dimanche 11 avril 2021

Indésirable ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️❤️

 Erwan Larher 





  • Éditeur : Quidam Editeur (18 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 335 pages









Il n’a fallu que quelques phrases pour être séduite par l’écriture de ce roman.


La rencontre initiale avec le personnage central laisse tout de suite présager une originalité, quelque chose d’indéfini, qui en fait un être singulier. Le doute ressenti à la lecture d’un curieux pronom personnel (une coquille ?…) laisse la place aux interrogations lorsque cette  coquille se répéte, et définit ainsi l’ambiguïté de Sam.


Son arrivée dans la bourgade de Saint-Airy ( le clin d’oeil à Martin Mongin est réjouissant), ne passe pas inaperçu. Et lorsque son intention de s’y installer se précise, l’on parle, beaucoup, Clochermerle se réveille, pour le meilleur et surtout pour le pire. 


L’intrigue m’a tenue en haleine,  sans faillir jusqu’à la fin, soutenue par la magie de l’écriture. De l’écriture inclusive, qui aurait pu être un obstacle mais qui finalement est parfaitement justifiée par le propos, à l’emploi de néologismes, d’adjectifs déclinés en verbe,  comme des bijoux dans un coffret. 


L'auteur a un talent certain pour insérer des anecdotes à la fois drôles et informatives. Comme l'histoire de la vie de Mark Twain, et de sa relation à la comète de Haley. Et pour éviter l'effet wikipédia, recours au Jeu des Mille Francs ! 


Brève allusion à la pandémie, qui est une histoire ancienne et donc situe le roman dans un futur proche. De même que la polémique autour des humanoïdes. Et pourtant, on n'a aucune envie de classer le roman dans la catégorie SF. 


La psychologie des personnages  est subtilement mise en scène et le poids de l’exaltation  collective démontre la fragilité de l’opinion personnelle face à l’irruption de sentiments refoulés.


La vie en collectivité dans une petite ville est bien cernée, avec les remous de conseils municipaux à haut risque, et la réputation des absents qui se construit entre les bacs à shampoings et le bar du centre-ville. 



Très belle découverte d’un auteur lu pour la première fois mais pas la dernière.




D'après cet ancien instituteur, le village décrit dans le roman de Francis Rissin "Pourquoi les hommes fuient ?" serait Saint-Airy (dans la région on dit Sainté)

*

Si il a des nichons, c'est une gonzesse ! renchérit Walter.
Son bon sens ne serait pas étranger à son élection à la mairie. Pourtant, personne n'aurait misé sur lui ; personne n'avait jamais misé sur lui. Walter n'était pas un leader (il l'est devenu), n'avait pas de charisme (il en a gagné), n'est pas le plus intelligent, n'a pas la plus grosse voix, ni la plus grande gueule. Il ne paye vraiment pas de mine et pourtant, le maire, c'est lui.

*

Sous les casques de coiffure ou au bac à shampooing, ce n'est plus Sam qui bruisse. Bigoudisées  ou les mèches enveloppées d'aluminium,  les clientes supputent, affirment,  malaxent  le ouï-dire, se l'approprient, des hypothèses deviennent affirmations, des soupçons  certitudes.

*

Certains membres de l'équipe se découvre une appétence pour les sunlight, postent leurs interventions et interviews sur les réseaux sociaux ; ce qu'on voit le moins aux réunions de Nouveau cap, a noté Sam. Même de la poussière  de notoriété, du pollen de pouvoir, peut  faire éternuer la tempérance.






Erwan Larher écrit des pièces de théâtre, des chansons, des scénarios, alors qu’il est né à Clermont-Ferrand. Le talent d’Erwan Larher est d’aborder le politique par sa face romanesque et haletante" en dira le Nouvel Observateur.

