lundi 26 juillet 2021

Un jour ce sera vide ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Hugo Lindenberg




Éditeur ‏ : ‎ BOURGOIS (20 août 2020)

  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 176 pages









Ce court roman est d’une densité remarquable. 

L’enfant qui parle a une dizaine d’année, mais porte en lui le poids d’une histoire complexe et invalidante. 

L’angoisse qu’il ressent envahit tous les domaines de sa vie. Les questions pour lesquelles  il n’espère même plus de réponses se traduisent en une quête infinie du sens. L’enfant observe, note et tente de comprendre. Compare les lambeaux de sa vie familiale avec ce que donne à voir le quotidien de son ami Baptiste, l’harmonie, les sourires, la propreté, jusqu’à la pureté d’un religion différente de la sienne. Une famille Ricoré. Et en miroir, la folie de sa tante, le langage étrange de sa grand-mère, et surtout l’absence. 


A petites touches, l’histoire se construit et amène le lecteur à comprendre les failles. 

D’une écriture coup de poing, l’auteur dresse en peu de pages un portrait terriblement réaliste de cet enfant blessé, dont  le comportement autant que le malheur crée le vide autour de lui. C’est lorsque le vernis qui idéalisait la famille de Baptiste, craque, que son histoire propre se dessine et apparait derrière les non-dits.

A mi-chemin entre le rêve et la réalité, le roman est une projection de l’imaginaire du jeune garçon, cet imaginaire qui le maintient la tête hors de l’eau. 


Récit marquant .



L'enfant est à contre-jour. On distingue à peine son visage encadré par une chevelure lisse de vrai garçon. D'a bord il n'y a que la cordelette de son slip de bain rouge ou bleu, qui s'approche, jambes graciles, pour observer le spectacle immobile dont je jouissais pour moi seul.

*

Ce matin, la pensée est revenue. Elle s'est invitée dans la chaleur du lit, profitant d cela brume du réveil.

*

Son odeur à elle, au début je ne  voulais surtout pas la sentir. Eviter de retourner mettre mon nez dans les foulards. Ça m'emmène trop loin, trop profond dans l'absence. Vertige sans fin que je renifle des jours entiers. Des nuits entières. Qui ne sont plus des nuits d'enfant.




Né en 1978, Hugo Lindenberg est journaliste. 

Il est lauréat du prix du livre inter 2021 pour son premier roman "Un jour ce sera vide".
Il vit et travaille à Paris. (Source Babelio)



vendredi 23 juillet 2021

Un mariage en été ⭐️⭐️⭐️

 Beatriz Williams




  • Éditeur ‏ : ‎ Belfond (1 juillet 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 432 pages
  • Traduction (Anglais) : Julia Taylor
  • #BeatrizWilliams #NetGalleyFrance










Sur Winthrop Island, deux populations se côtoient, celle des insulaires à l’année, qui font vivre et entretiennent l’île et celles des nantis qui fréquentent le golf et son club et occupent  de riches demeures qui revivent à l’occasion des vacances. C’est pendant l‘été que le lieu s’anime pour le meilleur et pour le pire. 

Le roman est savamment découpé en trois périodes, séparées les unes des autres par une vingtaine d’années. 1930 voit se mettre en place les prémisses de ce qui éclatera au grand jour des années plus tard. 

En 1951, Miranda raconte. Le mariage de sa mère, son amitié avec sa demi-soeur, et les premiers émois pour Joseph, le fils du gardien de phare, avec la certitude qu’il ne sera pas pour elle, puisque son amie Isobel semble fascinée par le jeune homme. Cet été-là s’achèvera par un drame.

Des années plus tard en 1969, c’est en star que Miranda revient sur l’île. En star bafouée, en amoureuse déçue, en nostalgique désabusée. La fin de l’été 1969 verra-t-elle la vérité éclater ?


Hormis la construction originale, l’histoire est suffisamment banale pour ne pas être inoubliable. Les clichés s’accumulent et les personnages ont peu de nuances. On se laisse prendre malgré tout, comme on regarderait un film désuet, charmant mais attendu. Les amateurs de romance apprécieront 


Une lecture d’été aussi évanescente q’une poignée de sable dans la brise du soir.


