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Le silence des dieux ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️


Yahia Belaskri




  • Éditeur ‏ : ‎ ZULMA (7 octobre 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 224 pages


 




Le village vivait des jours heureux, presque assoupi dans une routine apaisante, à peine troublée par les manifestations tonitruantes du fou Ziani. Chacun cultivait son jardin, et jouait un rôle qui justifiait sa place dans la communauté. Jusqu’à ce que deux hommes armés viennent brutaliser Abdelkrim, et fermer tout accès au village. Les relations entre les hommes en sont bouleversées et une coalition se crée pour désigner un responsable de la situation. La chasse aux sorcières s’organise. 


Il faudra quelques morts iniques et le bannissement des cibles pour que la résistance voit le jour. 

Les femmes refusent l’ordre établi et mettent tout en oeuvre pour se libérer des tyrans.


Ce conte philosophique qui se déroule dans un pays sans nom analyse les mécanismes de l’emprise et de la manipulation des foules, qui aboutit à des situations bien au delà des prérogatives initiales. Le fanatisme induit s’auto-alimente et n’a plus besoin de s’appuyer sur la raison pour agir. La réflexion est absente lorsque l’adhésion aux idées d’un gourou quel qu’il soit galvanise les foules.


Parmi ces moutons, retentit la voix du fou, celui qui profère des paroles insensées, et qui pourtant mériterait d’être écoutée. 


C’est une magnifique fable, emplie de sagesse et qui proclame que le salut peut venir de celles qui encore un peu partout ne sont pas considérées comme des paires. Le pouvoir féminin s’exerce souvent dans l’ombre, mais on peut compter sur lui. 







Comment être au monde quand on est pas prêt à se délester d'une part de soi ? Être au monde, c'est recevoir l'autre, c'est l'accueillir et lui faire fête quand il n'est puisqu'il est en nous, qu'il est un don. Recevoir et donner, ainsi le miroir se met en place. Et qu’offre-t-on si ce n'est la bienveillance et le geste tendre? Pourtant aucune tendresse ne m'a été offerte.


*


Le mot que tu retiens entre tes lèvres est ton esclave, celui que tu prononce est ton maître, c'est ce que disait les anciens. Fais des mots justes tes maîtres, sois courageux, autrement tu n'es pas un homme libre. 


 




De nationalité algérienne, Yahia Belaskri est journaliste à Radio France Internationale et nouvelliste. 




Mon maître et mon vainqueur ⭐️⭐️⭐️⭐️

 François-Henri Désérable




  • Éditeur ‏ : ‎ GALLIMARD (19 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 192 pages







Avec un style très personnel, Mon maître et mon vainqueur est une histoire d’adultère, un trio qui met à mal des sentiments amicaux et fait courir un risque non négligeable à l’un des protagonistes, dès lors que des armes commencent à circuler.


Scénario banal, certes mais élaboré avec des outils de choix. Ainsi, le pistolet acquis pour de funestes raisons n’est pas une pièce ordinaire : il a déjà servi pour une mémorable et célèbre rixe. Et cela prend tout son sens dans ce récit imprégné de poésie, célébrant Verlaine et Rimbaud, sans se priver de mettre en valeur quelques tentatives improbables de versifications issues des esprits embrumés des malheureux amoureux peu transis.


L’amour donne des ailes et fait commettre les pires folies, comme le démontrera un audacieux larcin, pour échapper à la banalité d’un cadeau d’anniversaire ordinaire. 


Les lecteurs attentifs reconnaitront peut-être l’un de personnages empruntés au roman d’un autre écrivain célèbre de la scène littéraire française (solution de l’énigme offerte par l’auteur à la dernière page).


Beaucoup d’humour donc dans cette histoire, un art de la formule qui décale le propos, et rend les situations les plus sinistres désopilantes.


Découverte de l’auteur, mais assurance d’ajouter ses précédents opus à une pile déjà bien fournie.




Ça devenait alors une arme redoutable, un coup dans la mâchoire, avait précisé l'armurier, et l'assaillant n'avait plus qu'à boire de la soupe pendant six mois. Voilà à quoi songeait Vasco quand il songeait à Edgar, de la soupe, viens donc me trouver, et tu vas boire de la soupe pendant six mois.

