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Hystérie collective ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Lionel Shriver 











Un nouveau roman de Lionel Shriver est une promesse d’un excellent moment de lecture. Hystérie collective ne dérogera pas à la règle ! 


Construit selon les règles d’une dystopie, le roman débute en 2011, et nous sommes aux Etats unis. Très rapidement , on comprend que l’ambiance générale est un peu particulière. Ainsi,  lorsque la narratrice est convoquée à l’école parce que son fils s’est montré incorrect vis a vis d’un camarade de classe , la légèreté de l’incartade pose question. D’autant que le contrevenant est un enfant surdoué issu d’un don de gamètes issues d’un géniteur à haut potentiel. Tous ces termes évoluant les capacités intellectuelles sont en fait bannies , ainsi que leur antagonistes, à savoir les qualificatifs de crétin, stupide etc. Vous l’aurez compris : les intellos sont des parias et les nuls sont les nouveaux leaders ! 

Nous y voila donc: la parité mentale est un mouvement dont les idées se propagent avec la virulence d’une peste hautement contagieuse. Pour le malheur de Pearson la narratrice, sa meilleure amie est une adepte pure et dure et en fait l’apologie sur les médias les plus écoutés. 


On découvrira aussi le parcours de Pearson, ce qui permettra à Lionel Shriver de bien assaisonner la religion des Témoins de Jéhovah, avec bien sûr un humour ravageur : 


« J'ai dit de cette religion qu'elle était triste, mais ce n'est pas tout à fait vrai. Car pour les Témoins, l'absence de joie est joie. N'avoir de cesse de se réjouir d'une absence parfaite de réjouissance ressemble bigrement à une fête éternelle. De plus, gâcher le plaisir des autres est une forme de divertissement. Auquel cas, tout au long de mon enfance, ma mère s'est éclatée. »




L’évolution du mouvement pour la Parité mentale sera évoquée jusqu’à l’absurde. Beaucoup d’humour, bien entendu au cours du développement. Comme lorsque le mari de Pearson a un problème de santé et doit se soumettre au traitement que propose un médecin dont on se doute que la non formation qualifiante fait de lui un danger public. : 


« Un débile profond inconnu a rempli la perfusion de Wade d'une substance, possiblement de la vinaigrette, qui a entraîné une crise cardiaque chez le sujet »


Idem lorsqu’elle évoque la situation politique : 


« Pour qu'une candidature soit considérée comme valable à l'élection présidentielle de l'année prochaine par un des deux partis majeurs, il est nécessaire que la personne en question, ne soit pas instruite, pas informée, ignorante, qu'elle s'exprime mal, qu'elle soit grossière, indifférente au reste du monde, moche, et de préférence grosse, qu'elle repousse les conseils de gens expérimentés, se méfie des compétences, soit encline à violer les procédures  constitutionnelles –ne serait-ce qu'en raison d'une ignorance crasse de la constitution-, fasse preuve d'un égocentrisme non justifié et se vante de  ce qui jadis , aurait été perçu comme des défauts. »


Cela vous rappelle quelqu’un ?



C’est absolument réjouissant tout en étant terrifiant. La propension de tout un chacun a s’accrocher aux wagons de l’opinion majoritaire sans y réfléchir est bien mise en relief et le jusqu’au-boutisme des aficionados décérébrés n’y coupe pas. 


On retrouve le style incisif de l’autrice, qui n’a rien à cacher et ne s’embarrasse pas du politiquement correct, et on comprend aussi que l’héroïne du roman a beaucoup de points communs avec sa créatrice : 


Le socle de ma personnalité et le rejet. Je suis un empilement de points négatifs. Quand la plupart des gens accumulent les convictions, j'entasse ce en quoi je ne crois pas. Je suis davantage disposée à détester qu'à adopter avec passion.


Encore un grand coup de coeur pour mon autrice étrangère préférée ! 


