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Seul le diamant est éternel ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Stéphane Jordans 











A la fin du 20è siècle, nous sommes conviés à de nombreux allers et retours entre Anvers, Paris et Mambovie, la capitale du Narumbie, une île au large des côtes de l’Afrique, colonie américaine fictive, où 


« une demi-douzaine de clans tribaux  et de factions politiques armées, incontrôlables, se disputent le pouvoir au prix d'horreurs,

 d'un autre âge, indescriptibles, dans le but, notamment de contrôler des mines de diamants du nord-est du pays"


Dans ce décor de guerre civile, un coup d’état destitue le président Georges Daniel, l’homme est massacré en place publique. Une toute jeune reporter, Axelle Devienne, bien que traumatisée par ce qu’elle a vu en tirera un article qui lui vaudra une reconnaissance immédiate et prolongée parmi ses pairs. Pourtant, les images sanglantes hanteront ses nuits pendant des années. Son histoire personnelle sera mêlée à celle de ce pays, pour le meilleur et pour le pire.


Dans ce pays miné par la guerre, on n’hésite pas à recruter jeune. Les enfants sont enlevés dans leur village et « formés » à tuer, affamés, drogués, devenant des bêtes de guerre. Et cela dès l’âge de six ans. On suivra le destin de Camilla, enrôlée de force avec son amie Tara. Ce sont les pages les plus difficiles à lire de ce roman, pour leur cruauté. 


« Esteban n’avouera jamais qu'il a été enlevé avec d'autres à la sortie de l'école, qu'il a été enrôlé de force, qu'il a dû commettre des atrocités pour faire ses preuves, qu'il se drogue quotidiennement pour être performant. Non par honte, mais il n’en a tout simplement pas le droit. »


D’autres personnages sont mis en place, dont le diamantaire de La Chaussaye, avide de pierres, même si elles sont des diamants de sang, alimentant un commerce qui salit les mains.


Le roman s’ouvre avec un prologue où se produit l’assassinat d’un personnage que l’on identifiera plus tard. Mais d’autres meurtres auront lieu, révélant une affaire complexe à laquelle Saint Simon, depuis son bureau du quai des Orfèvres s’attellera, ignorant au départ des surprises qui l’attendent …


Si les pages consacrées aux enfants-soldats sont difficiles à lire, le mode opératoire de certains meurtres ne le sont pas moins. Il y est en effet question de cannibalisme ! Si cette pratique a fait partie des moeurs traditionnelles de nombreuses peuplades depuis que l’homme est apparu sur terre, et que des pratiques rituelles ont été attestés jusque dans les années 1950, elle est à présent tabou, et ne s’inscrit que dans le cadre de déviance psychopathologique. Dans ce roman, le but est clairement de désavouer l’odieux personnage à l’origine de tous les malheurs des autres !



On plonge aussi dans ces pages dans le monde autarcique des diamantaires, avec leurs pierres mythiques et pourvoyeuse de conflits sans fins. 

Le romane est facile à suivre car les situations sont explicitées avec beaucoup de détails et on a même accès aux pensées intimes des personnages, signalées en italique . 


Une enquête que l’on suit avec intérêt, à la fois pour la complexité des faits et les mobiles multiples qu’affichent les  personnages. Autant de suspects que de raisons de perpétrer les meurtres. 


Merci à l’autrice pour  sa confiance 



450 pages Librinova 24 décembre 2025

SP




« une demi-douzaine de clans tribaux  et de factions politiques armées, incontrôlables, se disputent le pouvoir au prix d'horreurs d'un autre âge, indescriptibles, dans le but, notamment de contrôler des mines de diamants du nord-est du pays"




 « Esteban ne avouera jamais qu'il a été enlevé avec d'autres à la sortie de l'école, qu'il a été enrôlé de force, qu'il a dû commettre des atrocités pour faire ses preuves, qu'il se drogue quotidiennement pour être performant. Non par honte, mais il n’en a tout simplement pas le droit. »




Stéphane Jordans est une autrice franco-suisse. De formation notariale, elle a commencé à écrire à l'âge de 16 ans pour participer à un concours sur les contes de Noël. Dépitée de n'avoir pas été choisie, elle a laissé tomber jusqu'à l'âge de 19 ans. À partir de là, elle a surtout écrit des histoires courtes sur des thèmes choisis. 


Ensuite, elle s'est lancée dans une saga familiale, dans des livres pour enfants et des nouvelles, dont une policière.


M comme meurtre ? ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Anthony Horowitz 











L’ombre de l’âme d’Agatha Christie plane sur ce roman, astucieux et addictif !