*

Tu vois ce champagne ? Ce champagne, m'avait dit Tina en me montrant la coupe de Ruinart qu'elle avait devant elle, c'est l'Univers, et les petites bulles qui remontent, ce sont les planètes. Nous vivons sur l'une de ces bulles, et certains d'entre nous sur cette bulle voient le sommelier qui nous sert le champagne, ou croient l'avoir vu, ou espèrent le voir. Et puis elle avait ajouté : moi, le sommelier je ne l'ai jamais vu, je me fous bien de le voir et le champagne, je le bois. elle avait quand même accepter de se marier à l'église.

*

Avec des gosses, on est jamais vraiment en vacances : il fallait les habiller, faire les lacets, changer les couches, donner le bain, le biberon, les promener, leur raconter des histoires, trouver leur tétine, leur putain de tétine, jurait Tina qui s'en voulait de dire des gros mots devant eux, Dieu merci, disait-elle, ces enfants de putain n'ont pas encore appris à parler







François-Henri Désérable est un écrivain français, né en 1987.Avec "Mon maître et mon vainqueur" (2021), dissection de la passion amoureuse, il remporte le Grand prix du roman de l'Académie française. 


Furies ⭐️⭐️⭐️

 Julie Ruocco




  • Éditeur ‏ : ‎ Actes Sud (18 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 288 pages









Quand Bérénice exhume des objets, inertes témoins d’un passé révolu, Asim inhume ses compagnons d’infortune, victimes d’une guerre qui les dépasse et qui frappe aveuglément des vies qui semblent n’avoir d’autre valeur que celle de pouvoir trahir d’autres vies à faucher. Le pompier est devenu fossoyeur par nécessité dans cette Syrie en ruines. 


Et pourtant le peuple lutte envers et contre tout avec une sorte de fatalisme obligé. 


La découverte de sa sœur au sein d’un charnier amène le jeune homme aux portes de la folie mais son combat se poursuit. 


C’est le hasard qui conduit Bérénice vers Asim alors qu’elle tente de secourir une enfant muette et terrorisée et met tout en œuvre pour la faire sortir de ce pays agonisant.


La romance au cœur du récit est un support pour de nombreuses réflexions sur la guerre et son absurdité mais aussi son caractère inéluctable. 


L’écriture est dense et riche, conférant au roman une érudition qui met un peu à distance le sujet.


C’est cependant un premier roman dont le style affirmé présuppose un talent que des écrits ultérieurs confirmeront sûrement.




Rien n’est mauvais par essence dans la nature, il n’y a que les hommes qui l’enlaidissent à force de mal voir et de mal nommer.

*

Comment la mécanique de l'histoire s'était-elle emballée à ce point ? A quel moment le ressentiment individuel s'était-il mué en folie collective ? Bérénice se souvenait de cette période trouble sans plan ni attache. Comme beaucoup d'autres, elle avait été en proie à ce vertige. Car il y a toujours un âge où l'on brûle d'injustice et de batailles. 


*

Elle avait gardé de sa formation d'archéologue l'habitude d'établir une relation entre le fragmentaire et le total, de comprendre à quel moment l'anecdote rejoignait l'universel et comment le chemin allait de l'une à l'autre. A la différence qu'aujourd'hui sa matière était vivante.







Née en 1993 , Julie Ruocco est une ancienne étudiante en lettres et diplômée en relations internationales.
Elle a travaillé au Parlement européen pendant cinq ans. Furies est son premier roman.



Le candidat idéal ⭐️⭐️⭐️

 Ondine Millot




  • Éditeur ‏ : ‎ Stock (15 septembre 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 280 pages
  • Sélection Novembre Prix Elle







Le 20 Octobre 2015, Joseph Scipilliti, avocat, tire trois balles à bout portant sur le bâtonnier Henrique Vannier, avant de retourner l’arme contre lui. Si Henrique Vannier s’en sort, au prix de séquelles non négligeables, l’agresseur, lui, est mort.


C’est sur ce tragique fait divers qu’Ondine Millot enquête, afin de tenter de comprendre le processus qui a conduit  au drame.


Les plus  


  • l’écriture agréable, qui fait que ce texte se lit comme un roman, sans suspens, puisqu’on en connait dès le départ la fin mais avec un souci de l’analyse psychologique des personnages, déroulée avec rigueur et sans jugement. Pas de parti pris, pas d’a priori, Ondine Millot veut juste comprendre.