Merci à Netgalley et aux éditions Belfond 




336 pages Belfond 8 janvier 2026

#LionelShriver #NetGalleyFrance





Pour qu'une candidature, soit considérée comme valable à l'élection présidentielle de l'année prochaine par un des deux partis majeurs, il est nécessaire que la personne en question, ne soit pas instruite, pas informée, ignorante, qu'elle s'exprime mal, qu'elle soit grossière, indifférente au reste du monde, moche, et de préférence grosse, qu'elle repousse les conseils de gens expérimentés, se méfie des compétences, soit encline à violer les procédures  constitutionnelles –ne serait-ce qu'en raison d'une ignorance crasse de la constitution-, fasse preuve d'un égocentrisme non justifié et se vante de  ce qui jadis , aurait été perçu comme des défauts. 


*


J'ai dit de cette religion qu'elle était triste, mais ce n'est pas tout à fait vrai. Car pour les Témoins, l'absence de joie est joie. N'avoir de cesse de se réjouir d'une absence parfaite de réjouissance ressemble bigrement à une fête éternelle. De plus, gâcher le plaisir des autres est une forme de divertissement. Auquel cas, tout au long de mon enfance, ma mère s'est éclatée.

Lionel Shriver



Née en 1957, Lionel Shriver, née Margaret Ann Shriver, est une autrice et journaliste américaine.


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L'art du ricochet ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Nicolas  Delesalle 












« Elle se situe peut-être entre le pancréas et le foie. C'est une alarme organique qui doit remonter à la nuit des temps, une glande secrète enfouie entre les chairs au fil des siècle de sélection naturelle, planquée dans les tripes, loin de la raison, et qui se met à vibrer quand quelque chose ne tourne pas rond,  quand, avant les yeux, le nez et les oreilles, le ventre se rebiffe et dit « non ! »


Cette première phase apparaitra à nouveau au cours  du récit lorsque les circonstances s’y prêteront. Là, au début du roman Kolia se trouve  à la frontière entre l’Ukraine et la Moldavie, sur le point de rentrer à Paris après avoir effectuer le reportage pour lequel il était en mission;.Mais quelque chose ne va pas et le risque est important de rater l’avion du retour. Pourtant :


« Par expérience  d’autant que par épuisement , je devine qu’il va falloir me laisser porter par le courant. »


Alors les souvenirs surgissent. Le premier renoncement ? Il a pour prénom Mathilde, et dès le premier regard échangé, dans la cour de récréation de l’école maternelle, l’attraction est immense. Mais c’est l’occasion de comprendre que « l’existence n’est pas un buffet à volonté ! »


Les chapitres comportent  le récit des galères de ce reportage, tracas de toutes sortes, mais aussi magnifiques échanges autour de l’absurdité de la guerre en cours.  En alternance des souvenirs épars qui ont cependant compté pour se construire une philosophie de la vie. Il y sera question d’un bateau de pirate, arrivé à bon port avec quelques années de retard, d’une sélection d’équipe de football , qui emportera comme un séisme des projections d’avenir, d’une lutte au yaourt contre une croissance lente …et bien d’autres épisodes, traités avec beaucoup d’humour d’autodérision mais qui n’en restent pas moins autant de leçons de vie, avec un  focus sur le temps qui passe et la notion d’âge, si mouvante. 


« J'ai compris que je ne serai jamais aussi jeune qu'au moment où je me demanderais si je ne suis pas trop vieux. Je ne serai jamais aussi jeune qu'à cet instant-là. Et à chaque fois que je le pourrai, j'irai voir, en pensée, les baleines de l'île de Ré."


Ce passage met bien en valeur la grâce de l’écriture, autre atout majeur du roman. 


Un récit est très agréable à parcourir, en raison de ce parti pris de narration, en ricochet, d’un sujet à l’autre, ce qui permet  de ne pas se retourner écrasé sous un récit plombant.


Un roman profondément humain, pour le meilleur et pour le pire. 


