Abonnés

Affichage des articles dont le libellé est Netgalley. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Netgalley. Afficher tous les articles

Ici, maintenant ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Tom Newlands 











Tom Newlands donne la parole à une jeune fille, que l’on verra évoluer sur quelques années. Parole qu’elle saisit avec beaucoup de véhémence. Ses propos font fi de toute langue de bois. Ce qui est à dire est dit, point barre. Mais il y a aussi de la poésie dans la façon qu’elle a de conter ce qui lui arrive.


Nous sommes en Ecosse, dans une petite ville, ancienne cité minière, dépourvue de tout attrait et sans avenir.

Elevée par une mère fragile, en fauteuil roulant, elle voit d’un oeil méfiant l’arrivée d’un nouveau compagnon, qui s’installe chez elles. Pourtant, même si son passé (et son présent) est trouble, il semble bienveillant envers Cora. Il persistera cependant toujours un doute sur sa probité 


Alors malgré les failles et les coups du destin , le récit reste lumineux et parfois drôle 


« J'ai mis ma fourchette devant mon œil, ça lui faisait comme des petits barreaux de prison sur la gueule. Il collait parfaitement dans le décor, mais en même temps il m'avait fait une patate au four – d'ailleurs j’'étais en train de la manger–et ça, c'était quand même un talent . »


Trash mais drôle !


Cora cache un secret, une révélation qui lui a été faite lors de ses années de scolarisation mais qu’elle a gardé pour elle. Sans le révéler, on veut nous faire croire qu’il est la clé de tous les soucis mais on peut quand même dire qu’il n’explique pas tout, qu’il n’est qu’un obstacle de plus sur ce parcours chaotique.



Roman d’apprentissage sur un fond de misère sociale et de prédestination, Ici, maintenant est un roman social dans la droite ligne des films de Ken Loach. 

Il a pour lui un style alerte, une dynamique enjouée et une héroïne à laquelle on peut s’attacher.


L’impression de redite et de répétition est sans doute volontaire pour démontrer la difficulté de sortir de l’ornière, mais on aurait pu apprécier le propos avec quelques pages de moins.



Un premier roman marquant !


Merci aux éditions Métailié et à Netgalley 


368 pages Métailié 21 août 2026

Trad : Anatole Pons-Reumaux, Marguerite Cappelle

Titre original : Only her, only now

#Icimaintenant #NetGalleyFrance 








J'ai mis ma fourchette devant mon œil, ça lui faisait comme des petits barreaux de prison sur la gueule. Il collait parfaitement dans le décor, mais en même temps il m'avait fait une patate au four – d'ailleurs j’'étais en train de la manger–et ça, c'était quand même un talent .



*


Mam était morte. Son histoire n'irait pas plus loin, et il y avait un truc auquel on pensait jamais : la vie est une chose concrète, une histoire qui suit son cours et, d'une manière ou d'une autre, t'en es responsable. J'étais censée être responsable de la mienne, là tout de suite. Sans ma mère,. Sans personne, en vrai.


Tom Newlands 



Né en 1980, Tom Newlands est un écrivain écossais installé à Londres. Il a remporté le London Writers Award (catégorie fiction littéraire), le Creative Future Writers Award ainsi que le programme « A Writing Chance » de New Writing North.

Plus récemment, ses textes ont été publiés dans le New Statesman et New Writing Scotland, et ont figuré dans l'émission de BBC Radio Margins to Mainstream, aux côtés de l'acteur Michael Sheen.


Ici, maintenant (Only Here, Only Now) est son premier roman.


Làzàr ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Nelio Biedermann











En 1906, la famille Làzàr s’étonne autour de Lajos, ce nouveau-né à la peau transparente que rien ne semble destiner à une longue vie. Pourtant, sur les trois générations qui vont suivre, les choix et coups du destin infléchiront la courbe du destin de ces juifs hongrois pris dans la tourmente des conflits du siècle en devenir.


