Gaspard Koenig
Sous des airs de Clochermerle, revisité à l’heure des désastres écologiques émergents, Gaspard Koenig entame le second opus de sa quadrilogie basée sur les éléments. Après la terre, qui nous avait entrainés dans une folle addiction pour les lombrics, l’eau est au centre du récit. Cette eau qui risque plus que l’or noir de plonger notre planète dans des conflits autrement plus graves que ce que nous avons connus jusqu’ici.
Mais nous commençons notre exploration du sujet dans une région moins connue pour sa sécheresse que pour ses prairies aux herbages généreusement alimentées par les eaux du ciel ! Et pourtant, à Saint Firmin, rien de va plus. Après une inondation d’une ampleur inédite, l’eau risque de maquer. La Maline, dont la source pourrait permettre une belle autonomie à la commune semble prise d’une folie nouvelle.
Voilà de quoi alimenter un beau programme électoral pour les futures municipales. D’un côté les partisans d’une délégation de la gestion de l’eau à la communauté de communes, et de l’autre ceux qui veulent rester indépendants. Avec leur tête Maria, une jeune femme d’origine polonaise, bien intégrée et surtout décidée à régler son compte à celui qui utilise pesticides et intrants polluants pour pouvoir s’enrichir sur ses terres.
Cette guerre locale permettra à l’auteur de construire une belle fiction, avec une documentation riche, qui met bien en évidence l’étendue du problème.
On n’en reste d’ailleurs pas à l’échelon local, puisque nous nous immiscerons dans les plus hautes sphères étatiques, où tout se décide. Et où sans surprise que les prises de position sont plus liées aux ambitions et perspectives de carrières individuelles qu’à une véritable réflexion sur les problèmes à traiter.
Quelques habiles évocations du passé nous font sentir le changement de paradigme que la modernité a effectué dans nos esprits. Ainsi, le sentiment que procurait la remontée d’un seau au puits :
« Elle avait le sentiment gratifiant d'emprunter à la nature de quoi vivre un jour de plus. Elle repartait avec son cadeau. Les robinets, eux se contentent de couler. Ils ne font pas de cadeaux. »
De nombreuses anecdotes illustrent les fantasmes d’une société qui a rompu ses liens avec la nature. Pour les écolos qui se verraient bien adopter une colonie de castors pour résoudre le problème des inondations, on rappelle que :
« Il ne faut pas imaginer le castor comme une petite peluche. C'est un énorme rat muni d'une tronçonneuse : deux paires d’incisives orange, capables de couper des arbres. »
Le roman nous fait entrevoir la complexité du sujet, et on comprend bien que la folie et la voracité des hommes est à l’origine de cette gestion mortifère de la ressource. Et à la décharge de nos contemporains , les erreurs ont existé bien avant notre époque :
Les Saint-Firminois ne seront pas les premiers. Les Mayas, pourtant passés maitres en ingénierie hydraulique, ont dû abandonner des cités entières pour avoir surexploité les rivières et les puits.
Le propos est sur le fond plutôt subversif :
Il s'ouvre doucement à l'hypothèse, que la république ne soit qu'une fiction, utile pour la guerre et le commerce
L’écriture est un atout supplémentaire de séduction : enrichie d’expressions locales aussi imagées qu’originales, elle nous offre un excellent moment de lecture
« Quand le temps s’abernaudit, les poules s’accroupiotent »
423 pages l’Observatoire 9 janvier 2026
« Quand le temps s’abernaudit, les poules s’accroupiotent »
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Il faut survivre parce que. Parce que c’est comme ça. Parce que l’évolution naturelle a déposé en nous cette envie absurde et qu’il ne fait pas contrarier l’évolution naturelle.
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Son métier de maire, qui consiste à écouter, discuter, suggérer, tempérer, consoler et encourager. Le maire est le chaman de garde.
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Les remises de Légions d'honneur sont l'occasion rare d'entendre de son vivant son propre éloge funèbre
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Il avait pour la première fois posé ses semelles sur les moquettes pelucheuses de cette bourgeoisie traditionnelle, catholique, et endettée, dont il pensait qu'elle existait seulement dans les romans de Mauriac, et dont il avait peu un peu découvert, à l’ENA, l'étonnant survivance dans les cercles de pouvoir
Né en 1982, Gaspard Koenig est un philosophe, essayiste, romancier et homme politique français.
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