Merci à Netgalley et aux éditions Lattès 


252 pages Lattès 7 janvier 2026

#Lartduricochet #NetGalleyFrance 







J'ai compris que je ne serai jamais aussi jeune qu'au moment où je me demanderais si je ne suis pas trop vieux. Je ne serai jamais aussi jeune qu'à cet instant-là. Et à chaque fois que je le pourrai, j'irai voir, en pensée, les baleines de l'île de Ré.


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Elle se situe peut-être entre le pancréas et le foie. C'est une alarme organique qui doit remonter à la nuit des temps, une glande secrète enfouie entre les chairs au fil des siècle de sélection naturelle, planquée dans les tripes, loin de la raison, et qui se met à vibrer quand quelque chose ne tourne pas rond,  quand, avant les yeux, le nez et les oreilles, le ventre se rebiffe et dit « non ! »


Nicolas Delesalle



Né en 1972, Nicolas Delesalle est grand reporter à Paris Match depuis septembre 2018.


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Le bâtiment ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Mehdi Bayad 











L’homme qui accoste le rivage d’une île pour s’isoler dans une location saisonnière semble à bout. Il est urgent de fuir les soucis qu’il a laissé sur le continent, tandis que là-bas, son compagnon est en réanimation. Nous comprendrons peu à peu l’évolution de leur histoire avec ses développements les plus récents qu’il qualifie comme « un océan d’horreurs »,  au gré des messages vocaux qu’il lui adresse. S’il est coupé du monde, il reste néanmoins relié à une amie de qui il reçoit des SMS.


S’il prête peu d’attention à la trappe découverte sous le tapis du salon ou aux bruits qu’il ne saurait qualifier d’inhabituels puisqu’il découvre l’endroit, le lendemain offre son lot d’interrogations. La silhouette entr’aperçue à la fenêtre aussitôt disparue sur une série de selfies est intrigante. Puis des rencontres viendront semer le doute sur l’ambiance générale de l’île où semble régner une omerta. Et bien sûr, ce bâtiment, qu’un garçon étrange  en uniforme jaune l’a incité à venir découvrir. Un établissement qui se glorifie d’apporter la sérénité à ses résidents. Malgré tout, quelques  réticences le retiennent  et on le comprend, car on trouve régulièrement des cadavres de suicidés sur la grève à proximité du bloc de béton, 


« Et puis il y a le Bâtiment. Quel est son rôle ? Que symbolise t-il ? Pièce colossale bien qu’invisible. »



Ambiance thriller , sans aucun doute avec l’art de créer la confusion chez le lecteur à l’image du désordre qui règne chez le narrateur. Des personnages que l’on peine à cerner, et le lecteur peut se retrouver atteint d’un syndrome paranoïaque, enclin à soupçonner tout intervenant et à chercher du sens caché derrière chaque dialogue !

On appréciera aussi l’atmosphère insulaire, l’incitation à la mise à distance des tracas du quotidien, contrebalancé cependant par l’irruption de l’étrange. 


 Et un twist final tout à fait inattendu… 



Sur le plan littéraire, l’auteur décline avec beaucoup de malice différents styles : des mémos vocaux justifient le tutoiement de l’interlocuteur, au chapitre rédigé comme une pièce de théâtre avec énumération des personnages didascalies et dialogues. On a également des messages SMS, ou des extraits de blog. chaque variation s’adaptant aux circonstances. Tous ces articles apportent au texte une vitalité appréciable.



Un premier roman remarquable  pour son audace et son originalité, une plume prometteuse.


Merci à Netgalley et aux éditions Le masque 



360 pages Mehdi Bayad 7 janvier 2026

#Lebâtiment #NetGalleyFrance






La réalité n'existe pas, tant qu'aucune parole n'est venue la définir. Taire, c'est anéantir. Parler, c’est faire advenir.