L’histoire est intéressante, nous faisant revivre cette première moitié du vingtième siècle un peu plus à l’est de ce que nous connaissons. Un beau travail documentaire savamment mêlé aux multiples péripéties que doit subir la famille. Les aristocrates ne pourront pas longtemps protéger leurs privilèges 


« Pour Lajos, la disparition de l'empire était la seule suite logique, car la déchéance de son père en était pour lui l'incarnation même. Malgré tout, il fut ébranlé par l'écroulement de l'univers qui était le sien. Il avait l'impression que tout s'effondrait, que le sol se dérobait sous ses pieds, il faisait partie d'un monde qui n'existait plus. »


Il faudra donc se réinventer, au gré des rencontres, et guidé par l’amour, dont on verra qu’il résiste peu aux affres du temps quelle que soit la génération…


On parle pour ce roman d’un futur classique : on peut le comprendre en constatant que le style rappelle l’écriture des grands romans du dix-neuvième  siècle : chronologie sans surprise, (point n’est besoin de reconstituer un puzzle temporel) et narration linéaire, avec très peu de dialogues. Cela donne une patte originale pour notre époque mais c’est loin d’être déplaisant. D’autant que l’on peut à l’occasion se réjouir de clins d’oeil savoureux. Comme ce chapitre qui commence ainsi 


:


« Longtemps, il s'était couché de bonne heure. »


La référence sera complétée quelques paragraphes plus tard avec une allusion à l’oeuvre de Proust. 


Et aussi un brusque sursaut de l’attention quand on lit :


« Cette année, les pommiers étaient particulièrement chargés en poires… »


Les références littéraires sont nombreuses, Proust, mais aussi Simone de Beauvoir ou Virginia Woolf : 


Il y avait une œuvre qu’Eva appréciait plus encore que Le deuxième sexe : c'était Une chambre à soi, qu'elle avait lu un après-midi de septembre, dans un parc, sur un banc ensoleillé. En refermant le livre et  relevant les yeux pour la première fois depuis des heures, elle était une autre femme.



Grande fresque historique , que l’on parcourt avec un grand plaisir.


352 pages Belfond 20 août 202§

#Lazar #NetGalleyFrance 

Traduction (Allemand) Rose Labourie

Titre original Làzàr







Ils étaient proprement incapables de se soucier du sort de la Hongrie–avant d'avoir la force de soutenir leur pays, ils devaient d'abord se retrouver eux-mêmes


*


Pour Lajos, la disparition de l'empire était la seule suite logique, car la déchéance de son père en était pour lui l'incarnation même. Malgré tout, il fut ébranlé par l'écroulement de l'univers qui était le sen. Il avait l'impression que tout s'effondrait, que le sol se dérobait sous ses pieds, il faisait partie d'un monde qui n'existait plus.



Nelio Biedermann*



Nelio Biedermann a étudié la littérature allemande et le cinéma à l'Université de Zurich avant d'écrire son premier roman, Anton will bleiben (non traduit).

Son deuxième roman, Lázár, va le révéler à l'international. Livre phare de la foire de Francfort, Lázár paraîtra dans trente-deux pays.


Né en 2003, Nelio a grandi sur les bords du lac de Zurich. Sa famille paternelle est issue de la noblesse hongroise ; ses grands-parents ont fui vers la Suisse dans les années 1950.

Le phare de l'impossible ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Michael Pedersen











Un paysage comme on l’imagine sur l’une des îles les plus septentrionales de Grande Bretagne :


« Lors des tempêtes, les vagues indomptées peuvent s’élever à trente mètres, leurs embruns assez épais, lourds pour faire disparaître le phare entier entier : un arbrisseau, perdu dans la houle d'un feu de brousse océanique. » 



Cette île qu’il est mal vu de qualifier d’inhospitalière, abrite un couple père-fils peu commun. Mais peut-on sous ces latitudes exercer le métier de gardien de phare si l’on n’a pas  un grain de folie ?  Le père : un misanthrope malveillant, qui « accueille » cependant de temps à autre un hôte   (encore celui-ci doit-il appartenir à la caste des ornithologues , réputés pour se cantonner à l’observation derrière leurs jumelles, sans se mêler de ce qui ne les regardent pas !) Et le fils manifestement sous emprise. Un drame a bouleversé leur vie, ils n’en sont pas encore remis..

