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Une place à soi ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Joannic Royer Bellais 











C’est un épisode de burn-out domestique qui conduit Frédéric à la gare du nord, après avoir décidé sur un coup de tête de retrouver la trace de son ami Jérémy, parti vivre à Londres trente ans plus tôt. Pour des raisons que lui-même n’identifie pas clairement, ces retrouvailles sont urgentes et indispensables. Pourtant le voyage ne s’annonce pas comme prévu, et le départ en shuttle est compromis. C’est en suivant la trace de l’ado qui lui a volé son vélo à la gare, sous son nez, que son destin va le conduire sur des pistes très déstabilisantes, très loin du but initial !


Il se fera, le voyage en Angleterre  mais pas comme prévu, et le monde que Frédéric découvre lui ouvre les yeux sur des réalités dont on a tous conscience mais pour lesquelles nous ne sommes pas tous impliqués en première ligne. Et si les retrouvailles ont lieu par un de ces hasards que la littérature permet, elles permettront de mettre une focale grand angle sur les caprices du destin.


Mais le fond de l’histoire reste tout de même  centré sur les parcours atroces de ceux qui ont fui la misère et la mort, pas si loin de chez nous et qui tentent par tous les moyens de franchir les frontières. On découvrira l’univers glauque des trafiquants  d’êtres humains, dignes descendants des marchands d’esclaves. 


Notre héros découvre ce monde foncièrement mauvais 


 « Je croyais avoir une petite idée de ce que pouvait être l'avis de réfugié. J'en étais à des années lumière »



Roman d’apprentissage avec un cheminement du lecteur parallèlement à celui du narrateur : 


« Je croyais qu'en vieillissant on devenait plein de certitudes sur la vie, c'est tout l'inverse. À vingt ans, j'étais complètement daltonien, je ne voyais que le noir et le blanc, c'était facile de choisir un camp. À trente j'arrivais à peine à distinguer les trois couleurs primaires, les choses ont commencé à se compliquer. Et à bientôt cinquante,  la vie est un putain d’arc-en-ciel. »


Même si ce n’est pas le sujet principal, le thème du père à la maison et de l’équilibre d’un couple, lorsque la tradition patriarcale est mise à mal, apparait en filigrane lors des échanges entre Frédéric et sa compagne. L’immense gouffre entre la précarité des migrants et le relatif confort de sa vie, même si elle ne lui convient pas met en balance la  vanité de nos plaintes dans une société riche et le dénuement des foules déplacées. 



Un roman bien écrit, dans lequel on a le sentiment que l’auteur a mis ses tripes, qui se lit parfois comme un thriller mais fait apparaitre un humanisme que l’on apprécie. 


Merci à Netgalley et aux éditions Fleuve 



240 pages Fleuve 12 mars 2026

#Uneplaceàsoi #NetGalleyFrance 










 « Je croyais avoir une petite idée de ce que pouvait être l'avis de réfugié. J'en étais à des années lumière »


*


« Je croyais qu'en vieillissant on devenait plein de certitudes sur la vie, c'est tout l'inverse. À vingt ans, j'étais complètement daltonien, je ne voyais que le noir et le blanc, c'était facile de choisir un camp. À trente j'arrivais à peine à distinguer les trois couleurs primaires, les choses ont commencé à se compliquer. Et à bientôt cinquante,  la vie est un putain d’arc-en-ciel. »


*


C'est quand même dingue la vie. La théorie du chaos dans toute sa splendeur, mon pote, l'univers est une fractale qui reproduit ses motifs à l'infini, une putain de symphonie répétitive…

Joannic Royer Bellais


Joannic Royer Bellais est né deux ans après mai 68, dans la paisible mais humide ville d'Alençon qu'il a très vite quittée pour la moiteur équatoriale du Gabon, où il a passé son enfance et une partie de son adolescence. 

De retour en France, il a poursuivi ses études un moment après le bac et il les a finalement rattrapées dans une école de cinéma.



La mélodie des fous ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Yoann Faure 











Lorsqu’Émilie Martin se présente chez William Burton, un écrivain suffisamment célèbre pour vivre largement de sa plume, elle postule pour être son infirmière. L’homme est cloué dans un fauteuil pour un handicap dont on apprendra plus tard l’origine. Ellie la joue à l’envers, lorsqu’elle déclare ne pas avoir encore décider si elle acceptait la tâche. Une joute verbale prend place entre les deux personnages, chacun prenant son tour pour proposer à l’autre un récit, qui nous permet de lever peu à peu le voile sur leur histoire . Jeu de dupes, pour lequel on ne sait pas qui manipule l’autre …

Cet échange est interrompu par des confidences issues de trois jeunes femmes dont les destins se croisent ou se mêlent avec un flou subtil , et côtoient l’univers de a folie, ses limites floues et sa subjectivité  : 


« Ce qu'ils nomment folie n'est rien d'autre que la largesse de nos âmes qui ne rentre pas dans le cadre qu'ils ont créé, un corset au bord tranchant qui fait saigner nos corps, une boîte trop petite qu'ils  appellent normalité. »




