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J'écrirais votre histoire ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Claire Léost 












Frédéric exerce un métier difficile, un de ceux qui nécessitent de se protéger,, de prendre garde à l’élan compassionnel qui surgit parfois devant une histoire qui vous renvoie sans doute à des blessures personnelles anciennes. Il dirige un service de cancérologie, accompagnant avec tact et délicatesse les familles éprouvées.  


« Vous guérir, c'est difficile, je n'ai pas ce pouvoir. On sait tous les deux que votre est maladie coriace. On a essayé plusieurs traitements, elle nous joue des tours. Mais à part vous guérir qu'est-ce que je peux faire ? »


C’est avec ces mots, sans langue de bois, que Frédéric salue chaue jour les malades dont il s’occupe. Pourtant parfois : 


« La lassitude le gagne. À quarante cinq  ans, il se sent au bout de course, coincé entre la demande de ses patients et les commandements de l'administration, une équipe surmenée et un père désoeuvré, l'envie de mieux faire et les injonctions à moins faire. »




Tout près de lui, son père, qui s’apprête à contre coeur à raccrocher la blouse blanche, quittant un service de soins palliatifs, menacé de fermeture. Un malade en fin de vie n’a aucune valeur financière, seul argument capable d’influencer la directrice administrative de l’établissement. 


Dans cette ambiance de fin d’une époque, surgit alors, venue du sud de la France une jeune femme qui propose un service original. Accompagner les patients dans l’écriture de leur vie, en couchant sur le papier les souvenirs qui reviennent, dit-on, nombreux lorsque l’heure du bilan a sonné. 


Cette initiative aura t-elle un impact positif sur les personnes qui acceptent la démarche. Et permettra t-elle de faire espérer un avenir pour le service en sursis ?



Avec beaucoup de tendresse et d’empathie pour ces personnages (à part peut-être la directrice, mais est-elle entièrement responsable de ce qu’elle montre ?) , l’autrice nous conte une très belle histoire, émouvante, faite des bribes des vies que l’on découvre à travers les confidences de tous les patients rencontrés et auxquels il est difficile de ne pas s’attacher. 


Il n’est pas question non plus de thérapeutique parallèle aussi efficace qu’innovante, le pronostic ne sera pas changé mais un peu de lumière sera entrée pour illuminer les derniers jours d’un malade, avec la contagion positive pour les  proches. 


Un roman émouvant, en raison des sujets qu’il aborde, mais aussi du soin pris par l’autrice pour affirmer que même dans les épreuves les plus difficiles, ce que l’homme a de meilleur peut se manifester. Et dans l’ambiance générale actuelle, c’est du baume au coeur.


Merci à NetGalley et aux éditions Lattès 


250 pages Lattès 14 janvier 2026

#Jécriraivotrehistoire #NetGalleyFrance







La lassitude  le gagne. À quarante cinq  ans, il se sent au bout de course, coincé entre la demande de ses patients et les commandements de l'administration, une équipe surmenée et un père désœuvré , l'envie de mieux faire et les injonctions à moins faire.


*


Vous guérir, c'est difficile, je n'ai pas ce pouvoir. On sait tous les deux que votre maladie est coriace. On a essayé plusieurs traitements, elle nous joue des tours. Mais à part vous guérir qu'est-ce que je peux faire ?




Claire Léost




Claire Léost est née en 1976. Diplômée de Sciences Po Paris (1997) et d'HEC (1999), elle est éditrice de magazines dans un groupe de presse. 


Bilan janvier 2026

 


La gardienne ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Soja Delzongle 












Un thriller dense et addictif !

Après un début de lecture un peu mitigé, en raison des répétitions qui donnent l’impression que le roman a été écrit sous forme de série, avec les rappels à chaque nouvel épisode, on finit par être bien pris dans l’intrigue, difficile à lâcher. 


Les deux soeurs,  Rune et Gerda, n’ont pas une vie banale. La famille a fuit la Norvège après que Rune a été victime d’une agression,  et vit quasiment en autarcie à l’orée d’une forêt et le père fait régner une ambiance de violence qui ne demande qu’à exploser. 