Merci à Netgalley et aux éditions Belfond




Laissez-moi vous dire deux mots à propos de Clayton Monk qui attendait une réponse posément. A l'époque, je le trouvais trop bien pour Isobel. Pas trop beau, charmant et  riche, mais trop bien. Elle allait probablement le faire souffrir.

*

Carroll et moi recevions beaucoup pendant notre mariage, et j'avais appris très tôt une astuce essentielle. Être une bonne hôtesse, c'était comme jouer la comédie, jouer le rôle de quelqu'un d'autre, quelqu'un de sociable et d'attentif, qui apprécierait tout autant de discuter avec un narcissique qu'avec un conteur de talent , quelqu'un qui ne buvait pas trop en s'assurant que ses invités buvaient un peu trop. 






Sodome et Gomorrhe ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Marcel Proust





  • Éditeur ‏ : ‎ Gallimard; 1er édition (3 mai 1989)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Poche ‏ : ‎ 648 pages








Où  Marcel, à l’affut derrière sa fenêtre, guettant la fécondation d’une orchidée par un insecte pollinisateur, surprend une scène qui lui révèle la véritable personnalité du baron de Charlus.  S’en suit un long développement sur ce qu’implique socialement et personnellement le fait d’être inverti, dans une société qui condamne de tels penchants, et dresse un catalogue qui pourrait être une élégante façon de suggérer comment identifier ce que l’on cherche à cacher.


Suit une soirée chez la princesse de Guermantes, source d’angoisse préalable puisque Marcel ignore jusqu’au dernier moment s’il est invité ou non. Une fois introduit dans la place, outre l’observation de Charlus, chez qui il tente de confirmer ce qu’il a vu quelques jours plus tôt, Marcel scrute, analyse et se fait une idée de la mondanité dont il tente tant de se rapprocher.


Ses certitudes quant aux moeurs de Charlus font le pendant de ses doutes vis à vis d’Albertine. Si elle clame sa détestation de Gomorrhe, le docteur Cottard est loin d’y croire et en fait la démonstration au malheureux jeune homme.


Marcel poursuit son éducation mondaine, et se fait une place encore ambiguë au sein de ces élites dont il tente de se rapprocher, tout en réalisant les illusions de supériorité qu’il leur attribuait.


Un opus au cours duquel Marcel allège le ton général , en s’adressant au lecteur, puis en rapportant avec humour les défaillances langagières du maitre d’hôtel de Cabourg.


Et toujours magie de cette prose unique, cette petite musique si reconnaissable et envoutante.



On sait que bien avant d'aller ce jour là (le jour où avait lieu la soirée de la princesse de Guermantes) rendre au duc est la duchesse la visite que je viens de raconter, j'avais épié leur retour et fait, pendant la durée de mon guet, une découverte concernant particulièrement M. de Charlus, mais si importante en elle-même que j'ai jusqu'ici ,jusqu'au moment de pouvoir lui donner la place de ton dévolu, différé de la rapporter.

*

Mais quelle tranquillité, après avoir été perpétuellement troublé par mes désirs inquiets pourtant d'êtres fugitifs dont souvent je ne savais même pas le nom, qui était en tout cas si difficiles à retrouver, encore plus à connaître, impossible peut-être à conquérir, d'avoir prélevé sur toute cette beauté éparse, fugitive, anonyme, de spécimen deux choix munis de leur fiche signalétique et que j'étais du moins certain de me procurer quand je le voudrais.

*

On ne devrait jamais se mettre en colère contre ceux qui, pris en faute par nous, se mettent à ricaner. Ils le font non parce qu'ils se moquent, mais tremblent que nous puissions être mécontent.




Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust est un écrivain français. 

Issu d’un milieu bourgeois, cultivé et marqué par un entourage féminin, le jeune Marcel est de santé fragile ; il aura toute sa vie de graves difficultés respiratoires causées par l'asthme. 

Tandis que la première partie, "Du côté de chez Swann", passe inaperçue, "A l'ombre des jeunes filles en fleurs", le deuxième volet de la "Recherche" reçoit en 1919 le prix Goncourt. 