  • l’état des lieux d’une profession qui d’un raccourci évoque une catégorie sociale privilégiée, or les chiffres sont là, le nombre d’avocats formés est bien supérieur à la demande, et les ténors du barreau ne sont pas légion. La profession est sinistrée et « En 2017, la bâtonnière de Paris estimait qu’un tiers de son barreau vivait « en dessous du Smic1 ».De même,  trente pour cent des avocats arrêtent d ‘exercer avant la dixième année.


  • Le point sur le rôle du bâtonnier, un « chef d’orchestre » au sein du tribunal, garant d’une éthique professionnelle, fonctionnant plus à l’empathie qu’à l’attrait pour le pouvoir ; c’était en tout cas le cas d’Henrique Vannier;


  • On constate aussi s’il, en était besoin, que les victimes d’agressions, quelles qu’elles soient, au delà de la compassion suscitée lors des flashs infos vite oubliés, conservent longtemps voire à vie des séquelles qui les handicapent à jamais.


Par contre, et c’est le bémol, était-il nécessaire d’écrire ces trois cents pages pour en  arriver à la conclusion qui s’impose lorsque l’on parcourt ne serait-ce qu’une partie du journal laissé par Joseph Scipilliti, atteint d’une pathologie psychiatrique indéniable. Henrique Vannier était là, au mauvais endroit, au mauvais moment, représentant l’objet d’une paranoïa envahissante.


C’est donc une lecture qui reste instructive et intéressante, et bien écrite, mais pas forcément très utile. 




À partir de 2014, il devint clair que ce moment approchait. Je dérangeais trop d'intérêt depuis trop longtemps et l'heure était venue pour le système de sonner l'hallali. Le système s'est incarné en l'occurrence par le nouveau bâtonnier H.V., qui  dès avant sa fait prise de fonction pour les années 2014-2015 avait fait connaître son intention d'en finir avec moi.

*

J'espère apprendre à connaître Joseph Scipilliti à travers les souvenirs des autres, sa famille, ses amis. Bien sûr, j'ai son journal. Mais sa lecture m'apporte autant de questions que de réponses. J'en ai déjà cité des passages, ils se ressemblent par leurs procédés. Un sujet–événement de sa vie privée, professionnel ou article de presse– sert de point de départ à la démonstration de sa persécution.






Ondine Millot est journaliste indépendante, spécialisée dans les faits de société et la chronique judiciaire.





Au temps des requins et des sauveurs ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Kawai Strong Washburn



 

  • Éditeur ‏ : ‎ GALLIMARD (26 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 432 pages
  • Sélection Novembre Prix Elle 







Hawaï, les plages, les spots de surf et les colliers de fleurs …Oublions ce décor de rêve pour brochure touristique pour se plonger dans le quotidien beaucoup plus prosaïque d’une famille dans la tourmente, après que l’abandon de la culture de la canne à sucre. Or il faut manger, il faut aussi assurer l’avenir des trois enfants : Dean, le basketteur doué, Nainoa, le miraculé d’un plongeon au milieu des requins et Kaui, l’intellectuelle. 

Mais pour mettre à profit et développer leurs potentialités, il faut partir conquérir d’autres territoires et pour cela il faut de l’argent, perpétuelle quête pour ces parents soucieux de voir leurs enfants se sortir de la misère ordinaire. 


Chacun se livrera, chapitre après chapitre, expliquant comment  les espoirs s’envolent peu à  peu.  Roman choral avec ce paradoxe que le lecteur est le confident de pensées intimes, en opposition totale avec les silences qui masquent la vérité dans cette famille où les tentatives de communication tournent souvent à l’humour qui clôt le débat.


On sent aussi la charge mentale placée sur les épaules de ces enfants dans la précarité, mais lourds d’une injonction à réussir, d’autant plus délicate que cette précarité dont ils doivent s’affranchir est peu compatible avec un parcours étudiant paisible.


Si l’histoire est globalement sombre et pessimiste, les dialogues sont pétris d’ironie et  d’humour parfois un peu leste (dès le départ, les émanations corporelles parfumées à l’H2S et les intrusions digitales inconvenantes, font partie des conversations du couple parental)


En filigrane, les dieux, dont on finit par douter, malgré les manifestations à mi chemin entre rêve et réalité, en raison de leur mauvaise volonté à venir au secours de leurs fidèles.


