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M comme meurtre ? ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Anthony Horowitz 











L’ombre de l’âme d’Agatha Christie plane sur ce roman, astucieux et addictif !


Le narrateur n’est autre que l’auteur, Anthony Horowitz, écrivain talentueux autant dans la vraie vie que dans cette fiction. Son protagoniste Hawthorne est une caricature synthétique du flic de polar moderne : désagréable, trainant derrière lui des casseroles personnelles et professionnelles, mais bigrement talentueux. Son secret : l’observation. A la manière d’un Sherlock Homes (Anthony sera t-il son docteur Watson ?) Le moindre détail est capté et destiné à faire sens dans l’intrigue qui déroule sous nos yeux ses chausse-trapes savamment insérées. 


Le départ de l’intrigue est le meurtre d’une dame qui s’était rendue une demi-heure plus tôt dans une entreprise funéraire avant de préparer ses propres obsèques. La coïncidence est troublante.  L’enquête révèlera de nombreuses zones d’ombre dans l’histoire familiale de la vieille dame , créant ainsi de multiples pistes à explorer. 


Pour titiller le lecteur, l’auteur n’hésite pas à jeter ça et là des bribes de fulgurances d’Hawthorne, sans que  l’on sache à quoi son observation le mène. C’est astucieux et très captivant pour les amateurs de Cluedo !


Mais le narrateur est un écrivain, et le roman nous fait part aussi de ses états d’âme d’auteur, avec beaucoup d’humour. A propos du  choix du titre d’un roman :




« Un titre doit être court, intelligent et éloquent, facile, à lire, facile à retenir et original. C'est beaucoup demander »


ou des réflexions sur les festivals littéraires : 


« C'est fou, le nombre de festivals littéraires qui fleurissent aux quatre coins du monde. Je connais d'ailleurs des écrivains qui n'écrivent plus une ligne ; ils passent leur temps à voyager d'un raout à l'autre. Je me suis souvent demandé comment j'aurais fait si j'étais bègue ou d'une timidité maladive. De nos jours, un auteur doit être capable de se mettre en scène, souvent devant des foules nombreuses. C'est presque comme du stand up : les questions ne changent jamais et vous finissez toujours pas répéter les mêmes blagues. »


Comme le narrateur est aussi impliqué dans la production cinématographique, nous avons l’immense chance de pouvoir côtoyer dans ces pages des géants du cinéma, Steven Spielberg et Peter Jackson, auteur de l’adaptation de Tintin.


Même si c’est facile, Anthony a l’art de camper des personnages juste en pointant d’infimes détails comme un tic de langage de la préposée au discours de la cérémonie des obsèques , dont l’effet est très comique et qui la rend immédiatement identifiable pour le lecteur !


En ce qui concerne ce que nous livre l’auteur de son propre personnage, on apprend qu’il est très sensible à la déco des logements qu’il arpente dans le cadre de l’enquête. Par ailleurs la rivalité teintée de jalousie vis à vis de Hawthorne crée une émulation et l’on assiste aux progrès de l’observation et du raisonnement de notre narrateur, si heureux lorsqu’il croit avoir devancer le flic déchu .


C’est donc un roman très agréable à lire, dans lequel on se sent bien, malgré  la violence du scénario de littérature noire. 


Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine 



352 pages Sonatine 5 mars 2026

Traduction Julie Sibony

TO The word is murder 

#Mcommemeurtre #NetGalleyFrance







Rétrospectivement, je regrette ma décision d'écrire ce livre à la première personne, puisque, du coup, il était évident que depuis le début, je n'allais pas mourir. C'est une convention littéraire : un narrateur à la première personne ne peut pas être tué,


*



C'est fou, le nombre de festivals littéraires qui fleurissent aux quatre coins du monde. Je connais d'ailleurs des écrivains qui n'écrivent plus une ligne ; il passe leur temps à voyager d'un raout à l'autre. Je me suis souvent demandé comment j'aurais fait si j'étais bègue ou d'une timidité maladives. De nos jours, un auteur doit être capable de se mettre en scène, souvent devant des foules, nombreuses. C'est presque comme du stand up : les questions ne changent jamais et vous finissez toujours pas répéter les mêmes blagues.