Il s’est arrogé le droit de contrôler l’éducation de Rune, l’élevant comme un garçon, celui qu’il n’a pas eu. 



« Dès qu'elle avait été capable de marcher, il s'était mis en tête d'élever sa deuxième fille comme un garçon. « Devenir un homme, ça s'apprend, affirma-t-il. Ce n'est pas parce qu'on naît avec une paire de couilles qu'on en est forcément un. »



Dans le voisinage, plusieurs jeunes filles ont disparu au cours des dernières années. Lorsqu’au cours d’une partie  de pêche, une ligne accrochée au fond du lac ramène une poignée de cheveux roux , Rune garde le précieux indice qui pourra être utiliser plus tard, lorsque les voies de fait auront succédé aux menaces.


Un drame survient disloquant le peu de liens de la famille. 


Le récit reprend des années plus tard, et l‘on retrouve Gerda alors qu’elle a rejoint la gendarmerie d’Avallon, sous un autre nom. De nouvelles affaires de disparition se produisent et elle plonge dans le passé, le sien et celui des disparitions inexpliquées, aidée par le commissaire Moulin, un officier à la retraite. 


L’histoire esquissée ici est en réalité beaucoup plus complexe mais il serait dommage de dévoiler tous les ressorts de cette intrigue passionnante. 


S’il n’y a pas vraiment de thème social ou politique à défendre, si ce n’est une évocation des risques du harcèlement à l’école, 


« Rune était devenue l'objet d'un harcèlement permanent, auquel participaient aussi quelques filles de sa classe. Elle n'en avait rien dit, ni à ses parents, ni à sa sœur, pourtant scolarisée dans le même établissement, mais dans la classe supérieure, en quatrième. Quant aux professeurs, soit ils ne remarquaient rien, soit ils faisaient semblant de l'ignorer, par lâcheté ou indifférence. »



on est suffisamment pris par la construction et les rebondissement pour ne pas avoir besoin de plus.



On s’attache vite aux personnages, et surtout aux deux soeurs à la personnalité très différente, chacune apportant à sa manière une accroche affective entre le lecteur et elle.  

Très réussi, ce roman m’a emportée. 


Merci à Netgalley et aux éditions Fleuve 


432 pages Fleuve 5 février 2026

#LaGardienne #NetGalleyFrance







Dès qu'elle avait été capable de marcher, il s'était mis en tête d'élever sa deuxième fille comme un garçon. « Devenir un homme, ça s'apprend, affirma-t-il. Ce n'est pas parce qu'on naît avec une paire de couilles qu'on en est forcément un.


*

« Rune était devenue l'objet d'un harcèlement permanent, auquel participaient aussi quelques filles de sa classe. Elle n'en avait rien dit, ni à ses parents, ni à sa sœur, pourtant scolarisée dans le même établissement, mais dans la classe supérieure, en quatrième. Quant aux professeurs, soit ils ne remarquaient rien, soit ils faisaient semblant de l'ignorer, par lâcheté ou indifférence. »


 

Sonja Delzongle



Née en 1967, Sonja Delzongle est une femme de lettres française, auteure de roman policier. 


Hystérie collective ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Lionel Shriver 











Un nouveau roman de Lionel Shriver est une promesse d’un excellent moment de lecture. Hystérie collective ne dérogera pas à la règle ! 


Construit selon les règles d’une dystopie, le roman débute en 2011, et nous sommes aux Etats unis. Très rapidement , on comprend que l’ambiance générale est un peu particulière. Ainsi,  lorsque la narratrice est convoquée à l’école parce que son fils s’est montré incorrect vis a vis d’un camarade de classe , la légèreté de l’incartade pose question. D’autant que le contrevenant est un enfant surdoué issu d’un don de gamètes issues d’un géniteur à haut potentiel. Tous ces termes évoluant les capacités intellectuelles sont en fait bannies , ainsi que leur antagonistes, à savoir les qualificatifs de crétin, stupide etc. Vous l’aurez compris : les intellos sont des parias et les nuls sont les nouveaux leaders ! 