Un roman riche, émouvant, qui montre le verso de la carte postale idyllique.




Quand je ferme les yeux nous sommes encore tous vivant et alors  ce que les dieux attendent de nous me paraît clair. À l'origine du mythe qu'on raconte sur nous, il y a probablement les requins et cette journée d'un bleu limpide au large de Kona, mais ma version à moi est différente. Nous sommes plus ancien que ça. Tu es plus ancien que ça.

*

À mon avis, avant que les premiers hawaïens ne deviennent hawaïens, ils vivaient à Fidji ou dans les Tonga ou n'importe où et ils ont fait trop la guerre contre trop de rois et une partie des plus forts ont regardé les étoiles et ils y ont vu une carte indiquant un monde qui pourrait devenir à eux.

*

Donc, voilà : je suis femme de ménage est infirmière. Fait chié. Et on court. Il y a le bruit sourd de nos semelles sur le bitume le long du garde-fou, un peu plus bas une étendue de vert et au fond  l'océan et l'horizon. L'esprit de mon père est reparti dans un endroit plus jeune, ça se voit à sa façon de courir. Il regarde devant lui et ses yeux et ses joues sont tendues par le souvenir d'un corps capable  de l'effort.






Kawai Strong Washburn est né et a grandi sur la côte Hamakua de la grande île d'Hawai'i. Son premier roman, Sharks in the Time of Saviors, a remporté le prix PEN/Hemingway 2021 pour son premier roman et le Minnesota Book Award 2021 ; il a également été sélectionné pour le premier prix du premier roman du Center For Fiction 2020 et a été finaliste pour le PEN/Jean Stein Book Award 2021. 






L'éblouissement des petites filles ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Timothée Stanculescu 




  • Éditeur ‏ : ‎ FLAMMARION (18 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 368 pages








Cet été-là, ce n’est pas la chaleur écrasante qui fait l’objet des échanges à la boulangerie, bien qu’il fasse particulièrement chaud. Le sujet est bien plus dramatique : une jeune fille a disparu. 


Justine est bien sûr touchée par ce fait divers, même si elle ne connaissait que très peu Océane, à laquelle elle n’avait pas adressé la parole depuis l’école primaire. Touchée parce qu’elles ont le même âge et le même environnement. Et puis la population se rassemble d’abord pour une battue dans la forêt puis une marche blanche, l ‘émotion est contagieuse. 


Mais ce qui trouble Justine au cours de ces vacances au delà de ce fait divers, ce sont les sentiments amicaux mis à mal, c’est aussi l’émoi d’un amour violent et d’autant plus profond qu’interdit.


A cet âge en équilibre entre l’enfance encore proche, et une future indépendance tant souhaitée , les émotions bousculent, perturbent et font vaciller les certitudes autant que le fait divers qui a frappé le secteur.



L’autrice décrit avec une grande sensibilité l’état d‘esprit de cette adolescente, ordinaire, pas parmi les plus jolies, pas moche non plus. Les doutes qu’elle éprouve sur sa capacité à séduire la conduisent à tester son pouvoir attractif. Elle montre une ingénuité sensible, émouvante.


Tout au long du roman plane le mystère de la disparition, et si le temps qui passe réduit les chances de retrouver Océane vivante, les soupçons sont là, et il faudra attendre le dénouement pour comprendre ce qui s’est passé.


L’ambiance générale d’ennui, de chaleur accablante, du temps qui s’étire sans fin est très bien rendue. Et contribue au plaisir de cette lecture pudique et séduisante.




Et aujourd'hui, j'irai l'offrir au soleil, mon visage, en fermant les yeux. Et j'attendrai que cette journée passe, puis celle de demain, puis tout le temps qui me sépare de cette autre vie que j'aurai un jour.

*

Ici c'est le désert de la jeunesse, où les plus belles années de promesses et de folies se heurtent à cette immense rien. La seule chose que l'on puisse perdre par ici, c'est le sentiment de liberté. Le ciel ouvert absolument partout. Partout. Pas un abri dans ce désert. Tout s'évapore, tous les désirs et tous les possibles. Toutes les différences.