Dans l'ensemble de son œuvre, Proust questionne les rapports entre temps, mémoire et écriture. Connu pour la longueur de ses phrases parsemées de relatives au rythme dit "asthmatique", Marcel Proust reste une référence et un monument incontestable de la littérature française. Dans la "Recherche du Temps Perdu", il réalisa une réflexion sur le sens de l'art et de la littérature, sur l'existence même du temps, sur sa relativité et sur l'incapacité à le saisir au présent. (Source : Babelio)







jeudi 22 juillet 2021

Mes vrais enfants ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Jo Walton




  • Éditeur ‏ : ‎ Denoël (19 janvier 2017)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 352 pages
  • Traduction (Anglais) : Florence Dolisi








Roman qui ouvre une porte de l’imaginaire,  sur fond de féminisme, où l’auteur déroule en parallèle deux versions d’un destin de femme en Angleterre au vingtième siècle.


Lorsque nous faisons connaissance avec Patricia, ou Patsy, ou Trish ou Tricia, sait-on, elle se bat avec sa mémoire, et les incohérences que suscitent les lacunes de son histoire. L’établissement où elle réside la met à l’abri des besoins élémentaires, le temps passe et emporte avec lui les images du passé.


Suivent les histoires alternées de Patsy, et de Tricia, par époque et en alternance, selon les règles de l’uchronie. Un oui ou un non modifieront profondément les événements futurs, et au delà du destin individuel, c’est la marche entière du monde qui en est modifiée, à la manière du battement d’aile d’un papillon. L’une est libre l’autre est condamnée à vivre sous le joug d’un mari borné et  bien différent de ce que le temps de fiançailles réglementaire lui avait laissé espérer. L’autre se libère des entraves institutionnelles et éducatives qui lui imposaient une vie normée. De même,  les  alternatives d’évolution de la planète oscillent selon la version entre utopie et dystopie.


L’écriture est simple et factuelle, et permet de parcourir avec un grand plaisir ces deux romans en un, en abordant des  thèmes généraux comme la parentalité, qui se décline à l’aune des modèles ambiants.



Très belle découverte avec  ce roman intelligent et questionnant.


Club de lecture La Caverne des lecteurs




Et si les choix de chaque individu pouvaient changer le monde ?

*

Cette feuille de soins, on aurait dit un bulletin scolaire, avec ses petites cases et ses catégories bien définies qui ne permettaient pas d'exprimer la complexité de chaque situation. "Mauvaise prononciation." "Manque de concentration." "Aujourd'hui : confuse."

*

Pour Tricia, le mouvement de libération de la femme arrivé trop tard. Dix ans plutôt, ses réunions auraient sans doute changé sa vie. En l'occurrence, elle considérait qu'elle s'était plus ou moins libérée sans l'aide de personne. Elle avait un travail, une voiture, et ses enfants avaient grandi. Quant à Marco, il ne l'ennuyait plus avec le sexe. 







Née en 1964, Jo Walton est une romancière britannique de science-fiction et de Fantasy

mercredi 21 juillet 2021

Là d'où je viens a disparu ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Guillaume Poix




  • Éditeur ‏ : ‎ Verticales (3 septembre 2020)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 288 page









Du Salvador à la Somalie, le malheur au malheur ressemble et les rêves de liberté échouent sur des rafiots de fortune ou des camps aux frontières. Rafael et Marta évoquent leur histoire tandis qu’à Somerville, les rêves avortés parviennent à Mogadiscio sous forme de pieux mensonges.


C’est une tout autre ambiance à Lyon, alors que Pascal fait le bilan de vingt et un ans d’une cohabitation avec ce fils qu’il n’a pas vu grandir. Ce fils qui devient autonome, mais dont il sait peu de choses, jusqu’au jour où il reconnait sa voix, captée pour une interview à la radio …


C’est avec beaucoup d’empathie que Guillaume Poix donne la parole à ses personnages, qui rêvent tous d’un autre monde. Malgré les frontières toujours plus hautes, plus controlées plus inaccessibles , l’espoir est là, brisé parfois avant même de comprendre l’imposture.