Ajoutons l’énigmatique enquêteur Bernachot, celui qui occupe un réduit, le « bureau des crimes déraisonnables » dont l’accès est rendu difficile par une porte d’ascenseur qui ne s’ouvre pas totalement mais l’homme est doté d’un esprit d’observation qui lui permet de résoudre des affaires  laissées sans réponse,



« Pour Bernachot, savoir mener une enquête, c'est se montrer virtuose. Il ne faut pas seulement percevoir les dissonances et les contretemps, mais aussi être capable de réécrire la mesure, d'harmoniser les temps et de retrouver les bonnes notes. »



C’est donc une partition subtile, à la mélodie perturbante, au rythme variable, qui se déroule sous nos yeux au fil des pages. Les fous ne sont pas forcément ceux que l’on imagine, et le suspens est laissé intact jusque’à la coda, qui se dévoile en un feu d’artifice éblouissant !



Un excellent thriller, qui ménage ses effets, et nous entraine dans un tourbillon où le génie et la folie dansent une valse macabre. 


288 pages Gros caillou 5 mars 2026

#LaMélodiedesfous #NetGalleyFrance 







 

« Ce qu'ils nomment folie n'est rien d'autre que la largesse de nos âmes qui ne rentre pas dans le cadre qu'ils ont créé, un corset au bord tranchant qui fait saigner nos corps, une boîte trop petite qu'ils  appellent normalité. »



« Pour Bernachot, savoir mener une enquête, c'est se montrer virtuose. Il ne faut pas seulement percevoir les dissonances et les contretemps, mais aussi être capable de réécrire la mesure, d'harmoniser les temps et de retrouver les bonnes notes. »


Yoann Faure


Installé à Lyon, père de trois enfants, Yoann Faure partage son temps entre l’écriture, la mise en scène et sa vie de famille. 


Auteur de théâtre et romancier, il intervient également dans le conseil et l’accompagnement de projets scénographiques.


Une ville silencieuse ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Samuel W Gailey 











« Leurs cris lugubres, s’insinuaient aux confins de ses rêves agités que l'alcool embrumait . Rauques et incessants, leurs craillements éveillaient  une lente crispation  d’effroi – en particulier aux premières lueurs de l'aube, lorsque tout se mouvait  au ralenti dans l’éclat naissant du jour à l’horizon."




Nous sommes en 1988, en Pennsylvanie. La petite ville de Black Wallnut, à l’instar de tant d’autres cités américaines, vit au rythme de ses traditions et de ses excès. Le jour du vendredi saint, Le pasteur Cap découvre un cadavre près de sa maison. Le noir des corbeaux , le blanc de la neige et le sang de la victime composent un tableau macabre, issu d’un ensemble de faits que nous serons invités à découvrir en remontant le temps d’une quinzaine de jours . 

En effet 15 jours avant Pâques, Cap avait accueilli chez lui une jeune femme en état de choc. Elle est sourde et muette et semble porter un lourd secret. Ce que nous, lecteurs, découvrirons avant les habitant Black Wallnut .


Autour de la jeune femme se cristallisent des rivalités anciennes, et des secrets inavoués. Et qui mieux qu’une étrangère pour venir le point de convergence de toutes les haines accumulées ? 


On fera ainsi connaissance avec plusieurs couples, mal assortis ou saccagés par le quotidien et les vieux démons. Le pasteur Cap est au centre de cette histoire, avec ses tourments et son secret, et la lourde tâche d’apaiser les esprits échauffés par les événements récents. Entres les doutes qui l’assaillent et l’alcool qui masque pour un temps ses angoisses, ses nuits sont agitées 


"Il roula sur le flanc et enfouit sa tête sous la couverture, afin d' étouffer les horribles bruits, en vain. Les corbeaux l'avaient escorté, franchissant avec lui, le passage entre sommeil et conscience : impossible, désormais, de faire demi-tour. "



On s’attache rapidement aux personnages, archétypes d’humains ordinaires, pris dans les rets de destins non choisis, de rêves abandonnés et de difficultés quotidiennes dans un contexte économique qui parvient si facilement à précariser la situation  de la classe moyenne. 


Il y sera question des plaies modernes de notre société, inceste, harcèlement, violences conjugales, engendrés par la frustration ou la folie..


Un roman remarquable, avec une intrigue solide, et des personnages dont l’humanité et les faiblesses nous interpellent, par ce qu’ils disent de notre monde.


Merci à Netgalley et aux éditions Buchet-Chastel. 




416 pages Buchet Chastel 5 mars 2026

#Unevillesilencieuse #NetGalleyFrance





 Leurs cris lugubres, s’insinuaient aux confins de ses rêves agités que l'alcool embrumait . Rauques et incessants, leurs craillements éveillaient , une lente crispation  d’effroi – en particulier aux premières lueurs de l'aube, lorsque tout se mouvait  au ralenti dans l’éclat naissant du jour à l’horizon. »



Il roula sur le flanc et enfouit sa tête sous la couverture, afin d' étouffer les horribles bruits, en vain. Les corbeaux l'avaient escorté, franchissant avec lui, le passage entre sommeil et conscience : impossible, désormais, de faire demi-tour.