Timothée Stanculescu a grandi à Saint-Sever- de-Saintonge, en Charente-Maritime. Elle est née en 19991, est scénariste et étudie à La Fémis. L’Eblouissement des petites filles est son premier roman. 





Les oiselles sauvages ⭐️⭐️⭐️

 Pauline Gonthier





  • Éditeur ‏ : ‎ Julliard (14 octobre 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 208 pages
  • Jury Version Fémina






Lorsqu’elle quitte sa province pour s’inscrire à la Sorbonne, Madeleine y rencontre bien autre chose qu’un savoir universitaire formaté. L’amitié qu’elle noue avec Catherine lui ouvre les yeux sur le militantisme politique et le féminisme revendiqué. On est en 1970, il faudra encore cinq ans pour que le droit à l’avortement soit voté, autant dire que les discours sont musclés. 


C’est ainsi que Madeleine abandonnera ses projets d’études littéraires pour devenir sage-femme, directement sur le terrain pour un engagement sans concession. Ses aspirations amoureuses sont contraintes par son éducation, et restent au second plan.


Vingt ans plus tard, le désir parle et se libère et malgré sa relation avec Aurélien, la passion la conduit dans les bras d’Alix. Et avec cet amour qui la comble, le désir d’enfant vient semer le trouble dans le couple. 



Au coeur du roman, l’évolution du statut de la femme sur quelques décennies et les avancées en terme de droit à disposer de son corps. Le combat reste d’actualité car la vigilance s’impose pour éviter la régression comme on peut le constater ici et là. 


Premier roman militant qui met en lumière le féminisme à travers le parcours ordinaire d’une femme. 




Elle a commencé à parler avec entrain. Elle avait vu Les Justes, avait beaucoup aimé mais considérait Camus meilleur romancier que  dramaturge ou philosophe ; enfin elle estimait davantage Camus que Sartre, tout de même, « tellement plus honnête, non ? ». 
Je l'ai regardée sans savoir répondre.

*

Je ne sais pas si j'aime les femmes, ou seulement cette femme là : la courbe de ses seins coniques, ses hanches arrondies, et la manière dont se place ses doigts lorsque sa main est lâche – le majeur et l'index toujours un peu crispés.

*

Mettre au monde un nouvel être me semblait absurde alors que certains déjà nés et abandonnés désespéraient de solitude. Un jour, en m'entendant, ma mère s'était amusée de ma déclaration : C'est pourtant magnifique, ma chérie, de porter un bébé ! J'avais dû lui demander pourquoi et son « Il faut le vivre pour le comprendre… » n'avait pas suffi à étancher ma soif d'arguments.






Née en 1990, Pauline Gonthier a grandi à Chambéry. Elle vit et travaille aujourd’hui à Paris, comme économiste au sein de l’administration française. Les Oiselles sauvages est son premier roman. (Source : Babelio)




L'affaire Pavel Stein ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Gerald Tenenbaum





  • Éditeur ‏ : ‎ Cohen et cohen (26 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 144 pages









Il faut quelques pages et un peu de lâcher-prise pour oublier que le texte est issu d’une plume masculine.  Néanmoins la magie opère, grâce à la sensibilité de l’auteur qui se glisse sans forfanterie dans la peau et l’esprit d’une jeune femme qui ressent un besoin urgent de confier un épisode important de sa vie à des pages blanches. 


Vingt ans plus tôt, une rencontre professionnelle tendue avec Pavel Stein, cinéaste hanté par les séquelles de ce qu’il refuse de nommer la Shoah, aboutit contre toute attente à une relation amoureuse qui défie les divergences de point de vue et la différence d’âge. 


Le destin inéluctable inscrira cet amour intense dans la brièveté, et dans l’intensité, laissant des traces indélébiles dans l’histoire de la jeune femme , qui se doit d’exorciser le sortilège qui a tant compté dans son histoire personnelle.


Gérald Tenenbaum a la bosse des maths mais pas seulement. Il possède aussi un talent incontestable pour coucher sur le papier des récits profonds et subtils. Plus, il parvient avec adresse à mêler littérature et science mathématique avec une parfaite harmonie, et la délicatesse d’une érudition qui s’insinue dans l’écrit sans  prétention ou affectation.


Ses romans mériteraient une plus grande diffusion.


Merci à lui de m’avoir fait une fois de plus confiance.