C’est l’histoire d’un monde qui vit mal son évolution, d’un monde qui continue à penser en légitimité du droit du sol, et ferme les yeux sur la détresse de moins chanceux mais autant humains qu’eux.


Sans jugement péremptoire, l’auteur dresse une galerie de portraits comme un état des lieux de l’époque. 

L’humour n’est pas absent de ces lignes, en particulier pour les chapitres consacrés à Pascal, le naïf de service, avec ses principes qui explosent en vol, confronté à une réalité inimaginable pour lui.


Un très beau roman humaniste, qui dresse un état des lieux sans donner de leçon. Découvert après une lecture à voix haute, par l'auteur lui-même.




C'est la tranquillité de l'écume qui frappe. Elle tisse une toile aux abords de l'enfant, comme si elle cherchait à l'attirer, qu'il s'entremêle dans sa dentelle et s'y perde, sans même s'en rendre compte, soudain lié aux mains, aux pieds, à la ceinture abdominale par cette soie, toute proche de la momification – elle ne tardera pas –, l'enfant comme glissant vers le piège quand de bien plus grands désastres l'ont pris.

*

Il est 12h30. J'ai rendez-vous à 13h à la Croix-Rousse, rue Callas, pour faire visiter un charmant deux-pièces de 42 m², quatrième étage sur jardin, coup de cœur absolu à visiter d'urgence !!! Comme j'ai indiqué sur l'annonce – les  points d'exclamation c'est un code, les clients que je suis depuis un petit moment savent que le nombre dit long sur le bien,  !!! c'est pour grouillez-vous le bien est rare ça va partir direct.





Normalien et diplômé de l'ENSATT en écriture dramatique, Guillaume Poix est comédien, dramaturge, auteur et metteur en scène. 


En 2014, il publie un premier texte de théâtre aux éditions Théâtrales, "Straight", sélectionné au festival Regards croisés, lauréat de l’aide à la création des textes dramatiques du CNT et prix des Journées de Lyon des auteurs de théâtre en 2014, prix Godot des lycéens et prix Sony Labou Tansi des lycéens en 2016. 


mardi 20 juillet 2021

Pièce unique ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Alain Schmoll




  • Éditeur ‏ : ‎ Alain Schmoll Cigas (31 mai 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 254 pages










Le thème du roman m’a un peu effrayée lorsque j’en ai pris connaissance : le foot, ce n’est pas ma tasse de thé ! Même si dans mes souvenirs, je ne sais plus comment je me suis retrouvée debout sur une table, devant l’écran installé pour l’occasion, un certain soir de juillet 1998, scandant Fabien ! Fabien ! vers un type dont je ne connaissais pas l’existence une heure trente plus tôt ! 

Justement c’est dans une des tribunes VIP du tout nouveau stade de France que se nouent l’intrigue de ce troisième roman d’Alain Schmoll. Des retrouvailles avec une amie d’enfance, qui malgré  les émois d’adolescence et quelques épisodes plus douloureux de leur vie étudiante n’a pas obtenu le statut de femme de sa vie, marquent ces rencontres sportives. Ludovic s’est marié trois fois, il est l’héritier d’une entreprise, mais bénéficie d’un statut bancal. Il est aussi collectionneur, et lorsque la jeune femme lui propose de faire l’acquisition de la guitare volée de John Lennon, lui, le fan de la première heure, il ne résiste pas !


Pour les non-amateurs de football, pas d’inquiétude, si on revit les instants marquants qui firent des joueurs du mondial 98 des icônes internationales  pour quelques années , on n’est pas envahi par le jeu lui-même et on assiste à la restitution de l’ambiance d’un stade, qui peut émouvoir les plus réticents.

Par ailleurs l‘intrigue entre Ludovic et Danielle est intéressante et le bilan de vie du personnage central est une leçon et un portrait presque iconique d’une génération. 


L’ensemble est assez cinématographique et en tout cas, mais c’est juste mon opinion personnelle, j’ai un acteur tout trouvé pour le rôle principal .