Le narrateur n’est autre que l’auteur, Anthony Horowitz, écrivain talentueux autant dans la vraie vie que dans cette fiction. Son protagoniste Hawthorne est une caricature synthétique du flic de polar moderne : désagréable, trainant derrière lui des casseroles personnelles et professionnelles, mais bigrement talentueux. Son secret : l’observation. A la manière d’un Sherlock Homes (Anthony sera t-il son docteur Watson ?) Le moindre détail est capté et destiné à faire sens dans l’intrigue qui déroule sous nos yeux ses chausse-trapes savamment insérées. 


Le départ de l’intrigue est le meurtre d’une dame qui s’était rendue une demi-heure plus tôt dans une entreprise funéraire avant de préparer ses propres obsèques. La coïncidence est troublante.  L’enquête révèlera de nombreuses zones d’ombre dans l’histoire familiale de la vieille dame , créant ainsi de multiples pistes à explorer. 


Pour titiller le lecteur, l’auteur n’hésite pas à jeter ça et là des bribes de fulgurances d’Hawthorne, sans que  l’on sache à quoi son observation le mène. C’est astucieux et très captivant pour les amateurs de Cluedo !


Mais le narrateur est un écrivain, et le roman nous fait part aussi de ses états d’âme d’auteur, avec beaucoup d’humour. A propos du  choix du titre d’un roman :




« Un titre doit être court, intelligent et éloquent, facile, à lire, facile à retenir et original. C'est beaucoup demander »


ou des réflexions sur les festivals littéraires : 


« C'est fou, le nombre de festivals littéraires qui fleurissent aux quatre coins du monde. Je connais d'ailleurs des écrivains qui n'écrivent plus une ligne ; ils passent leur temps à voyager d'un raout à l'autre. Je me suis souvent demandé comment j'aurais fait si j'étais bègue ou d'une timidité maladive. De nos jours, un auteur doit être capable de se mettre en scène, souvent devant des foules nombreuses. C'est presque comme du stand up : les questions ne changent jamais et vous finissez toujours pas répéter les mêmes blagues. »


Comme le narrateur est aussi impliqué dans la production cinématographique, nous avons l’immense chance de pouvoir côtoyer dans ces pages des géants du cinéma, Steven Spielberg et Peter Jackson, auteur de l’adaptation de Tintin.


Même si c’est facile, Anthony a l’art de camper des personnages juste en pointant d’infimes détails comme un tic de langage de la préposée au discours de la cérémonie des obsèques , dont l’effet est très comique et qui la rend immédiatement identifiable pour le lecteur !


En ce qui concerne ce que nous livre l’auteur de son propre personnage, on apprend qu’il est très sensible à la déco des logements qu’il arpente dans le cadre de l’enquête. Par ailleurs la rivalité teintée de jalousie vis à vis de Hawthorne crée une émulation et l’on assiste aux progrès de l’observation et du raisonnement de notre narrateur, si heureux lorsqu’il croit avoir devancer le flic déchu .


C’est donc un roman très agréable à lire, dans lequel on se sent bien, malgré  la violence du scénario de littérature noire. 


Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine 



352 pages Sonatine 5 mars 2026

Traduction Julie Sibony

TO The word is murder 

#Mcommemeurtre #NetGalleyFrance







Rétrospectivement, je regrette ma décision d'écrire ce livre à la première personne, puisque, du coup, il était évident que depuis le début, je n'allais pas mourir. C'est une convention littéraire : un narrateur à la première personne ne peut pas être tué,


*



C'est fou, le nombre de festivals littéraires qui fleurissent aux quatre coins du monde. Je connais d'ailleurs des écrivains qui n'écrivent plus une ligne ; il passe leur temps à voyager d'un raout à l'autre. Je me suis souvent demandé comment j'aurais fait si j'étais bègue ou d'une timidité maladives. De nos jours, un auteur doit être capable de se mettre en scène, souvent devant des foules, nombreuses. C'est presque comme du stand up : les questions ne changent jamais et vous finissez toujours pas répéter les mêmes blagues.


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« Un titre doit être court, intelligent et éloquent, facile, à lire, facile à retenir et original. C'est beaucoup demander »

Anthony Horowitz


Né en 1955, Anthony Horowitz est un écrivain de romans policiers pour la jeunesse, de fantastique et scénariste de feuilletons télévisés anglais, en particulier des adaptations de romans policiers d'Agatha Christie.







Le banc ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Géraldine Smith











Un pseudo polar doux-amer sur les vicissitudes de l’âge !