(Source : Babelio)










Babylift ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Marie Bardet




  • Éditeur : EMMANUELLE COLLAS (29 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 280 pages









Babylift, c’est le nom d’une opération militaire, orchestrée par les Américains en déroute au terme d’une guerre interminable et ruineuse en terme de coût humain. Le but est d’évacuer les enfants orphelins de guerre et les enfants métis nés de pères G.I. En avril 1975, près de trois mille enfants ont ainsi été adoptés en France, au Canada, en Australie et aux Etats-Unis. 


Marie Bardet choisit cet épisode peu glorieux du conflit pour le romancer, à travers le destin de deux enfants, qui ont échappé miraculeusement au crash du Galaxy C-5 : cent cinquante enfants  y ont perdus la vie,  peu après le décollage de Saïgon.


Sean et May ont été adopté, malgré leur apparence déroutante : ces deux petits asiatiques sont noirs.  C’est un couple de cousines dévotes qui prend en charge leur éducation. 

Mais lorsque qu’on fait leur connaissance, alors qu’ils sont ados, c’est dans un contexte dramatique : Sean est accusé d’avoir violé et tué une jeune fille et d’avoir eu des relations incestueuses avec sa soeur, enceinte de ses oeuvres. 


Il faudra un procès et un avocat commis d’office motivé pour faire le clair dans ce drame.


Le roman a le mérite de mettre en lumière cet épisode tragique et honteux de la guerre du Vietnam, et renvoie à d’autres trafics d’enfants et aux innombrables secrets de famille que peuvent engendrer les conflits internationaux dont les victimes collatérales subissent les conséquences. Si pour les américains, l’opération a été interprétée comme un sauvetage pour ces enfants au statut complexe dans leur pays d’origine, on peut tout de même se demander quelle peut être leur place  dans le pays d’accueil. 


Les personnages du roman sont fictifs, et l’histoire est poignante, mais la multiplication des coups du hasard lors de la recherche des origines rend le récit peu vraisemblable.


Ecrit avec beaucoup d’humanité, et de compassion pour ses personnages, Babylift reste un bon moment de lecture et une découverte de cette affaire qui a été peu médiatisée en France. 



Le lieutenant en second Margareta Gardner est à bord du galaxie C5-A de l'US Air Force lorsque l’avion-cargo se pose sur le tarmac de l'aéroport Tan Son Nhat. Le cadran de la tour de contrôle indique 10h00 . La température extérieure est de 28°. L'appareil va rester immobilisé jusqu'en début d'après-midi, puis il décollera pour San Francisco après avoir fait le plein de passagers. Des enfants et des nourrissons vietnamiens en provenance des orphelinats de Saïgon, dont l'identité ne figure sur aucun aucune liste d'embarquement. Environ trois cent d'entre sont attendus pour ce vol très spécial.


*



Julien ouvre les yeux et regarde cet homme en robe noire trop large, avec son regard de chien battu et sa mimique inénarrable, qui a pris à revers les fausses accusations, la bien-pensance et les préjugés avant de retourner à l'envoyeur une bombe à fragmentation. Il ménage son suspense, l'animal. Intérieurement il doit jubiler, le petit avocat commis d'office dont personne ne sait se défier. Son talent tient en haleine toute la salle.


*


Mais elle éprouve le même sentiment pénible que lorsqu'on assiste à la projection d'un film mal synchronisé. Les sous-titres, décalés, rendre l'intrigue confuse. Alors qu'un soldat américain, son paquetage à l'épaule, fait un dernier signe par la portière d'une jeep, une femme en pleurs presse ses petits contre elle,  et, de l'autre main agite un mouchoir. La caméra se recule, et on peut voir la maison construite à l'aide du bienfaiteur dans un style qui rappelle les chalets de la Louisiane, avec une terrasse en bois coiffé d'une vraie véranda et non d'une vulgaire plaque de tôle. Puis on pénètre à l'intérieur. Au plafond, tourne un énorme ventilateur. Un transistor grésille sur le buffet. Et luxe inouï, un réfrigérateur ronronne tel un chat repu. Mais l'héroïne du film est douteuse. Comment se fier à une jeune fille appeler Dièm dans une vie, Flower dans une autre et enfin, May ?