*

« Et puis il y a le Bâtiment. Quel est son rôle ? Que symbolise t-il ? Pièce colossale bien qu’invisible. »


 

Mehdi Bayad


Né en 1989, Mehdi Bayad est un auteur, metteur en scène et réalisateur vivant à Bruxelles. Il est actif dans le domaine du théâtre, de la fiction radiophonique et de la littérature.


Querelle à la française ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Bernard Guillot 












A la fin du quatorzième siècle à Paris, Christine de Pizan et Jean de Montreuil ne savent pas encore qu’ils s’opposeront avec passion autour du célèbre Roman de la Rose. Nous serons conviés à découvrir leur parcours de vie, assez aisé pour Jean de Montreuil, dont le carnet d’adresse et l’opportunisme l’aideront grandement. Plus complexe pour Christine de Pizan qu’un deuil précoce a contrainte à lutter pour pouvoir élever ses enfants. Malgré tout, la fièvre de la lecture et de l’écriture ne l’a jamais quittée. 


La controverse tourne donc autour du roman médiéval que les deux protagonistes n’envisagent pas de la même façon. L’argumentaire est intéressant mais il permet surtout de nous faire comprendre l’ambiance anti féministe qui règne à l’époque. Le débat est passionnant.


Nous avons aussi le privilège de découvrir le monde du livre de l’époque : la bibliothèque Jean de Montreuil était énorme : une centaine d’ouvrages ! Le temps nécessaire à la copie, et le coût des matériaux en faisaient un objet de luxe !


"Dans les familles aisées il est de bon ton de posséder un ou deux livres" 


L’aspect historique n’est pas occulté : la France ne va pas très bien, assaillie par les Anglais, en proie à des luttes fratricides pour la conquête de la couronne. Une période très trouble qui s’achèvera avec le coup de bluff de Jeanne d’Arc, qui délivre Orléans puis Paris !



Revenons sur le personnage central de ce roman, Christine de Pizan. 



"Toute sa vie, elle a lutté contre la misogynie la plus crasse, quarante ans à se battre contre les arguments fallacieux des clercs phallocrates, des décennies  entières à dénoncer l'orgueil et la folie des hommes qui ont emmené la France au bord de la ruine" 


Une lutte quotidienne que  l’on n’a aucun mal à imaginer, à subir : 


"Le genre de plaisanterie, qui se veut au second degré, et qui vous salit un peu, dans les diners en ville, quand vous le laissez passer sans rien dire – et bien sûr qu’on ne dit jamais rien, allez, quoi, on s'amuse, si on peut plus rigoler. "


C’est ainsi que ce roman traite 

"Les questions qu’entre les lignes de leurs textes, ils posent à notre temps. "


Un roman historique donc, mais comme j’aimerais en lire tous les jours, pour combler mes lacunes tout en y prenant un grand plaisir . Car le ton du livre, le soin apporté pour mettre en parallèle cette époque et la notre (autant dans les situations que dans la langue) sont réjouissants !


Un  grand merci aux éditions Les Avrils et à Netgalley 


224 pages Les Avrils 22 janvier 2026

 #Querelleàlafrançaise #NetGalleyFrance 







Voyager au Moyen Âge s'apparente parfois à ce jeu pour enfants, qui demande de relier les points pour faire apparaître un lion, un château ou un dauphin


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Jean de Montreuil, haut  fonctionnaire et cumulard  de bénéfices, lui qui ne jure que par le latin des grands maîtres, et voit en elle une youtubeuse qui monétise ses contenus 

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Le Prévot de Lille, attaque sous la ceinture sacrifiant à ce rythme masculin, qui, depuis les thermes romains, jusqu'à Twitter, consiste à resserrer les rangs sur le dos des femmes


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Quand la femme reste dominée par ses émotions, l’homme, le vrai, sait dompter ses passions : telle est la fable qui survit à toutes les religions 

Bertrand Guillot


Né en 1974, Bertrand Guillot est un écrivain français . II donne également des cours d'alphabétisation à des adultes du XIXème arrondissement de Paris. B.a-ba est le roman de cette expérience. 


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