Je remercie l’auteur pour m’avoir une nouvelle fois accordé sa confiance, et je renouvelle mes compliment pour ses qualités de narrateur, qui à chaque fois me font passer un bon moment 



Imaginez que vous organisiez des soirées conviviales autour de matches de football, alors que vous ne vous êtes jamais intéressé à ce sport et que vous n’y connaissez rien. Cela vous procurerait un drôle d’effet. Nul besoin de vous poser en animateur. Pour la plupart, vos invités partagent une passion qui les connecte spontanément, instaurant une atmosphère générale de bonne humeur, sans que vous ayez à intervenir.

*

Je remonte vers la promenade. Des enfants jouent au football. Je m’arrête pour les regarder. Ils sont de toutes origines, européenne, africaine, asiatique, indienne. Je reconnais l’un d’eux. Ses parents sont mexicains et tiennent le drugstore non loin de notre maison. Il me reconnaît aussi. — La France, champion du monde ! me lance-t-il.





Alain Schmoll a mené une carrière de dirigeant et de repreneur d’entreprises. 
Passionné par la lecture et l’écriture, il crée un blog littéraire et publie des critiques sur Babelio sous le pseudonyme d’Archie. 
Il écrit aussi des ouvrages de fiction. Après La Tentation de la vague (2019), et Les Moyens de son ambition (2020), Pièce unique est son troisième roman. 





lundi 19 juillet 2021

La couleur du lait

 Nell Leyshon




  • Éditeur ‏ : ‎ 10 X 18 (3 septembre 2015)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Poche ‏ : ‎ 192 pages
  • Traduction (Anglais) : Karine Lalechere







Découverte de cette autrice anglaise, avec cette histoire poignante, qui trouve sa force dans la naïveté voulue de l’écriture.


Ce cahier qu'elle emplit de son écriture maladroite, en 1831,  son "livre", Mary s’y applique de toutes ses forces et avec les limites que son absence d’éducation lui impose. La jeune fille quitte la ferme familiale cette année-là pour rejoindre une maison cossue, employée pour  s’occuper de l’épouse du propriétaire, le pasteur du village. La jeune femme, qui souffre de ce que  l’on appellera bien plus tard une dépression post-traumatique, va très mal. 

Si le confort est là, Mary se languit, non de son père violent, mais de son grand-père, qui est un confident adoré. 

Le décès de l’épouse malade bouleverse la vie de Mary.


C’est une très touchante et émouvante histoire, avec un personnage d’une force et d’une sensibilité remarquables, et l’on perçoit à petites touches l’irruption du malheur, on le pressent, sans toutefois le deviner. Les confidences sont amères et derrière les mots simples, transparait une profonde aversion pour l’injustice, qui épargne les coupables et enferme les victimes.


Une très belle découverte plébiscitée en 2012 par le prix Femina et le prix Interallié.




ceci est mon livre et je l'écris de ma propre main. nous sommes en l'an de grâce mille huit cent trente et un, j'ai quinze ans et je suis assise à ma fenêtre, je vois beaucoup de choses.  je vois les oiseaux qui piaillent dans le ciel. Je vois les arbres je vois  les feuilles.

*

je préférerais que tu restes. J'en ai parlé à ton père et il ne s'y oppose pas. mais si vous lu avez demandé et qu'il sait que vous me voulez ici et que vos allez lui donner de l'argent c'est sûr qu'il m'interdira de rentrer à la maison. ça veut dire qu'en fait vous ne me laissez pas le choix.


*

tout était silencieux et à la flamme des bougies j'ai cru d'abord que les signes sur la page dansaient. j'ai mis mon doigt sous les mots et quand ils ont arrêté de bouger j'ai commencé à les prononcer. alors j'ai senti qu'il se penchait vers moi et j'avais l'impression qu'il ne respirait pas. c'était comme s'il voulait que je lise chaque mot.





Nell Leyshon est née à Glastonbury, dans le comté du Dorset au Royaume-Uni. Après des études de littérature anglaise à l’université de Southampton, elle s’est fait connaître par ses pièces de théâtre enregistrées pour la BBC. Son premier roman, paru en 2004, Black Dirt figurait sur la liste de l’Orange Prize. Devotion et The Voice ont remporté un franc succès. Publié en 2012, La Couleur du lait est la première œuvre de Nell Leyshon à être traduite en français. (Source : Babelio)