Marie Bardet est journaliste et écrivaine.
Elle est l'auteure d’un premier roman remarqué "À la droite du père" (Éditions Emmanuelle Collas), sélection de printemps du Renaudot 2018 et finaliste du prix Senghor 2018. En janvier 2021, elle publie chez le même éditeur son 2e roman, "Babylift", pour lequel elle a obtenu le soutien d'Occitanie Livre & Lecture. 







samedi 10 avril 2021

Hamnet ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️❤️

Maggie O'Farrell





  • Éditeur : Belfond (1 avril 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 368 pages
  • Traduction (Anglais) : Sarah Tardy
  • #MaggieOFarrell #NetGalleyFrance








Coup de coeur pour ce roman anglais qui se déroule en grande partie à Straford upon Avon, et même s’il n’est jamais nommé, reprend  de façon romancé  l’histoire du célèbre auteur de théâtre William  Shakespeare et propose une genèse d’une des plus célèbres pièces,  Hamlet.


Les relations avec le père, gantier, malhonnête et violent, le mariage d’amour avec une jeune fille issue d’une famille « ennemie », la peste qui a ravagé l’Angleterre, tout ceci est repris pour construire un roman envoutant.


La narration est scindée en deux parties alternées de chapitre en chapitre : l’histoire du couple de William et Agnes, avec la naissance de leurs enfants, jusqu’au décès de l’un d’eux au cours de l’épidémie de peste qui a ravagé l’Angleterre. Le déroulement des faits est hypothétique et déduit de ce que l’histoire a laissé d’indices sur la vie de l’écrivain, mais on n’a aucune difficulté pour accepter cette version comme une approche plausible de la vérité.


Les personnages sont profondément romanesques et l’évocation de la propagation de l’épidémie est décrite de façon admirable. On est de plus en immersion dans la vie quotidienne de l’Angleterre rurale du 16è siècle.


Ce roman est comme un bon verre de vin, qui vous réjouit par ses parfums puis vous laisse après dégustation dans un état de douce euphorie, avec le simple regret que le verre soit vide !



Un merveilleux moment de lecture. 



Merci à Netgalley et aux éditions Belfond



Une fille, donc, à la lisière de la forêt. Il y a dans cette première phrase une promesse, du conteur à l'auditeur, comme un billet glissé dans une poche, un avertissement. Sitôt prononcé, quiconque se trouvait dans les parages tournait la tête, dressait l'oreille, tandis que dans les esprits se dessinait déjà l'image d'une fille se frayant un chemin à travers les arbres, ou immobile devant le grand mur vert d'une forêt.

*

Comment vivra-t-il sans elle ? Cela est impossible. Cela serait comme demander à un cœur de vivre sans poumons, comme dépouiller le ciel de la lune et dire aux étoiles de la remplacer. Comme croire que l'orge peut pousser sans pluie. Comme par magie, de larmes sont apparues sur ses joues à elle, des graines d'argent. Il sait que ses larmes sont les siennes, tombé de ses yeux à lui, mais elles pourraient aussi bien être à elle. Car ils sont un, les mêmes.






Maggie O’Farrell est une romancière et journaliste britannique. Face au succès de son premier roman, "Quand tu es parti" ("After You'd Gone", 2000, Betty Trask Award), elle prend la décision d’abandonner sa carrière de rédactrice en chef des pages littéraires de l’Independent on Sunday pour se consacrer à l’écriture.Les romans de O'Farrell tournent autour de thèmes récurrents : la complexité des relations entre deux sœurs, la perte d'un être cher et les conséquences que celle-ci entraîne dans l'existence de ses personnages.

