Joannic Royer Bellais
C’est un épisode de burn-out domestique qui conduit Frédéric à la gare du nord, après avoir décidé sur un coup de tête de retrouver la trace de son ami Jérémy, parti vivre à Londres trente ans plus tôt. Pour des raisons que lui-même n’identifie pas clairement, ces retrouvailles sont urgentes et indispensables. Pourtant le voyage ne s’annonce pas comme prévu, et le départ en shuttle est compromis. C’est en suivant la trace de l’ado qui lui a volé son vélo à la gare, sous son nez, que son destin va le conduire sur des pistes très déstabilisantes, très loin du but initial !
Il se fera, le voyage en Angleterre mais pas comme prévu, et le monde que Frédéric découvre lui ouvre les yeux sur des réalités dont on a tous conscience mais pour lesquelles nous ne sommes pas tous impliqués en première ligne. Et si les retrouvailles ont lieu par un de ces hasards que la littérature permet, elles permettront de mettre une focale grand angle sur les caprices du destin.
Mais le fond de l’histoire reste tout de même centré sur les parcours atroces de ceux qui ont fui la misère et la mort, pas si loin de chez nous et qui tentent par tous les moyens de franchir les frontières. On découvrira l’univers glauque des trafiquants d’êtres humains, dignes descendants des marchands d’esclaves.
Notre héros découvre ce monde foncièrement mauvais
« Je croyais avoir une petite idée de ce que pouvait être l'avis de réfugié. J'en étais à des années lumière »
Roman d’apprentissage avec un cheminement du lecteur parallèlement à celui du narrateur :
« Je croyais qu'en vieillissant on devenait plein de certitudes sur la vie, c'est tout l'inverse. À vingt ans, j'étais complètement daltonien, je ne voyais que le noir et le blanc, c'était facile de choisir un camp. À trente j'arrivais à peine à distinguer les trois couleurs primaires, les choses ont commencé à se compliquer. Et à bientôt cinquante, la vie est un putain d’arc-en-ciel. »
Même si ce n’est pas le sujet principal, le thème du père à la maison et de l’équilibre d’un couple, lorsque la tradition patriarcale est mise à mal, apparait en filigrane lors des échanges entre Frédéric et sa compagne. L’immense gouffre entre la précarité des migrants et le relatif confort de sa vie, même si elle ne lui convient pas met en balance la vanité de nos plaintes dans une société riche et le dénuement des foules déplacées.
Un roman bien écrit, dans lequel on a le sentiment que l’auteur a mis ses tripes, qui se lit parfois comme un thriller mais fait apparaitre un humanisme que l’on apprécie.
Merci à Netgalley et aux éditions Fleuve
240 pages Fleuve 12 mars 2026
#Uneplaceàsoi #NetGalleyFrance
« Je croyais avoir une petite idée de ce que pouvait être l'avis de réfugié. J'en étais à des années lumière »
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« Je croyais qu'en vieillissant on devenait plein de certitudes sur la vie, c'est tout l'inverse. À vingt ans, j'étais complètement daltonien, je ne voyais que le noir et le blanc, c'était facile de choisir un camp. À trente j'arrivais à peine à distinguer les trois couleurs primaires, les choses ont commencé à se compliquer. Et à bientôt cinquante, la vie est un putain d’arc-en-ciel. »
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C'est quand même dingue la vie. La théorie du chaos dans toute sa splendeur, mon pote, l'univers est une fractale qui reproduit ses motifs à l'infini, une putain de symphonie répétitive…

Joannic Royer Bellais est né deux ans après mai 68, dans la paisible mais humide ville d'Alençon qu'il a très vite quittée pour la moiteur équatoriale du Gabon, où il a passé son enfance et une partie de son adolescence.
De retour en France, il a poursuivi ses études un moment après le bac et il les a finalement rattrapées dans une école de cinéma.