*



« Un titre doit être court, intelligent et éloquent, facile, à lire, facile à retenir et original. C'est beaucoup demander »

Anthony Horowitz


Né en 1955, Anthony Horowitz est un écrivain de romans policiers pour la jeunesse, de fantastique et scénariste de feuilletons télévisés anglais, en particulier des adaptations de romans policiers d'Agatha Christie.







Le banc ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Géraldine Smith











Un pseudo polar doux-amer sur les vicissitudes de l’âge !


Nous y serons en compagnie de nombreux personnages, dont Georges, le principal intéressé, encore vaillant malgré ses quatre-vingt quinze ans. Mais qui s’étonnerait de le retrouver un matin, allongé sous sa couette, « beau, tranquille » mais mort ? D’aucuns jugeraient qu’il s’agit d‘une belle mort, dans son sommeil. 


« Georges Mucat a eu la fin de vie dans tout le monde rêve. Chez lui. Il est mort dans son lit, sans souffrance. La veille, il était encore avec ses copains. »



Pourtant si Mariola son employée est adepte de cette version, Alain, le gardien de l’immeuble amateur de séries télévisées policières  a repéré un détail suspect …


On remontera ensuite le fil du temps pour parcourir l’année écoulée pour faire connaissance avec l’entourage de Georges, les amis, les enfants. Et on comprendra les liens qui les unissent ou les opposent. Car un homme âgé peut aussi être une source de profit annoncé ! 


Le récit sera émaillé des réflexions sur le grand âge et ses contraintes mais aussi de ses rituels, par exemple  :




Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les personnes âgées veulent garder leur armoire rustique et toujours retourner au même endroit ? C'est simple. Quand je déjeune dans un restaurant où j'allais déjà, il y a quarante ans, il est rempli de ma vie, et mes souvenirs se confondent avec le présent. Il n'y a plus d'avant et de maintenant. Cela me fait du bien. Si le monde qu'on a connu disparaît, on disparaît avec lui.


On ne s’illusionne pas non plus sur lé déchéance que représente l’âge : 


Les exceptions montées en épingle – ces petites grand-mères malicieuses, filmées bien apprêtées, ces maitres  penseurs, octogénaires, qui parlent  comme un livre ouvert de « la », vieillesse – troublent la perception du grand âge. Même dans leur cas, que sait-on de l'intimité des Clint Eastwood, des Edgar Morin, des Harry Belafonte, des Iris Apfel. À quatre vingt quinze ans, parfois bien avant pour le commun des mortels, le simple fait de respirer fatigue, les organes ne fonctionnent que par intermittence, le sphincter lâche, la mémoire tampon est une passoire. Corps et esprit sombrent, pas toujours à la même vitesse, mais sans rémission possible.  Ça c'est la réalité.




Mais ces seniors ne manqueront pas d’épingler les travers de la jeunesse d’aujourd’hui : 


Les jeunes, ils mangent avec leur téléphone, ils dorment avec leur téléphone, ils vont chier avec leur téléphone, mais quand tu les appelles, ils répondent jamais !


Cependant le ton est globalement léger et on ne s’apitoie pas à longueur de chapitre. L’humour aide à faire passer le message qui évite ainsi d’être plombant .


Qui est responsable de la disparition de notre héros chenu : on le saura dans les dernières pages !


Un roman léger sur un sujet de société bien actuel, puisque notre niveau de vie aura eu un effet net sur l’espérance de vie après les années de la seconde guerre mondiale, avec pour conséquence l’irruption d’une génération de seniors ! 


Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel 


272 pages Albin Michel 25 février 2026

Masse critique Babelio 






Les jeunes, ils mangent avec leur téléphone, ils dorment avec leur téléphone, ils vont chier avec leur téléphone, mais quand tu les appelles, ils répondent jamais !



Les exceptions montées en épingle – ces petites grand-mères malicieuses, filmées bien apprêtées, ces maitres  penseurs, octogénaire, qui parlent  comme un livre ouvert de « la », vieillesse – troublent la perception du grand âge. Même dans leur cas, que sait-on de l'intimité, des Clint Eastwood, des Edgar Morin, des Harry Belafonte, des Iris Apfel. À quatre vingt quinze ans, parfois bien avant pour le commun des mortels, le simple fait de respirer fatigue, les organes ne fonctionnent que par intermittence, le sphincte, lâche, la mémoire tampon est une passoire. Corps et esprit sombrent, pas toujours à la même vitesse, mais sans rémission possible.  Ça c'est la réalité.





Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les personnes âgées veulent garder leur armoire rustique et toujours retourner au même endroit ? C'est simple. Quand je déjeune dans un restaurant où j'allais déjà, il y a quarante ans, il est rempli de ma vie, et mes souvenirs se confondent avec le présent. Il n'y a plus d'avant et de maintenant. Cela me fait du bien. Si le monde qu'on a connu disparaît, on disparaît avec lui.


Géraldine Smith


Née en 1965, Géraldine Smith a travaillé comme reporter en Afrique avant de devenir rédactrice en chef d’Epok, le magazine de la Fnac.


Pas de fumée sans feu ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 M.J. Arlidge 











Cet opus est le quatorzième de la série Helen Grace, née de l’imagination prolifique de Mathew Arlidge, mais heureusement il n’est pas nécessaire d’avoir lu les treize précédents pour comprendre l’enjeu de ce polar. Sans doute est-ce un plus d’avoir suivi l’évolution de la carrière mouvementée d’Helen mais ce n’est pas une obligation.


Statut un peu particulier pour l’héroïne de Pas de fumée sans feu, puisque qu’elle a démissionné de son poste, et est clairement en froid avec l’équipe qu’elle a quittée !

Pourtant elle va se jeter corps et âme dans la résolution d’un problème de taille : un trafic d’êtres humains, avec à sa tête des méchants très méchants, qui profitent du désespoir de migrants en quête d’un meilleur avenir pour les transformer en esclaves, à peine nourris, battus voire tués à la moindre incartade.  

Le sujet est humanisé en proposant à Salima puis à Viyan un rôle de personnage important dans l’intrigue. On apprend peu à peu le parcours de cette femme kurde dont la famille est restée en Turquie dans un camp de réfugiés, après le séisme de 2023, au cours duquel ils ont tout perdu .


« Nous avions beaucoup de problème au sein de notre communauté avant le séisme de 2023, mais maintenant … »



Une intrigue secondaire prend une certaine place : Emilia Garanita la journaliste souvent vilipendée par  l’ancienne équipe d’Helen, est sur la piste d’un butin caché par son père ! Là encore l’action ne manque pas.




L’histoire est menée tambour battant, on a peu de répit entre les multiples courses-poursuites ou pièges tendus aux différents protagonistes. Autant dire que le roman se lit en apnée et qu’il est difficile de renoncer à un chapitre de plus en cours de lecture. 


En arrière plan de ce thriller que l’on peut qualifier d’haletant, la vaste thématique de la marchandisation d’êtres humains, qui est loin d’être une nouveauté puisque de tous temps  l’avidité de gains a créé  conditions de mise en place de ce marché odieux. 


Mais un nouveau cas de conscience est aussi évoqué pour Helen, , dont les questions vis à vis de la  maternité sont posées, en particulier la mise en balance des contraintes d’être mère quand on mène une vie aussi mouvementée que la sienne, et les doutes quand à ses capacités d’être mère 


« Si elle avait ce bébé, et éprouverai-elle un tel amour ? » 



Réussite complète donc, pour ce thriller addictif 


Merci à Netgalley et aux éditions Les Escales 


448 pages Les Escales 5 février 2026

#Pasdefuméesansfeu #NetGalleyFrance

Traduction : Séverine Quelet 

Titre original  : Into the fire 









« Nous avions beaucoup de problème au sein de notre communauté avant le séisme de 2023,mais maintenant … »



M. J. Arlidge


Né en 1974 Mathew Arlidge est un auteur de roman policier britannique

Départ(s) ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Julian Barnes 












Un roman peu académique, qui contient une histoire d’amour, mais panachée de nombreuses pensées, de réflexions, de souvenirs et de nostalgie ou de regret sur le temps qui passe.


Revenons sur l’histoire d’amour : elle était trop parfaite pour durer. La passion que partage les deux étudiants ne fera pas long feu, avec à la clé une séparation juste avant leur mariage. Quarante ans plus, tard, le narrateur et son ami sont toujours en lien. Constatant que le fiancé éconduit est toujours amoureux de la belle qui l’a abandonné, Julian a l’idée saugrenue de les mettre à nouveau en lien ! Fausse bonne idée ? 