(Source : Babelio)







Le Continent ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Raphaëlle Riol




  • Éditeur : Editions du Rouergue (3 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 240 pages









Travailler dans une médiathèque, un haut-lieu de la culture, entourée de livres et de personnes qui ne pensent qu’à en parler…Un rêve ? Eh bien pas toujours, car pour Inès, l’arrivée d’un chef un peu trop imbu de management fait de sa vie professionnelle un cauchemar,  et une torture au quotidien avec tous les symptômes physiques qui découlent de la souffrance au travail, et pour finir un craquage avec passage à l’acte. Il n’y a plus d’alternative : quitter ce lieu d’aliénation pour se réfugier hors du continent. Dans une île de beauté…


Elle y retrouve une amie, mariée et mère de famille, mais l’éloignement ne suffit pas pour balayer d’un revers de la main les conséquences de ce qui lui est arrivé.  Il faut du temps, pour se reconstruire et une focalisation sur d’autres sujets de réflexion. Comme la situation de couple de son amie, et l'effet bienfaisant d'un environnement sur cette île qui, bien que jamais nommée est clairement identifiable.


Un livre qui parle de livres, mais pas tant que ça. Et curieusement pendant la période d’isolement et de mise à distance, les livres ne sont pas une bouée de secours : elle les oublie, et ceux qu’elle pense atteindre pour se les approprier s’envolent littéralement en poussière…


Heureusement le destin se fera plus clément et permettra de repartir sur d’autres bases plus saines, 


C’est agréable à lire, mais la superposition des deux intrigues m’a donné la sensation d’inachèvement du sujet central. 




La culture collective du vainqueur me rattraperait. Elle me prendrait au col et m’humilierait lentement. Je n'avais pas de nerfs ou j'en jouais trop. Des cordes usées désaccordées, mes nerfs… « Des cons, il y en a partout, alors faudra bien qu'elle s'y fasse, elle ne supporte pas grand-chose. »


*


Les écrivains sont au monde pour fleurir les bords des gouffres. Par leur chamarrure déposée, certains balisent  les failles, d'autres les dissimulent. Ce n'est pas parce qu'on prévient qu'on empêche la chute ni qu’on dissimule pour précipiter. Mais il est toujours plus sympathique de tourner autour du vide les sens à l'affût. Voilà pourquoi je ne pourrais survivre sans la littérature.


*


Qui aurait pu me faire subir une telle subordination ? Et comment ? Me faire autant incliner le front, opiner du chef amèrement, ravaler, ramper. Supporter les remarques blessantes, les humiliations, les mails pendant les vacances ou le dimanche après-midi. Les compétences comité de pilotage appel à projets suivi de projet bilan des actions menées fiche de bilan répartition des moyens. Cette bouillie infâme de mots sans histoire ni passé qui puent la mort de l’esprit, ceux qui font vomir et qui remontent jusqu'à la glotte en brûlant l’oesophage.


*


Certains textes sont des enclos peuplés de statues. Les ombres qui s'en échappent ne ressemblent en rien à leur captives de pierre. Mouvantes, fuyantes, difformes. Des nuages dans le vent de l'existence. Incertains, toujours plus équivoques.







Raphaëlle Riol, née à Clermont-Ferrand en 1980, a fait des études de lettres à Clermont-Ferrand et Paris, notamment une maîtrise sur la poésie contemporaine. Elle vit et travaille à Paris où elle est professeur de lettres.






vendredi 9 avril 2021

La Fracture ⭐️⭐️⭐️⭐️

Nina Allan




  • Éditeur : 10 X 18 (18 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Poche : 456 pages
  • Traduction (Anglais)  : Bernard Sigaud
  •  #LaFracture #NetGalleyFrance










C’est avec la disparition brutale d’une adolescente de dix sept ans que débute le roman. Julie s’est littéralement volatilisée, et malgré les recherches intensives , aucune trace de la jeune fille. La famille est effondrée Le père poursuivra beaucoup plus longtemps que la  police son enquête personnelle, y compris sur les pistes les plus excentriques, telles que les extra-terrestres. Et dix ans plus tard, Selena sa soeur, est contactée par une femme qui prétend être Julie et qui lui raconte une bien curieuse histoire …


L’intrigue éveiller la  curiosité, et on finit par se laisser prendre au jeu des théories un peu abracadabrantesques qui émergent. 


