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La mer et son double ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Julia Lepère 











Dans cet univers onirique, les tableaux alternent. Dans l’étrange ville de P. , une femme parcourt les rues accablées de chaleur et envahies par la poussière, caméra en main. Une caméra particulière puisque les images qu’elle capte ne coïncident pas forcément avec ce que ses sens perçoivent. 


« Pour une raison qui m'échappait, c'était par le truchement de ma caméra, que la révélation s’opérait, par elle que l'invisible se faisait visible"



Elle y croisera des personnages énigmatiques, auxquels est attribuée une description partielle et allégorique de leur identité : un pianiste, un poète, un sculpteur, un prêtre et une jeune fille au cerceau, qui hante le bar local. Des enfants aussi, qui osent approcher la mer, que les adultes ignorent. L’histoire de la ville cache  aussi un sacrifice ancien, que la ville célèbre à l’occasion, et l’effacement des traces d’exilés bannis de leurs terres, du temps où les hommes se ruaient  vers une fortune annoncée. 



« On pense aux ancêtres venus chercher de l'or. À cette transformation des sédiments des veines sous-marines, au magma refroidi des volcans. Aux hommes courbés sur l'eau boueuse, remuant le tamis. À cette soif de lumière propre à ceux qui ont trop longtemps au-dessus des gouffres de la mer. »


Une ville fantôme qui exerce sur la femme une attraction forte 


« certains lieux vous ensorcellent, vous laissant à jamais orphelins d'une part de vous-même : ce morceau d'âme peut dormir sous la terre ou dévaler la pente d'une montagne morte. » 





Ailleurs, sous des latitudes extrêmes et un froid de plus en plus intense, un cargo perd un homme. Mais une femme prend place à bord, et découvre des lettres qui concernent cet homme qui a disparu. 


Les analogies entre les deux sites où se construit la narration sont nombreuses, et en particulier la quête de vérité des deux femmes dont parfois on se dit qu’elles ne sont qu’un unique personnage.  La mer présente sur les deux fils narratifs est ici une frontière et un point de rencontre entre les deux mondes. Mais il est très difficile de reconstruire le récit selon des règles logiques dont on ne dispose pas. Il faut donc accepter de se laisser porter par les mots et s’en saisir sans forcément trouver immédiatement des clés de compréhension.




Car l’intérêt de ce premier roman, est la beauté de la langue. Chaque description d’une situation  aussi banale puisse t-elle être est magnifiée par un choix incroyable de mots, et c’est exactement cela, la poésie.



Un premier roman aussi remarquable que déstabilisant, une invitation à lâcher prise, à de laisser porter par « cette zone de repli », où « tout est possible et se joue d’un coup de dé ».


Merci à Netgalley et aux éditions du Sous-Sol


272 pages Sous-Sol 8 janvier 2026

#LaMeretsondouble #NetGalleyFrance






Certains lieux vous ensorcellent, vous laissant à jamais orphelins d'une part de vous-même : ce morceau d'âme peut dormir sous la terre ou dévaler la pente d'une montagne morte.



L'écriture, c'est comme le reste, si ce n'est pas nourri par de la vie et de l'amour féroce, si on se ment à soi-même, en essayant d'être ce qu'on n'est pas, ça ne sert à rien de se fatiguer, les doigts et les méninges.


Julia Lepère 


Julia Lepère est née en 1987 à Paris.



Elle est  poétesse et une comédienne. 


Avant que tombe la nuit ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Eva Björg Ægisdóttir











1977. Une famille ne s’est pas remise du drame survenu onze ans plus tôt. Stina, l’ainée des deux soeurs a disparu brutalement, ne laissant pour seul indice qu’un anorak ensanglanté sur le bord d’une route. Son corps n’a jamais été retrouvé. 


« Il y a mille façons de disparaître en Islande. La campagne regorge d'endroit où la terre peut littéralement vous engloutir : des sources chaudes, des fissures si profondes dans les champs de lave, qu'il serait impossible de les explorer. »



Marsi, sa cadette au passé tourmenté, et pas seulement à cause du drame, (elle a toujours été une enfant difficile ), rentre de Reykjavik, où elle travaille, et tente de questionner ses parents, d’autant que des détails qui auraient pu passés inaperçus la font douter de la version officielle et l’inclinent a penser que ses parents en savent plus qu’ils ne le disent. 