Nous y voila donc: la parité mentale est un mouvement dont les idées se propagent avec la virulence d’une peste hautement contagieuse. Pour le malheur de Pearson la narratrice, sa meilleure amie est une adepte pure et dure et en fait l’apologie sur les médias les plus écoutés. 


On découvrira aussi le parcours de Pearson, ce qui permettra à Lionel Shriver de bien assaisonner la religion des Témoins de Jéhovah, avec bien sûr un humour ravageur : 


« J'ai dit de cette religion qu'elle était triste, mais ce n'est pas tout à fait vrai. Car pour les Témoins, l'absence de joie est joie. N'avoir de cesse de se réjouir d'une absence parfaite de réjouissance ressemble bigrement à une fête éternelle. De plus, gâcher le plaisir des autres est une forme de divertissement. Auquel cas, tout au long de mon enfance, ma mère s'est éclatée. »




L’évolution du mouvement pour la Parité mentale sera évoquée jusqu’à l’absurde. Beaucoup d’humour, bien entendu au cours du développement. Comme lorsque le mari de Pearson a un problème de santé et doit se soumettre au traitement que propose un médecin dont on se doute que la non formation qualifiante fait de lui un danger public. : 


« Un débile profond inconnu a rempli la perfusion de Wade d'une substance, possiblement de la vinaigrette, qui a entraîné une crise cardiaque chez le sujet »


Idem lorsqu’elle évoque la situation politique : 


« Pour qu'une candidature soit considérée comme valable à l'élection présidentielle de l'année prochaine par un des deux partis majeurs, il est nécessaire que la personne en question, ne soit pas instruite, pas informée, ignorante, qu'elle s'exprime mal, qu'elle soit grossière, indifférente au reste du monde, moche, et de préférence grosse, qu'elle repousse les conseils de gens expérimentés, se méfie des compétences, soit encline à violer les procédures  constitutionnelles –ne serait-ce qu'en raison d'une ignorance crasse de la constitution-, fasse preuve d'un égocentrisme non justifié et se vante de  ce qui jadis , aurait été perçu comme des défauts. »


Cela vous rappelle quelqu’un ?



C’est absolument réjouissant tout en étant terrifiant. La propension de tout un chacun a s’accrocher aux wagons de l’opinion majoritaire sans y réfléchir est bien mise en relief et le jusqu’au-boutisme des aficionados décérébrés n’y coupe pas. 


On retrouve le style incisif de l’autrice, qui n’a rien à cacher et ne s’embarrasse pas du politiquement correct, et on comprend aussi que l’héroïne du roman a beaucoup de points communs avec sa créatrice : 


Le socle de ma personnalité et le rejet. Je suis un empilement de points négatifs. Quand la plupart des gens accumulent les convictions, j'entasse ce en quoi je ne crois pas. Je suis davantage disposée à détester qu'à adopter avec passion.


Encore un grand coup de coeur pour mon autrice étrangère préférée ! 


Merci à Netgalley et aux éditions Belfond 




336 pages Belfond 8 janvier 2026

#LionelShriver #NetGalleyFrance





Pour qu'une candidature, soit considérée comme valable à l'élection présidentielle de l'année prochaine par un des deux partis majeurs, il est nécessaire que la personne en question, ne soit pas instruite, pas informée, ignorante, qu'elle s'exprime mal, qu'elle soit grossière, indifférente au reste du monde, moche, et de préférence grosse, qu'elle repousse les conseils de gens expérimentés, se méfie des compétences, soit encline à violer les procédures  constitutionnelles –ne serait-ce qu'en raison d'une ignorance crasse de la constitution-, fasse preuve d'un égocentrisme non justifié et se vante de  ce qui jadis , aurait été perçu comme des défauts. 


