Abonnés

Voir venir ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Lucie Novat











Un lieu original, riche de symboles, tient lieu de décor pour ce premier roman. Nous sommes immergés au coeur d’une maison d’éducation de la Légion d’honneur ouverte aux filles, petites-filles et arrière-petites filles des décorés français et étrangers de l'ordre de la Légion d'honneur, de la Médaille militaire et de l'ordre national du Mérite. Etablissement d’ élite, fonctionnant à l’ancienne, pas de mixité, uniforme et discipline sans concession. 

En poussant les portes du lycée, dont on apprendra l’histoire, on retrouve Vanessa, qui malgré une scolarité chaotique a intégré une fac et participe au financement de ses études en assurant des heures de surveillance dans l’établissement. Très proche des élèves, elle tente de soutenir le moral de ces ados qui en ont parfois lourd sur le coeur. 



On suivra le parcours singulier de quatre pensionnaires, jusqu’à un drame qui secoue le train de vie en apparence contrôlé des jeunes filles. 

La raison qui leur a ouvert les portes de ce lycée, c’est la question à ne pas poser. La médaille d’honneur repose parfois dans un écrin imbibé de sang versé.



Dans un style travaillé, nécessitant parfois une attention soutenue pour comprendre ce que l’on lit, Lucie Novat nous livre un roman à la fois captivant et abrupt. Des conversations adolescentes utilisant la dernière mouture inventive en terme de dialogue, à la description lyrique de l’histoire des lieux, le lecteur est entrainé dans un tourbillon de sentiments et d’émotions, en montagnes russes, tant pour la vitesse que pour les variations de niveaux !


En témoignent ces deux passages : 


« Bon. Tu vois un atome ? OK tu vois pas. Un atome, c'est le truc le plus riquiqui que tu puisses trouver dans ce monde, et c'est ce qui compose absolument toute la matière. Genre tu prends un caillou, tu coupes, t'as du sable, tu coupes t’as des molécules, tu coupes t’as des atomes. Même chose pour tout : les requins, les vélos, les mamans, les champignons, tu coupes, tu coupes, jusqu'à ce que tu peux plus couper, ce que t'es arrivée aux atomes. Ça s'appelle la matière. D’accord ? »


« Il se tient sur une place ouverte à tous les vents. Ces pierres épousent la basilique où sont les tombeaux des rois, des reines. Si l'on n'y prête pas attention, on pourrait le confondre, le manquer. On pourrait croire, si on se laisse distraire par la splendeur de l'église–sa flèche au milieu de la ville – que ce long mur aveugle, partant vers le sud n'est qu'une dépendance, un enclos pour les moines, bien que l'on sache , au fond, si l'on fait l'effort d'y penser que les moines sont partis depuis des siècles. Ce qui pourrait nous échapper également, c'est qu'aujourd'hui, et depuis longtemps déjà – on devrait le savoir, c'est une vieille histoire – celle qui vivent ici sont des jeunes filles qu'on a déposées là pour tout autre chose que la prière. »




Il en ressort un charme certain, et l’impression de découvrir une plume qui devrait compter dans les années qui viennent. 


Merci à Netgalley et aux éditions du Sous-sol



171 pages Sous-sol 5 mars 2025

#VoirVenir #NetGalleyFrance








« Bon. Tu vois un atome ? OK tu vois pas. Un atome, c'est le truc le plus riquiqui que tu puisses trouver dans ce monde, et c'est ce qui compose absolument toute la matière. Genre tu prends un caillou, tu coupes, t'as du sable, tu coupes t’as des molécules, tu coupes t’as des atomes. Même chose pour tout : les requins, les vélos, les mamans, les champignons, tu coupes, tu coupes, jusqu'à ce que tu peux plus couper, ce que t'es arrivée aux atomes. Ça s'appelle la matière. D’accord ? »


*


« Il se tient sur une place ouverte à tous les vents. Ces pierres épousent la basilique où sont les tombeaux des rois, des reines. Si l'on n'y prête pas attention, on pourrait le confondre, le manquer. On pourrait croire, si on se laisse distraire par la splendeur de l'église–sa flèche au milieu de la ville – que ce long mur aveugle, partant vers le sud n'est qu'une dépendance, un enclos pour les moines, bien que l'on sache , au fond, si l'on fait l'effort d'y penser que les moines sont partis depuis des siècles. Ce qui pourrait nous échapper également, c'est qu'aujourd'hui, et depuis longtemps déjà – on devrait le savoir, c'est une vieille histoire – celle qui vivent ici sont des jeunes filles qu'on a déposées là pour tout autre chose que la prière. »



Lucile Novat


Née en 1991, Lucile Novat enseigne les lettres dans un collège de Seine-Saint-Denis.

Son travail littéraire est imprégné de tératologie, de pop culture et d’une petite envie de révolution. 


La police du temps ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Jodi Taylor











Pour tous les lecteurs qui avaient parcouru les 13 tomes des Chroniques de St Mary, un petit  air de déjà vu pourrait apparaitre dès les premières lignes. Le voyage dans le temps est au coeur du décor et on retrouvera même certains personnages. Pour les autres c’est une excellente façon de découvrir l’univers de Jodi Taylor.