Nous y serons en compagnie de nombreux personnages, dont Georges, le principal intéressé, encore vaillant malgré ses quatre-vingt quinze ans. Mais qui s’étonnerait de le retrouver un matin, allongé sous sa couette, « beau, tranquille » mais mort ? D’aucuns jugeraient qu’il s’agit d‘une belle mort, dans son sommeil. 


« Georges Mucat a eu la fin de vie dans tout le monde rêve. Chez lui. Il est mort dans son lit, sans souffrance. La veille, il était encore avec ses copains. »



Pourtant si Mariola son employée est adepte de cette version, Alain, le gardien de l’immeuble amateur de séries télévisées policières  a repéré un détail suspect …


On remontera ensuite le fil du temps pour parcourir l’année écoulée pour faire connaissance avec l’entourage de Georges, les amis, les enfants. Et on comprendra les liens qui les unissent ou les opposent. Car un homme âgé peut aussi être une source de profit annoncé ! 


Le récit sera émaillé des réflexions sur le grand âge et ses contraintes mais aussi de ses rituels, par exemple  :




Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les personnes âgées veulent garder leur armoire rustique et toujours retourner au même endroit ? C'est simple. Quand je déjeune dans un restaurant où j'allais déjà, il y a quarante ans, il est rempli de ma vie, et mes souvenirs se confondent avec le présent. Il n'y a plus d'avant et de maintenant. Cela me fait du bien. Si le monde qu'on a connu disparaît, on disparaît avec lui.


On ne s’illusionne pas non plus sur lé déchéance que représente l’âge : 


Les exceptions montées en épingle – ces petites grand-mères malicieuses, filmées bien apprêtées, ces maitres  penseurs, octogénaires, qui parlent  comme un livre ouvert de « la », vieillesse – troublent la perception du grand âge. Même dans leur cas, que sait-on de l'intimité des Clint Eastwood, des Edgar Morin, des Harry Belafonte, des Iris Apfel. À quatre vingt quinze ans, parfois bien avant pour le commun des mortels, le simple fait de respirer fatigue, les organes ne fonctionnent que par intermittence, le sphincter lâche, la mémoire tampon est une passoire. Corps et esprit sombrent, pas toujours à la même vitesse, mais sans rémission possible.  Ça c'est la réalité.




Mais ces seniors ne manqueront pas d’épingler les travers de la jeunesse d’aujourd’hui : 


Les jeunes, ils mangent avec leur téléphone, ils dorment avec leur téléphone, ils vont chier avec leur téléphone, mais quand tu les appelles, ils répondent jamais !


Cependant le ton est globalement léger et on ne s’apitoie pas à longueur de chapitre. L’humour aide à faire passer le message qui évite ainsi d’être plombant .


Qui est responsable de la disparition de notre héros chenu : on le saura dans les dernières pages !


Un roman léger sur un sujet de société bien actuel, puisque notre niveau de vie aura eu un effet net sur l’espérance de vie après les années de la seconde guerre mondiale, avec pour conséquence l’irruption d’une génération de seniors ! 


Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel 


272 pages Albin Michel 25 février 2026

Masse critique Babelio 






Les jeunes, ils mangent avec leur téléphone, ils dorment avec leur téléphone, ils vont chier avec leur téléphone, mais quand tu les appelles, ils répondent jamais !



Les exceptions montées en épingle – ces petites grand-mères malicieuses, filmées bien apprêtées, ces maitres  penseurs, octogénaire, qui parlent  comme un livre ouvert de « la », vieillesse – troublent la perception du grand âge. Même dans leur cas, que sait-on de l'intimité, des Clint Eastwood, des Edgar Morin, des Harry Belafonte, des Iris Apfel. À quatre vingt quinze ans, parfois bien avant pour le commun des mortels, le simple fait de respirer fatigue, les organes ne fonctionnent que par intermittence, le sphincte, lâche, la mémoire tampon est une passoire. Corps et esprit sombrent, pas toujours à la même vitesse, mais sans rémission possible.  Ça c'est la réalité.





Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les personnes âgées veulent garder leur armoire rustique et toujours retourner au même endroit ? C'est simple. Quand je déjeune dans un restaurant où j'allais déjà, il y a quarante ans, il est rempli de ma vie, et mes souvenirs se confondent avec le présent. Il n'y a plus d'avant et de maintenant. Cela me fait du bien. Si le monde qu'on a connu disparaît, on disparaît avec lui.


Géraldine Smith


Née en 1965, Géraldine Smith a travaillé comme reporter en Afrique avant de devenir rédactrice en chef d’Epok, le magazine de la Fnac.


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