*


J'ai dit de cette religion qu'elle était triste, mais ce n'est pas tout à fait vrai. Car pour les Témoins, l'absence de joie est joie. N'avoir de cesse de se réjouir d'une absence parfaite de réjouissance ressemble bigrement à une fête éternelle. De plus, gâcher le plaisir des autres est une forme de divertissement. Auquel cas, tout au long de mon enfance, ma mère s'est éclatée.

Lionel Shriver



Née en 1957, Lionel Shriver, née Margaret Ann Shriver, est une autrice et journaliste américaine.


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L'art du ricochet ⭐️⭐️⭐️⭐️

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« Elle se situe peut-être entre le pancréas et le foie. C'est une alarme organique qui doit remonter à la nuit des temps, une glande secrète enfouie entre les chairs au fil des siècle de sélection naturelle, planquée dans les tripes, loin de la raison, et qui se met à vibrer quand quelque chose ne tourne pas rond,  quand, avant les yeux, le nez et les oreilles, le ventre se rebiffe et dit « non ! »


Cette première phase apparaitra à nouveau au cours  du récit lorsque les circonstances s’y prêteront. Là, au début du roman Kolia se trouve  à la frontière entre l’Ukraine et la Moldavie, sur le point de rentrer à Paris après avoir effectué le reportage pour lequel il était en mission;.Mais quelque chose ne va pas et le risque est important de rater l’avion du retour. Pourtant :


« Par expérience  d’autant que par épuisement , je devine qu’il va falloir me laisser porter par le courant. »


Alors les souvenirs surgissent. Le premier renoncement ? Il a pour prénom Mathilde, et dès le premier regard échangé, dans la cour de récréation de l’école maternelle, l’attraction est immense. Mais c’est l’occasion de comprendre que « l’existence n’est pas un buffet à volonté ! »


Les chapitres comportent  le récit des galères de ce reportage, tracas de toutes sortes, mais aussi magnifiques échanges autour de l’absurdité de la guerre en cours.  En alternance des souvenirs épars qui ont cependant compté pour se construire une philosophie de la vie. Il y sera question d’un bateau de pirate, arrivé à bon port avec quelques années de retard, d’une sélection d’équipe de football , qui emportera comme un séisme des projections d’avenir, d’une lutte au yaourt contre une croissance lente …et bien d’autres épisodes, traités avec beaucoup d’humour d’autodérision mais qui n’en restent pas moins autant de leçons de vie, avec un  focus sur le temps qui passe et la notion d’âge, si mouvante. 


« J'ai compris que je ne serai jamais aussi jeune qu'au moment où je me demanderais si je ne suis pas trop vieux. Je ne serai jamais aussi jeune qu'à cet instant-là. Et à chaque fois que je le pourrai, j'irai voir, en pensée, les baleines de l'île de Ré."


Ce passage met bien en valeur la grâce de l’écriture, autre atout majeur du roman. 


Un récit est très agréable à parcourir, en raison de ce parti pris de narration, en ricochet, d’un sujet à l’autre, ce qui permet  de ne pas se retourner écrasé sous un récit plombant.


Un roman profondément humain, pour le meilleur et pour le pire. 


Merci à Netgalley et aux éditions Lattès 


252 pages Lattès 7 janvier 2026

#Lartduricochet #NetGalleyFrance 







J'ai compris que je ne serai jamais aussi jeune qu'au moment où je me demanderais si je ne suis pas trop vieux. Je ne serai jamais aussi jeune qu'à cet instant-là. Et à chaque fois que je le pourrai, j'irai voir, en pensée, les baleines de l'île de Ré.


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Elle se situe peut-être entre le pancréas et le foie. C'est une alarme organique qui doit remonter à la nuit des temps, une glande secrète enfouie entre les chairs au fil des siècle de sélection naturelle, planquée dans les tripes, loin de la raison, et qui se met à vibrer quand quelque chose ne tourne pas rond,  quand, avant les yeux, le nez et les oreilles, le ventre se rebiffe et dit « non ! »


Nicolas Delesalle



Né en 1972, Nicolas Delesalle est grand reporter à Paris Match depuis septembre 2018.


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