« Certains secrets vous rongent de l'intérieur. Ils vous grignotent l'estomac jusqu'à ce que vous vous tordiez de douleur avant de gagner votre esprit où ils dévorent peu à peu votre bonheur et votre joie de vivre. »



On fera donc des allers et retours entre les deux périodes. En 1966, les amours adolescentes, la correspondance secrète de Marsi avec un certain Bergur, les  amis, les alliances, et puis le drame. On découvre peu à peu ce qui s’est passé a travers les confidences de Stina. 



L’intrigue est super bien ficelée. Et quand on croit avoir tout compris, un dernier twist vient tout remettre en question ! 


Un thriller tout à fait intéressant, avec des personnages vraiment bien choisis, bien campés, en compagnie de qui non passe un excellent moment de lecture. 


E. B. Aegisdottir nous propose avec ce roman qui ne débute pas une série, un très bon opus qui la place tout  haut de mon classement personnel de polars nordiques ! D’ailleurs il a été récompensé par le prix du meilleur polar islandais, ce qui n’a rien de surprenant !


Merci à Netgalley et aux éditions de la Martinière 


345 pages Martinière 6 février 2026

Traduction Ombeline Marchon

Titre original Heim fyrir myrkur (2023) 

#Avantquetombelanuit #NetGalleyFrance









Il y a mille façons de disparaître en Islande. La campagne regorge d'endroit où la terre peut littéralement,vous engloutir : des sources chaudes, des fissures si profondes dans les champs de lave, qu'il serait impossible de les explorer.


*

« Certains secrets vous rongent de l'intérieur. Ils vous grignotent l'estomac jusqu'à ce que vous vous tordiez de douleur avant de gagner votre esprit où ils dévorent peu à peu votre bonheur et votre joie de vivre. »


Eva Björg Ægisdóttir






Eva Björg Ægisdóttir est une écrivaine islandaise. 


Elle est née et a grandi à Akranes, une petite ville de l'ouest de l'Islande, située proche de Reykjavik. Adolescente, elle a gagné une compétition de nouvelles ; ce qui l’a déterminé dans son choix de devenir écrivaine


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Les filles qui mentent 

 

J'écrirais votre histoire ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Claire Léost 












Frédéric exerce un métier difficile, un de ceux qui nécessitent de se protéger,, de prendre garde à l’élan compassionnel qui surgit parfois devant une histoire qui vous renvoie sans doute à des blessures personnelles anciennes. Il dirige un service de cancérologie, accompagnant avec tact et délicatesse les familles éprouvées.  


« Vous guérir, c'est difficile, je n'ai pas ce pouvoir. On sait tous les deux que votre est maladie coriace. On a essayé plusieurs traitements, elle nous joue des tours. Mais à part vous guérir qu'est-ce que je peux faire ? »


C’est avec ces mots, sans langue de bois, que Frédéric salue chaue jour les malades dont il s’occupe. Pourtant parfois : 


« La lassitude le gagne. À quarante cinq  ans, il se sent au bout de course, coincé entre la demande de ses patients et les commandements de l'administration, une équipe surmenée et un père désoeuvré, l'envie de mieux faire et les injonctions à moins faire. »




Tout près de lui, son père, qui s’apprête à contre coeur à raccrocher la blouse blanche, quittant un service de soins palliatifs, menacé de fermeture. Un malade en fin de vie n’a aucune valeur financière, seul argument capable d’influencer la directrice administrative de l’établissement. 


Dans cette ambiance de fin d’une époque, surgit alors, venue du sud de la France une jeune femme qui propose un service original. Accompagner les patients dans l’écriture de leur vie, en couchant sur le papier les souvenirs qui reviennent, dit-on, nombreux lorsque l’heure du bilan a sonné. 


Cette initiative aura t-elle un impact positif sur les personnes qui acceptent la démarche. Et permettra t-elle de faire espérer un avenir pour le service en sursis ?



Avec beaucoup de tendresse et d’empathie pour ces personnages (à part peut-être la directrice, mais est-elle entièrement responsable de ce qu’elle montre ?) , l’autrice nous conte une très belle histoire, émouvante, faite des bribes des vies que l’on découvre à travers les confidences de tous les patients rencontrés et auxquels il est difficile de ne pas s’attacher. 


Il n’est pas question non plus de thérapeutique parallèle aussi efficace qu’innovante, le pronostic ne sera pas changé mais un peu de lumière sera entrée pour illuminer les derniers jours d’un malade, avec la contagion positive pour les  proches. 


Un roman émouvant, en raison des sujets qu’il aborde, mais aussi du soin pris par l’autrice pour affirmer que même dans les épreuves les plus difficiles, ce que l’homme a de meilleur peut se manifester. Et dans l’ambiance générale actuelle, c’est du baume au coeur.


