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La maison noire ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Yûsuke Kishi













Yûsuke Kishi possède l’art de captiver le lecteur  en quelques phrases. Pourtant, quoi de moins sexy qu’une entreprise qui vend et gère des contrats d’assurance, et de moins attractif qu’un agent policé et consciencieux ? Cependant  très vite on imagine bien que son job est potentiellement délicat. Comment repérer les arnaques à l’assurance-vie, les limites parfois ténues entre suicide et meurtre, surtout lorsque la police ne met pas toute son énergie pour distinguer le vrai du faux !


Il y a eu ce coup de fil énigmatique d’une femme, vite oublié. Puis un drame atroce qui hantera les nuits de Shinji, et l’entrainera dans une aventure très périlleuse. 


C’est absolument magique. On est immédiatement pris dans cette histoire sordide que le contraste fort entre la conscience professionnelle et la droiture de Shinji et la noirceur de ceux qui tentent de profiter d’un système faillible. 

Comme dans La leçon du mal, l’intrigue se déroule selon un crescendo addictif, faisant de cette lecture une priorité !


On adhérera ou pas aux théories environnementales proposées pour expliquer la montée du mal sur la planète, elles ont au moins le mérite d’exister !



Un excellent moment de lecture, vite dévoré, et qui va hisser l’auteur dans mon top dix d’auteurs à suivre. 


Merci à Negalley et aux éditions Belfond.


304 pages 1er février Belfond 

Traduction : Diane Durocher 

#YusukeKishi #NetGalleyFrance







En prévoyant de payer les bénéficiaires dans le cas d'un suicide, les assurances encourageraient le passage à l'acte. Les personnes ayant l'intention de mettre fin à leurs jours pourrait s'arranger pour souscrire un contrat juste avant, et les finances des assurances décès s’en verraient alors fortement déstabilisées.


*


Je suis catégoriquement contre l'idée de mettre des étiquettes sur les gens, sans essayer de les connaître.


*


Le plus grand danger pour la société, ce ne sont pas ceux qui souffrent de troubles mentaux évidents, mais bien eux, ceux qui voient le monde à l'aune de leur propre noirceur.


Yûsuke Kishi



Né en 1959, Yûsuke Kishi est un auteur de romans de science-fiction, de romans policiers et de romans d’horreur.


Lire aussi 


La leçon du mal 

Fantastique histoire d'amour ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Sophie Divry












C’est un drame affreux qui amène Bastien, inspecteur du travail sur le site d’une usine de recyclage  de plastique. Un ouvrier est tombé dans une compacteuse.  Pour comprendre les circonstances qui ont abouti au décès du pauvre homme, Bastien n’hésite pas à aller examiner la machine de l’intérieur. Une mystérieuse poudre bleue intrigue l’homme. Il ne se doute pas que sa vie va en être bouleversée..

Pendant ce temps, Maia se rend au CERN pour écrire une pige sur les cristaux scintillateurs. Sa tante qui y est chercheuse lui parait avoir un comportement bizarre.



Cette histoire est bien plus complexe que ne le laisse entrevoir les prémisses de l’intrigue. On est entrainé dans une vaste machination qui fera s’opposer les scientifiques dépassés par les conséquences imprévisibles de leurs recherches et les malfrats pour lesquels  la source du profit et ses dégâts collatéraux importent peu. 


Au coeur de cette valse effrénée, des sentiments naissent et se tissent, au gré des malentendus set des ambitions. 


Un roman qui se dévore, pour comprendre les rouages de cette affaire. Les personnages suscitent de nombreuses émotions et renforcent encore l’intérêt de l’intrigue.



Une réussite !


512 pages Seuil 5 janvier 2024








Depuis la mort de sa mère, elle avait appris à vivre avec des manques, elle ne les craignait pas. On ne peut pas combler toutes les failles dans une existence ; il s'agit plutôt, entre ces interstices, de trouver son bonheur


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Sauf qu'elle détestait la Provence. Son ciel bleu, immuable, sa garrigue aux feuilles ennuyeuses, ces villages aux rues pavées et son soleil à perpétuité. Elle détestait les chênes verts, les sapins stériles et leurs aiguilles idiotes, qui tapissaient le sous-bois, et cet odeur de thym qui donne l'impression d'être une saucisse sur un barbecue.


Sophie Divry


Sophie Divry est une écrivaine française, née en 1979.


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Trois fois la fin du monde 


Quand le diable sortit de la salle de bain


La condition pavillonnaire 







Il faut revenir ⭐️⭐️⭐️

 Hala Moughanie











C’est presque sur un coup de tête, après avoir reçu le conseil de se tourner vers un centre culturel arabe pour assoir sa carrière artistique, que Lila prend un vol pour Beyrouth, là où son nom sera légitime ! 


Le retour au pays suscite des sentiments aussi contradictoires que le contraste entre les sublimes paysages du plus beau pays du monde et les ruines d’un pays détruit par une guerre sans fin. Pigiste pour un journal qui publie en français, elle tente de comprendre. Entre ses amours d’un jour et la profonde affection pour Ibrahim le libraire, et la couverture des frasques de sa soeur fantasque, dont la vue se détériore peu à peu, Lila ouvre les yeux sur le destin de son pays. 


D’une écriture vive et assurée, maniant l’humour au fil des pages, Hala Moughnanie nous propose une vision originale de ce petit pays plein de contrastes.


264 pages Projectiles 7 septembre 2023









Un compteur immense est installé au croisement qui mène à la rue Hamra. Il compte les jours qui séparent les Libanais de la vérité sur l'identité des commanditaires de l'attentat contre l'ancien premier ministre. En cette fin de printemps, il est composé de deux chiffres, ce qui porte à croire que la vérité éclatera avant le quatre-vingt-dix-neuvième jour. Au début de l'été, il faudra y ajouter le chiffre des centaines et, les mois et les années passant, se résigner à l’éteindre.