Ce qu'elle avait naturellement considéré comme la vérité, n'était que mensonge. La normalité avait mutée, elle était devenue impensable.

Samuel W. Gailey



Samuel W. Gailey est un producteur et scénariste réputé.

Il a conçu des séries télévisées, entre autres pour la Fox et le Showtime, avant d’entamer sa carrière de romancier. Son expérience dans le cinéma se retrouve dans la force implacable de son récit, et dans son habileté à tenir en haleine ses lecteurs.


Seul le diamant est éternel ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Stéphane Jordans 











A la fin du 20è siècle, nous sommes conviés à de nombreux allers et retours entre Anvers, Paris et Mambovie, la capitale du Narumbie, une île au large des côtes de l’Afrique, colonie américaine fictive, où 


« une demi-douzaine de clans tribaux  et de factions politiques armées, incontrôlables, se disputent le pouvoir au prix d'horreurs,

 d'un autre âge, indescriptibles, dans le but, notamment de contrôler des mines de diamants du nord-est du pays"


Dans ce décor de guerre civile, un coup d’état destitue le président Georges Daniel, l’homme est massacré en place publique. Une toute jeune reporter, Axelle Devienne, bien que traumatisée par ce qu’elle a vu en tirera un article qui lui vaudra une reconnaissance immédiate et prolongée parmi ses pairs. Pourtant, les images sanglantes hanteront ses nuits pendant des années. Son histoire personnelle sera mêlée à celle de ce pays, pour le meilleur et pour le pire.


Dans ce pays miné par la guerre, on n’hésite pas à recruter jeune. Les enfants sont enlevés dans leur village et « formés » à tuer, affamés, drogués, devenant des bêtes de guerre. Et cela dès l’âge de six ans. On suivra le destin de Camilla, enrôlée de force avec son amie Tara. Ce sont les pages les plus difficiles à lire de ce roman, pour leur cruauté. 


« Esteban n’avouera jamais qu'il a été enlevé avec d'autres à la sortie de l'école, qu'il a été enrôlé de force, qu'il a dû commettre des atrocités pour faire ses preuves, qu'il se drogue quotidiennement pour être performant. Non par honte, mais il n’en a tout simplement pas le droit. »


D’autres personnages sont mis en place, dont le diamantaire de La Chaussaye, avide de pierres, même si elles sont des diamants de sang, alimentant un commerce qui salit les mains.


Le roman s’ouvre avec un prologue où se produit l’assassinat d’un personnage que l’on identifiera plus tard. Mais d’autres meurtres auront lieu, révélant une affaire complexe à laquelle Saint Simon, depuis son bureau du quai des Orfèvres s’attellera, ignorant au départ des surprises qui l’attendent …


Si les pages consacrées aux enfants-soldats sont difficiles à lire, le mode opératoire de certains meurtres ne le sont pas moins. Il y est en effet question de cannibalisme ! Si cette pratique a fait partie des moeurs traditionnelles de nombreuses peuplades depuis que l’homme est apparu sur terre, et que des pratiques rituelles ont été attestés jusque dans les années 1950, elle est à présent tabou, et ne s’inscrit que dans le cadre de déviance psychopathologique. Dans ce roman, le but est clairement de désavouer l’odieux personnage à l’origine de tous les malheurs des autres !



On plonge aussi dans ces pages dans le monde autarcique des diamantaires, avec leurs pierres mythiques et pourvoyeuse de conflits sans fins. 

Le romane est facile à suivre car les situations sont explicitées avec beaucoup de détails et on a même accès aux pensées intimes des personnages, signalées en italique . 


Une enquête que l’on suit avec intérêt, à la fois pour la complexité des faits et les mobiles multiples qu’affichent les  personnages. Autant de suspects que de raisons de perpétrer les meurtres. 


Merci à l’autrice pour  sa confiance 



450 pages Librinova 24 décembre 2025

SP




« une demi-douzaine de clans tribaux  et de factions politiques armées, incontrôlables, se disputent le pouvoir au prix d'horreurs d'un autre âge, indescriptibles, dans le but, notamment de contrôler des mines de diamants du nord-est du pays"




 « Esteban ne avouera jamais qu'il a été enlevé avec d'autres à la sortie de l'école, qu'il a été enrôlé de force, qu'il a dû commettre des atrocités pour faire ses preuves, qu'il se drogue quotidiennement pour être performant. Non par honte, mais il n’en a tout simplement pas le droit. »




Stéphane Jordans est une autrice franco-suisse. De formation notariale, elle a commencé à écrire à l'âge de 16 ans pour participer à un concours sur les contes de Noël. Dépitée de n'avoir pas été choisie, elle a laissé tomber jusqu'à l'âge de 19 ans. À partir de là, elle a surtout écrit des histoires courtes sur des thèmes choisis. 


Ensuite, elle s'est lancée dans une saga familiale, dans des livres pour enfants et des nouvelles, dont une policière.


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