Donc en marge de ce fil rouge autour d’un amour impossible, Julian Barnes nous offre là une sorte de testament : conscient de vivre ses dernières années (l’âge et la maladie sont des indices fiables et irrévocables), il nous confie ses pensées intimes, sur des sujets pas forcément réjouissants, mais la plume et l’humour délicat dont il a toujours sur faire preuve sont là pour alléger le propos. 


Il ne s’agit pas non plus d’un apitoiement sur son sort. Les exemples sont souvent pris dans d’autres histoires. Comme celle de Virginia Torrecilla, victime d’une double peine. Ainsi dans ce contexte surgissent les interrogations : 


« Je ne pouvais pas comprendre pourquoi cela arrivait alors que je n’ai jamais été une mauvaise personne »


« Beaucoup de personnes ont le même sentiment, croyant que la vie est, ou devrait être , équitable, en dépit de toutes les preuves du contraire » 


Bien sûr, l’écriture, la littérature ne seront pas oubliées. Faisant référence à un auteur interviewé pour son dernier roman, celui ci déclare que : 


« La forme romanesque avait atteint un état de plénitude, et par conséquent d'achèvement, pendant une cinquantaine d'années, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Fiction écrite. Ensuite, a-t-il ajouté, n'était plus rien qu'une « pâle imitation »  de ce qui avait été fait. »


C’est à cette occasion que Julian déclare que 


« Ceci sera sans doute mon dernier livre, mon départ officiel »


 (l’un des départ(s)  annoncés dans le titre !) 


Tout au long du texte, nous serons aussi pris à témoin sur l’évanescence et la trahison de la mémoire, et la vanité de nos ambitions. 



« Pourquoi le cerveau fait-il cela ? , nous oblige-t-il à traquer un nom que nous connaissons depuis longtemps, dans d'obscurs circuits neuronaux souvent bouchés. D’où ces moments d'embarras et d'excuses mensongères ( « pardon, sans mes lunettes… »), – nous forçant à recourir à des tactiques défensives, comme celle qui consiste à inventer des moyens mnémotechniques, que nous pouvons aussi oublier. Et pourquoi le cerveau est-il à ce point sans discernement, effaçant indifféremment les noms d'amis et d’ennemis ? Pourquoi ne pas nous laisser oublier ce dont nous avons guère besoin, et que nous ne serons pas mécontent de ne pas nous voir rappeler ? « 


Tel un état des lieux dans un logement que l’on veut laisser irréprochable pour les prochains occupants, Julian Barnes tire sa révérence, avec panache. Reste pour ses lecteurs le mince espoir que, revenant sur ce qui n’est pas une promesse mais une hypothèse, il nous gratifiera d’un ultime opus


Merci à NetGalley et aux éditions Stock 


240 pages Stock 21 janvier 2026

#Départs #NetGalleyFrance 







Quoi qu'il en soit, j'espère que vous avez pris plaisir à notre relation au fil des ans. J'y ai certainement pris plaisir. Votre présence m'a ravie.–de fête, je ne serais rien sans vous. Alors je vais poser un instant ma main sur votre avant-bras–non, n’arrêtez pas de regarder–puis puis m'éclipser. Non n'arrêtez pas de regarder.


*


Pourquoi le cerveau fait-il cela ? , nous oblige-t-il à traquer un nom que nous connaissons depuis longtemps, dans d'obscurs circuits neuronaux souvent bouchés. D’où ces moments d'embarras et d'excuses mensongères ( « pardon, sans mes lunettes… »), – nous forçant à recourir à des tactiques défensives, comme celle qui consiste à inventer des moyens mnémotechniques, que nous pouvons aussi oublier. Et pourquoi le cerveau est-il à ce point sans discernement, effaçant indifféremment les noms d'amis et d’ennemis ? Pourquoi ne pas nous laisser oublier ce dont nous avons guère besoin, et que nous ne serons pas mécontent de ne pas nous voir rappeler ? 


Julian Barnes



Julian Barnes, né le 19 janvier 1946 à Leicester, est un romancier, nouvelliste, essayiste et critique littéraire anglais


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