Un certain nombre de questions autour de l’identité, des liens familiaux, de la disparition sans corps pour Faure le deuil, et sans doute beaucoup d’autres, mais , et c’est la limite de ce roman, fort long, car entrelardé de nombreux éléments ayant un rapport plus ou moins net avec l’intrigue. On finit par s’y perdre, et perdre l’intérêt de voir se résoudre l’énigme.


Cent pages de moins et une enquête plus focalisée, auraient permis de soutenir l’intérêt du lecteur, qui en l’occurence, a trouvé que les pages ne défilaient pas bien vite. 


Merci à Netgalley et aux éditions 10 x 18




Dis-moi ce qui est arrivé à papa, dit Julie. S'il te plaît, Selena. Je veux savoir. 
- Il est resté un certain temps à l'hôpital. au Walsey, tu connais ? Il est fermé maintenant.

*

Ces images semblaient coloriées à lamait, comme dans les pages du livre de Kells. 
Je me suis alors rendu compte que chaque disque représentait la moitié d'une planète. Je distinguais des continents, des forêts, les contours dentelés d'un littoral. Mais quel littoral, quels continents  ? Je n'y comprenais rien du tout .

*

Les conflits entre individus et entre familles ne sont pas si différents que ça des guerres entre nations. Si on observe la chose d'assez près, on voit que ce n'est qu'une question d'échelle.





Nina Allan est une auteure de fantastique.





















jeudi 8 avril 2021

Un fils sans mémoire ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Valentin Spitz




  • Éditeur : Stock (17 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 200 pages
  • Sélection Prix Orange






Comment se crée une légitimité lorsque tout porte à croire que l’on existe pas, puisqu’exister c’est s’identifier dans le regard des autres ? Ce sont les autres qui vous inscrivent dans une histoire, une lignée.


Or l’ironie du sort a voulu que cette demande obsessionnelle d’une reconnaissance de son père (même si elle existait sur les papiers) s’adressait à un homme connu et même célèbre pour l’aide qu’il pouvait apporter à un grand nombre d’enfants de tous âges et spécialement les ados, puisqu’il s’agit du Doc de fun radio !


Le premier combat et non des moindres fut celui du nom de famille , utilisé depuis toujours en pratique mais ignoré des services administratifs : quête laborieuse, course d’obstacle ressentie comme injuste : 


« Pourquoi mes parents n’ont-ils pas, une fois leur longue guerre judiciaire achevée, régler les choses ? Pourquoi est-ce à moi de me battre une nouvelle fois pour porter ce nom officiellement ? Pourquoi dans cette famille rien n’est simple ? »


L’accueil dans la famille recomposée, les innombrables attentes d’un père qui ne vient pas, l’absence d’échanges, les questions sans réponses, émaillent cette enfance presque fantomatique. Mais l’enfant puis l’homme sont pugnaces et plutôt que d’abandonner cette lutte, Valentin cherche à comprendre. En s’interrogeant sur les racines de ce problème de communication massif, que ne laissent pourtant pas apparaitre les interventions radiophoniques du célèbre Doc ! Et ce qu’il découvre dans l'histoire familiale peut expliquer les choses. 


Ce qui est très fort, dans ce livre, c’est la détermination, non pour pardonner, mais pour que le cours de l’histoire familiale se modifie. Pour que les erreurs soient reconnues mais surtout pour que le  lien se fasse malgré les impasses relationnelles. Le père fut absent, soit. C’est cette absence qui contribue à la reconstruction.


« Il m'a construit de son absence ; il n'existait pas, alors je l'ai écrit. C'est parce qu’il n’existait pas que j'écris. Malgré lui, il m'a appris à faire cesser le silence, à ne plus « fermer sa gueule ».


Magnifique combat d’un fils, qui s’est obstiné à se faire une place dans sa famille. 