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Elle les occupe de longues heures en leur lisant, la bonne aventure dans le marc de café. Elle devient indispensable aux policiers de la ville, dont l'avenir professionnel et la situation matrimoniale dépend du magma odorant et labyrinthique qu'elle déchiffre pour eux.





Hala Moughanie


Hala Moughanie est née en 1980 au Liban.

Son enfance est rythmée par la guerre civile qui ravage le pays jusqu’en 1990. Elle part ensuite s’installer en France pour une quinzaine d’années. C’est à Paris, plus précisément à la Sorbonne, qu’elle suivra des études de littérature et de philosophie. En 2003, elle fait le choix de retourner vivre dans son pays natal, où elle exerce le métier d’enseignante et de journaliste. 

Aliène ⭐️⭐️⭐️⭐️

Phoebe Hadjimarkos Clarke  












Nous sommes dans un territoire rural, non loin de la forêt avec tout ce qu’elle implique de peurs ancestrales et de dangers réels. C’est dans cet univers hostile que Fauvel s’installe, pour s’occuper d’Hannah, la chienne clonée de Luc qui lui laisse sa maison et les consignes pour l’animal. 


Hannah est sans doute le personnage principal de ce roman, car toutes les attentions se focalisent sur elle, et cherchent à l’accuser des massacres d’animaux aux alentours, même si les forfaits vont bien au-delà de ce que peut faire un chien, fût-il issu de la procréation assistée.

Ambiance bête du Gevaudan garantie !


C’est dans ce climat de suspicion généralisée que s’inscrivent les histoires d’amour de Mado, fille de Luc et de Fauvel, loin d’être romantiques, d’autant que les élus sont parfois bien inquiétants !



On ne peut nier l’originalité du récit, qui flirte parfois avec le fantastique, tout en maintenant le doute !  On reprochera la violence de certaines scènes, qui n’ont peut être pas toujours une justification pour le déroulé de l’intrigue. 

L’écriture est maitrisée, et réussit le pari d’accrocher le lecteur, grâce à la quête d’un coupable, artifice toujours efficace.




288 pages Sous-sol 5 janvier 2024








Les chiens ? C’est que Fauvel n’en a jamais raffolé. Ils ne lui déplaisent pas, c’est juste qu’elle ne ressent pas l’affection débordante que certains leur témoignent, ni même de connivence - pas spécialement, en tout cas. 


*


Ils suivent une petite route chaotique, pleine de nids de poule, bordée de ronces vénères, de champs en friche. Des lambeaux de plastique sont accrochés aux branches des arbres et fluent comme des suaires de fantômes ; dans les fossés, les canettes de 8.6 ou de Red Bull brillent sourdement à travers la rouille entre les feuillages.




Phoebe Hadjimarkos Clarke




Née en 1987, Phœbe Hadjimarkos Clarke vit dans des grandes villes et des petits villages. Aliène est son deuxième roman 


La disparition d'Hervé Snout ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Olivier Bordaçarre 












Après un court séjour en 2004, où l’on fait connaissance de la famille Raybert, qui accueille des entants abimés, on effectue un bon temporel de 20 ans pour atterrir chez les Snout. Que s’est-il passé ce matin là, après qu’Hervé Snout a pris son vélo pour se rendre au travail ? Comment a t-il pu se volatiliser ainsi ? Le jour de son anniversaire, de surcroît ! La voisine qui passe sa journée derrière ses rideaux l’a bien vu partir de sa maison, mais personne ne l’a vu arriver à l’abattoir…


 

La communication au sein du couple étant réduite à peu de choses, son épouse ne s’est pas inquiétée immédiatement. D’ailleurs, les gendarmes qu’elle avertit ne semblent pas persuadés d’une recherche intensive soit nécessaire. Tant de personnes disparaissent ainsi chaque année, de leur plein gré, pour se créer une autre vie ailleurs !…


Pourtant  peu à peu, avec les confidences de l’entourage, une personnalité se dessine. Ce chef d’une petite entreprise est loin de faire l’unanimité autour de lui.


L’originalité de la construction du roman apparaît dans la deuxième partie, puisque nous passons de l’autre côté du miroir…


La quête de la vérité est un puissant appât pour créer l’addiction. Comprendre ce qui s’est passé et découvrir peu à peu la personnalité  de cet homme qui ne suscite pas l’empathie. L’auteur n’y va pas de main morte pour imaginer le scénario. S’y ajoutent la violence inhérente à la vie quotidienne dans un abattoir : de quoi alimenter le militantisme végétarien !



Un roman fort, noir, une ironie mordante,  habilement construit, difficile à oublier. 


345 pages Denoël 10 janvier 2024








Le patron est invité, toujours avec une main autour du quiqui et une clé au poignet droit à la limite de lui tresser le radius avec le cubitus, à entrer en lui-même pour constater, déjà, les premiers signes d’un changement radical de comportement.


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Les éclaboussures de cervelle n’ont épargné ni le dossier ni le fauteuil, ni le mur de derrière, ni le plafond. La mort permet d’atteindre le degré ultime de désinvolture 



Olivier Bordaçarre


Olivier Bordaçarre est écrivain, dramaturge et comédien, né en 1966. Il  dirige des ateliers d'écriture et de théâtre pour tous les publics (jeunes publics, scolaires, patients d'hôpitaux psychiatriques, personnes en insertion, précaires ou fragilisées, détenus...).



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