C’est dans cette ambiance chahutée que Firth débarque sur Muckle Flugga . Sa prétendue passion pour les oiseaux est un alibi pour venir sur l’île, afin de mettre fin à ses jours…


Un trio infernal se met en place, apaisé en de rares moment par la présence de Figgie, seule femme dans le roman.


On pourrait se croire dans une tragédie du dix-neuvième siècle, si l’humour et la finesse des observations de l’auteur ne venaient alléger le propos. Que ce soit dans la description des personnages : 


« Bien que fraîchement sorti de l'école, Ouse s'aventure dans l'âge adulte avec les petites roues encore en place, pourrait-on dire »


Ou dans la façon de décrire un état d’âme : 


« l'espace d'un infime instant, sa vie avait été aussi spectaculaire qu'un coucher de soleil bleu sur Mars. Maintenant, les bons jours, elle ressemble à un mauvais tableau d'hôtel, accroché de traviole au-dessus du plateau de bacon du buffet matinal. »



En revanche il faudra attendre assez longtemps avant de se rencontrer la faune aviaire promise. Mais là encore , la banalité des description n’est pas de mise : 


Quand ils viennent se remplir la panse, les macareux paraissent ivres. Il en a vu plusieurs effectuer les atterrissage en catastrophe, presque cartoonesques dans leur manque d'élégance. Et il a été témoin de claquements de bec déroutants – les oiseaux, jouaient des percussions ensemble, en une cérémonie qui s'était conclue par des câlineries . Firth subodorait qui s'agissait d'un prélude à une partie de pattes en l'air, mais il les avait laissés à leur affaire.


Toute l’intrigue repose sur l’évolution des relations entre le fils et l’hôte et des décisions qui en découleront. 


Un grand roman, d’un auteur qui monte d’emblée haut dans mon panthéon personnel !


Merci à Netgalley et aux éditions Buchet-chastel 


358 pages Bucher-Chastel 27 août 2026

Traductrice : Claire-Marie Clévy

Titre original : Muckle Flugga

#Lepharedelimpossible #NetGalleyFrance 








« Lors des tempêtes, les vagues indomptées peuvent s’élever à trente mètres, leurs embruns assez épais, lourd pour faire disparaître le phare entier entier : un arbrisseau, perdu dans la houle d'un feu de brousse océanique. » 


*

« l'espace d'un infime instant, sa vie avait été aussi spectaculaire qu'un coucher de soleil bleu sur Mars. Maintenant, les bons jours, elle ressemble à un mauvais tableau d'hôtel, accroché de traviole au-dessus du plateau de bacon du buffet matinal. »



*


Quand ils viennent se remplir la panse, les macareux paraissent ivres. Il en a vu plusieurs effectuer les atterrissage en catastrophe, presque cartoonesques dans leur manque d'élégance. Et il a été témoin de claquements de bec déroutants – les oiseaux, jouaient des percussions ensemble, en une cérémonie qui s'était conclue par des câlineries . Firth subodorait qui s'agissait d'un prélude à une partie de pattes en l'air, mais il les avait laissés à leur affaire.



Des cow-boys en goguette, qui fusent en tous sens, comme des imbéciles beurrés – ils pêchent, batifolent, se bousculent, foncent  dans toutes sortes de rafales ; se laissent tomber, façon dégoulinure et pilotent  en kamikazes, même dans les vagues les plus tumultueuses. Sauf que par miracle, ils ne se font jamais happer, réémergeant, victorieux leurs yeux fous, semblable à des billes, Firth soupçonne que certains n’ont plus leur tête.

 

Michael Pedersen



Poète écossais multiprimé, Michael Pedersen est actuellement en résidence à l’université d’Édimbourg et a reçu la bourse Robert Louis Stevenson. Avec sa langue inventive qui emprunte autant aux contes qu’aux romans d’aventure, il a été encensé par des auteurs comme Kae Tempest, Bernardine Evaristo ou Ocean Vuong.