Ce petit garçon-là gardait de 1997 cette infâme  pensée : il n'avait pas sa place dans cette famille. On ne le reconnaissait pas. Le fil aurait été rompu à tout jamais s'il n'y avait pas eu dans cette histoire un adolescent, Joseph, mon petit frère.


*


Avec lui, j'avais le sentiment d'en faire partie. Nous étions les mêmes. Les problèmes qu'il me racontait avoir avec notre père était comme un miroir, et soudain je me suis dit que celui-ci ne pouvait pas faire autrement avec personne.


*


J'ai dit, enfin j'ai pu lui dire dans ce café, ce sentiment que j'avais eu d'être un mauvais petit garçon de ne pas avoir de place dans l'étrange relation entre mes parents, d'être l'objet de quelque chose qui ne s'était pas réglé entre, entre ces deux adultes dont au fond je n'aurais rien eu à savoir.


*


Mais mon père m'a appris à écrire et à écouter. Il m'a appris à entendre ce qui ne peut se dire, ce qu'il y a derrière, au-delà des mots, le bruit sourd du manque. Il m'a construit de son absence ; il n'existait pas, alors je l'ai écrit. C'est parce qu'il n'existait pas que j'écris. Malgré lui, il m'a appris à faire cesser le silence, à ne plus fermer sa gueule.







Valentin Spitz, diplômé d’histoire, a travaillé à France Inter, Direct 8 et RTL. Après avoir été journaliste à RTL et Europe 1 et I-Télé de 2007 à 2016, il a été chroniqueur dans La Nouvelle Édition de 2016 à 2017 où il réalisait des portraits.
Il est, depuis, devenu psychothérapeute.


(Source Babelio)








De mon plein gré ⭐️⭐️⭐️

 Mathilde Forget




  • Éditeur : Grasset (24 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 140 pages
  • Sélection  Prix Orange








« Je me suis livrée à la police moi-même »


C’est ainsi que la narratrice débute son récit. Et si elle s’est livrée, elle,  victime d’un viol, c’est qu’elle craint d’être l’auteur d’un meurtre. 


A l’unisson de l’état de confusion que l’on imagine bien dans un tel contexte, les phrases émergent et se mélangent, parfois répétées telles des mantras, parfois dénuées de sens. Et peu à peu la soirée apparaît dans toute son horreur.


C’est un court roman, original dans sa forme et son écriture, et dérangeant par son propos.


Sexisme, homophobie , crédit accordé aux victimes tous ces thèmes apparaissent en filigrane. Et il est hautement louable de donner ainsi la parole à ceux que la crainte des retours de bâton rend muets. Cependant  la forme s’essouffle, même sur 140 pages, il est difficile de tenir la distance. 



Je me suis livrée à la police moi-même. J'essaie d'enlever la crasse coincé sous mes ongles mais c'est compliqué. Il en reste toujours un peu. Il me faudrait une fine lame comme la pointe de mes ciseaux en acier, celle rangée avec ma brosse à dents sur l'évier de ma salle de bain. Mes ongles sont suffisamment longs pour se salir mais trop court pour m'aider à racler cette terre. Il faudrait que je me lave les mains. Je veux me laver les mains. Non, ce n'est pas ça. L'idée ne vient pas de moi. En ce moment je ne pense pas à ma saleté comme un problème.
Ça m'occupe, c'est tout. Mais en rentrant dans le bureau, l'un deux s'est adressé à moi .

*

Au collège, forcée de constater que le Ciel ne déniait pas me changer un garçon pour pouvoir aimer Charlotte en toute légalité, j'ai eu d'autres prières et espéré me réveiller en fille normale qui aime les garçons. Je préparais déjà ma défense.







Mathilde Forget est une auteure, compositrice et interprète française.
Elle a suivi un master de création littéraire et publié des nouvelles dans les revues "Jef Klak" et "Terrain vague". 

"À la demande d’un tiers" (2019), son premier roman, a été sélectionné pour le Prix du roman Fnac 2019. De mon plein gré est son deuxième roman.