Vous savez, nous avons des arbres au Liban. Des cèdres. Et ces cèdres sont un peu comme vos sapins, ils résistent aux années qui passent, ils insistent, ils persistent… Sauf qu'au Liban les saisons successives déposent sur leurs écorces une couche blanche, qui défigure les troncs élancés préfigure la victoire finale du temps sur l'aspiration foliaire.
il était mignon quand il se croyait intelligent.

*

J'éteignis l'ordinateur… qui se ralluma intempestivement de lui-même, comme s'il éprouvait un plaisir furtif à consommer un peu d'énergie supplémentaire. Tous ces appareils qui hoquetaient  me donnaient le tournis. Les prophéties des (bonnes) sorcière des chansons de geste de me revinrent à l'esprit : méfie toi de tout ce qui bégaye, du bras, de l'œil, de la langue, de la jambe. Avais-je ingurgité à mon insu un bouillon d'onze heures ? 






Gérald Tenenbaum est un mathématicien, un essayiste et un romancier français, né en 1952.




Avant que le monde ne se ferme ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Alain Mascaro




  • Éditeur ‏ : ‎ AUTREMENT (18 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 256 pages








Lorsque l’ancêtre disparaît, on brule sa roulotte et son bandonéon, selon la tradition chez les Fils du vent . Le voyage continue précaire mais joyeux : « La vie s’écoulait comme une eau vive », alors on s’empresse d’oublier les mises en garde funestes du patriarche. La kumpania poursuit son chemin au son du violon de Jag. 


Anton  est un adolescent lorsque quelque chose change  sur la route. Le danger menace et la troupe est prise au coeur de la tourmente.  Les zigeuner sont une cible  clairement visée par les « blattes »,  Anton est l’un des seuls survivants, portant en lui la lourde mémoire de « mille trois cent quatre morts qui ne veulent pas qu’on oublie leur nom ».


Survivre est une souffrance chaque jour, il faudra une rencontre extraordinaire avec un petit homme à lunettes vêtu d’un dhoti pour accepter d’assumer et de chérir la vie qui aurait pu elle aussi lui être ôtée dans les camps de la honte. 


A l’issue de la guerre, pas de répit pourtant pour la troupe reconstruite, car des barrières se dressent sur les chemins, les pays se ferment, les humains se barricadent oubliant  leurs racines, et leur déambulation ancestrale, avant que les nomades ne cessent les pérégrinations qui étaient le but de leur vie. 



Cette évocation romanesque d’une troupe circassienne aborde de façon originale l’histoire des génocides du vingtième siècle. Ecrit avec poésie et pudeur, le roman est un bel homme aux gens du voyage, et un pierre à l’édifice du devoir de mémoire.


Premier roman remarquablement écrit et qui mérite d’être lu. 



Tout commença dans la steppe, dans le cercle des regards qui crépitaient avec le feu de camp. La voix du violon de Jag planait par-dessus l’hiver immobile qui parfois arrêtait le cœur des hommes. Ainsi le vieux Johann était-il mort trois jours plus tôt. Jamais il ne connaîtrait l’enfant à venir.

*

C’était un fabuleux conteur qui connaissait par cœur des centaines de récits du monde entier, notamment et surtout ceux des peuples sans écriture. Il affirmait avec véhémence que la vérité du monde était tout entière inscrite dans les mythes et les contes de tradition orale, qu’ils procédaient par images, par figures, pour formuler les équations essentielles qui régissaient les existences humaines.

*

Sur la haute steppe de Sary-Moghol, puisque c’est là que tout toujours s’achève et que tout recommence, à la fin du printemps, on avait posé un petit chapiteau rouge et bleu à proximité du village.

Sept chevaux libres paissaient près du ruisseau qui coulait là, mais qui le lendemain peut-être coulerait ailleurs, ou qui deviendrait rivière, tout dépendait de l’ardeur du soleil à faire fondre les glaciers fiers qu’on devinait au loin.





Alain Mascaro est professeur de lettres, il a tout plaqué il y a deux ans pour voyager avec sa compagne.
Il a obtenu le prix Pégase de la nouvelle 1990 et 1992 et le prix Club Internet Publibook pour "La Sourate de la Répudiation" en 2001.
L'auteur a reçu pour son premier roman "Avant que le monde ne se ferme" le Prix Première Plume et Talents Cultura 2021. 







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