Un marché noir ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Bérénice Pichat 











Après l’immense succès de La petite bonne, multiprimé, Le Marché noir, de Bérénice Pichat est dans les rayons de toutes les librairies. Difficile de passer cette épreuve du deuxième roman , qui risque de souffrir de la comparaison : on attend aussi bien sinon mieux ! Eh bien c’est réussi, avec brio !


La France  occupée  représente ici le fond du décor. La Guerre de 39-45 avale son lot de soldats et du côté des civils, on est  littéralement affamé, rationné, et on fait la queue devant des magasins quasiment vides . C’est le cas de notre héroïne, Servane, qui vit avec son beau-père dans un immeuble où chacun épie les allées et venues des uns et des autres. Lorsqu’elle se voit proposer une possibilité d’améliorer son ordinaire, elle ne réfléchit pas longtemps , elle accepte  de faire passer des colis, des messages, avec peut-être l’occasion de faire partie des rebelles qui n’acceptent que le pays soit bradé…


La vie quotidienne de la France de cette période sombre entre 1943 et 1945 est relatée avec précision et montre le sérieux d’une documentation où rien n’a été laissé au hasard. Avec un focus particulier sur les difficultés d’approvisionnement 


« Derrière le paravent, dans le coin qui sert de cuisine, elle, le devine, penché sur une soupe aux choux, comme presque tous les jours. C'est toujours meilleur que les rutabagas. Elle n'en peut plus de leur goût de terre en purée, de leur consistance granuleuse, quand on les mange en morceaux, avec un couteau et une fourchette pour maintenir l'illusion d'un repas »


"Cette année encore, il n’y aura ni huîtres, ni vin. Les assiettes serviront à déposer une main tranche de pâté de foie dégoté par Cécile. Une vraie folie. Dans un balbutiement gêné, elle lui a avoué le prix : soixante-quatre francs, , et la portion est minuscule. Sans cela, on se serait contenté du rituel système D - d’un pâté qui n'en a que le nom, fait de mie de pain, mêlée et de levure."


L’héroïne est une jeune fille ordinaire, touchée par sa condition d’orpheline et par la  précarité ambiante. Une proie idéale pour ceux qui ont vite compris que la situation pouvait être profitable. 

On est solidaire avec elle, elle devient l’amie que l’on voudrait aider pour lui ouvrir les yeux…


L’écriture est sobre, très fluide et agréable à parcourir. Le processus de triple discours qui caractérisait La petite bonne, est repris mais dans une moindre mesure. Il permet malgré tout de comprendre ce que la narration du point de vue de Servane ne permet pas de saisir. 



Une belle réussite donc que ce deuxième roman, qui devrait recevoir les faveurs d’un public large. 


Merci à Netgalley et aux éditions Les Avrils



288 pages Les Avrils 20 août 2026

#BérénicePichat #NetGalleyFrance







« Derrière le paravent, dans le coin qui sert de cuisine, elle, le devine, penché sur une soupe aux choux, comme presque tous les jours. C'est toujours meilleur que les rutabagas. Elle n'en peut plus de leur goût de terre en purée, de leur consistance granuleuse, quand on les mange en morceaux, avec un couteau et une fourchette pour maintenir l'illusion d'un repas »


*


Cette année encore, il n'y aura ni huîtres, ni vin. Les assiettes serviront à déposer une main tranche de pâté de foie dégoté par Cécile. Une vraie folie. Dans un balbutiement gêné, elle lui a avoué le prix : soixante-quatre francs, , et la portion est minuscule. Sans cela, on se serait contenté du rituel système D- d’un pâté qui n'en a que le nom, fait de mie de pain, mêlée et de levure.



Originaire du Havre, où elle vit toujours, Bérénice Pichat partage son temps entre enseignement et écriture.


Lire aussi :


La petite bonne


Article le plus récent

Ici, maintenant ⭐️⭐️⭐️⭐️

Articles populaires