Merci à NetGalley et aux éditions Lattès 


250 pages Lattès 14 janvier 2026

#Jécriraivotrehistoire #NetGalleyFrance







La lassitude  le gagne. À quarante cinq  ans, il se sent au bout de course, coincé entre la demande de ses patients et les commandements de l'administration, une équipe surmenée et un père désœuvré , l'envie de mieux faire et les injonctions à moins faire.


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Vous guérir, c'est difficile, je n'ai pas ce pouvoir. On sait tous les deux que votre maladie est coriace. On a essayé plusieurs traitements, elle nous joue des tours. Mais à part vous guérir qu'est-ce que je peux faire ?




Claire Léost




Claire Léost est née en 1976. Diplômée de Sciences Po Paris (1997) et d'HEC (1999), elle est éditrice de magazines dans un groupe de presse. 


Bilan janvier 2026

 


La gardienne ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Soja Delzongle 












Un thriller dense et addictif !

Après un début de lecture un peu mitigé, en raison des répétitions qui donnent l’impression que le roman a été écrit sous forme de série, avec les rappels à chaque nouvel épisode, on finit par être bien pris dans l’intrigue, difficile à lâcher. 


Les deux soeurs,  Rune et Gerda, n’ont pas une vie banale. La famille a fuit la Norvège après que Rune a été victime d’une agression,  et vit quasiment en autarcie à l’orée d’une forêt et le père fait régner une ambiance de violence qui ne demande qu’à exploser. 

Il s’est arrogé le droit de contrôler l’éducation de Rune, l’élevant comme un garçon, celui qu’il n’a pas eu. 



« Dès qu'elle avait été capable de marcher, il s'était mis en tête d'élever sa deuxième fille comme un garçon. « Devenir un homme, ça s'apprend, affirma-t-il. Ce n'est pas parce qu'on naît avec une paire de couilles qu'on en est forcément un. »



Dans le voisinage, plusieurs jeunes filles ont disparu au cours des dernières années. Lorsqu’au cours d’une partie  de pêche, une ligne accrochée au fond du lac ramène une poignée de cheveux roux , Rune garde le précieux indice qui pourra être utiliser plus tard, lorsque les voies de fait auront succédé aux menaces.


Un drame survient disloquant le peu de liens de la famille. 


Le récit reprend des années plus tard, et l‘on retrouve Gerda alors qu’elle a rejoint la gendarmerie d’Avallon, sous un autre nom. De nouvelles affaires de disparition se produisent et elle plonge dans le passé, le sien et celui des disparitions inexpliquées, aidée par le commissaire Moulin, un officier à la retraite. 


L’histoire esquissée ici est en réalité beaucoup plus complexe mais il serait dommage de dévoiler tous les ressorts de cette intrigue passionnante. 


S’il n’y a pas vraiment de thème social ou politique à défendre, si ce n’est une évocation des risques du harcèlement à l’école, 


« Rune était devenue l'objet d'un harcèlement permanent, auquel participaient aussi quelques filles de sa classe. Elle n'en avait rien dit, ni à ses parents, ni à sa sœur, pourtant scolarisée dans le même établissement, mais dans la classe supérieure, en quatrième. Quant aux professeurs, soit ils ne remarquaient rien, soit ils faisaient semblant de l'ignorer, par lâcheté ou indifférence. »



on est suffisamment pris par la construction et les rebondissement pour ne pas avoir besoin de plus.



On s’attache vite aux personnages, et surtout aux deux soeurs à la personnalité très différente, chacune apportant à sa manière une accroche affective entre le lecteur et elle.  

Très réussi, ce roman m’a emportée. 


Merci à Netgalley et aux éditions Fleuve 


432 pages Fleuve 5 février 2026

#LaGardienne #NetGalleyFrance







Dès qu'elle avait été capable de marcher, il s'était mis en tête d'élever sa deuxième fille comme un garçon. « Devenir un homme, ça s'apprend, affirma-t-il. Ce n'est pas parce qu'on naît avec une paire de couilles qu'on en est forcément un.


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« Rune était devenue l'objet d'un harcèlement permanent, auquel participaient aussi quelques filles de sa classe. Elle n'en avait rien dit, ni à ses parents, ni à sa sœur, pourtant scolarisée dans le même établissement, mais dans la classe supérieure, en quatrième. Quant aux professeurs, soit ils ne remarquaient rien, soit ils faisaient semblant de l'ignorer, par lâcheté ou indifférence. »


 

Sonja Delzongle



Née en 1967, Sonja Delzongle est une femme de lettres française, auteure de roman policier. 


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