman cambrioleur …


Mais au-delà de cet hommage, se cachent les motivations de cet enfermement volontaire : et la petite phrase qui revient : 


« Et toi, comment tu t’y prendrais, pour voler la Joconde ? », occasion pour l’auteur de revenir sur ce fait divers du début du vingtième siècle, qui fut une des raisons du futur succès de cette oeuvre de de Vinci.


Mais il faudra attendre les dernières pages pour en savoir plus ….


Hormis les qualités de conteuse de Jakuta Alikavazovic, et ce bel hommage à son père, j’ai trouvé assez peu d’intérêt au récit, d’autant que Le parfum des fleurs la nuit avait déjà utilisé le même procédé pour évoquer des souvenirs d’enfance. 




Toute forme de difficulté – la solitude, la pauvreté, le fait amplement avéré que la moindre toux, le moindre rhume, et bien plus grave dans une langue étrangère – toute forme de difficulté disparaît de son histoire officielle. Jusqu'aux raisons de son immigration Paris certes. Ma mère bien sûr. Le Louvre, naturellement.

*

Il faudrait, je suppose, commencer par l'amour. Un sentiment comme un ciel en août. Et comme un ciel, toujours changeant. L'amour et les formes que nous essayons de lui donner. Pour le faire apparaître. Pour le fixer. Le fixer, c'est le trahir : toujours, il passe . Soit le  sentiment change, soit la forme qu'il prenait pour nous. Un corps, un visage qui maintenant a vieilli. Qui demain ne sera plus. Parfois l'amour subsiste, seul.






Romancière, née à Paris, Jakuta Alikavazovic est lauréate du Prix Goncourt du premier roman, décerné en 2008 pour son livre Corps volatils





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Un lapin court sur la glace fine ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

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