 La police du temps est chargée de contrôler les voyages dans le temps, qui sont illégaux à titre individuel, tant le risque est fort de détraquer la course de l’humanité :


« Posséder le pouvoir de voyager dans le temps, c'est un peu comme tenir un serpent dans sa main. Si vous ne savez pas ce que vous faites, tout ou tard, il finira par se retourner contre vous et vous mordre. »



Trois nouvelles recrues sont présentées à l’institution, et leur profil est trop atypique pour ne pas soulever de vives critiques et de nombreuses animosités à leur égard. Jane, si peu sûre d’elle, Matthew, au cheveux trop longs et surtout issu d’une famille très mal vue à la Police, et Luke, enrôlé contre son gré par un père autoritaire, se retrouvent ensemble pour faire leurs preuves. La « Team Losers «  ne vivra pas des jours de félicité dans une telle ambiance. 


Après avoir partiellement accompli une première épreuve pour effacer le voyage illicite d’un petit malin parti récupéré des résultats de loterie et faire ainsi fortune, une deuxième mission leur incombe : partir à la chasse du premier lapin australien ! 


Heureusement d’autres événements leur permettront de faire savoir qui ils sont vraiment et que les apparences sont trompeuses .


Comme dans les Chroniques, le roman est une belle occasion pour plonger dans de riches heures de l’histoire de l’humanité, ici, l’Égypte au temps des pharaons ou Rome à l’époque de l’assassinat de César. Une façon original de revisiter l’Histoire .


On retrouve beaucoup d’humour dans ces pages : via le regard de visiteurs du futur dans une époque qu’ils ne comprennent pas :  


« c'est quoi tous ces bacs qui sentent mauvais ? – Je crois que les gens ils mettent leurs déchets, dit  Matthew. »



« Quand quelqu'un est vraiment très malade, ils l'envoient à l'hôpital, histoire que leurs germes spéciaux puissent l’achever »


Sans compter les références à de grands classiques (« Luke, je suis ton père » )



Beaucoup) de pages, mais aussi beaucoup de plaisir pour ce premier tome d’une série de 6 suivi d’autres aventures. 


Une façon adroite de reprendre le thème en une série dérivée pour éviter la lassitude d’une répétition. 


Merci à NetGalley et aux éditions HC



448 pages HC 25 septembre 2025

#LaPoliceduTemps #NetGalleyFrance 

TO doing time 

Traduction Cindy Colin Kapen 









« Posséder le pouvoir de voyager dans le temps, c'est un peu comme tenir un serpent dans sa main. Si vous ne savez pas ce que vous faites, tout ou tard, il finira par se retourner contre vous et vous mordre. »


« c'est quoi tous ces bacs qui sentent mauvais ?–Je crois que les gens ils mettent leurs déchets, dit  Matthew. »



« Quand quelqu'un est vraiment très malade, il l'envoie à l'hôpital, histoire que leur germe spéciaux puissent l’achever »


 

Jodi Taylor


Romancière et nouvelliste, Jodi Taylor vit  dans le Gloucestershire.

Elle est l’autrice des célèbres Chroniques de St Mary 


La forêt d'Oreka ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Paco Sordo











Pour le tome 2 de la forêt d’Oreka, nous retrouvons Hannah, à la recherche de son grand-père. Alors qu’elle parcourt la forêt en compagnie d’un gnome, un cochon porté sur la diététique, traine derrière lui le grand-père pétrifié, au sens littéral du terme. 



Le chemin sera l’occasion de rencontres surprenantes autant pour les personnages que pour le lecteur : des escargots vampires, des loups gastronomes puis la confrontation avec l’esprit de la forêt, le seul à pouvoir aider Hannah à sortir de la situation difficile à laquelle elle est confrontée.


Après avoir parcouru quelques  pages, la lecture se fait addictive, dans l’attente de découvrir ce que l’imagination, de l’auteur nous proposera.


Beaucoup d’imagination et d’esprit pour cette bande dessinée aux belles couleurs, ni trop criardes ni trop pâles, un trait de dessin net mais plein d’inventivité. Tout cela concourt  à un plaisir de lecture certain. 


L’histoire peut parler à tout âge, enfants, adultes,  toute monde peut  puiser une inspiration dans cette fable écologique.


Merci à Netgalley et aux éditions Dupuis 


104 pages Dupuis 6 février 2026 

#LaforêtdOreka #NetGalleyFrance


Traduction (espagnol) : Patrick Fodéré 





Né en 1979, Francisco "Paco" Sordo est un scénariste, dessinateur et coloriste de bande dessinée. Il est espagnol. 





Scopophilia ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Alexandra Matine 











L’histoire débute au cours du confinement, alors que tout un chacun découvre une nouvelle dimension du temps, libéré des contraintes d’une vie minutée par les obligations professionnelles et leurs corollaires  les déplacements chronophage.  De nombreux confinés se découvrent ainsi des talents cachés  dans des domaines aussi divers que variés ! Pour Georgia, seule sur le campus universitaire, tout commence par une chorégraphie sur les toits du bâtiment où elle réside. 

Et comme ceux qui n’ont pas d’inspiration pour sortir de leur routine ont aussi beaucoup de temps pour voir les autres s’exprimer, la vidéo devient un succès immense. Et avec cette incursion presque involontaire dans l’univers du réseau social, la vie de Georgia bascule. 


Outre le fait d’entrer dans les coulisses de ce monde virtuel, qui démontre le pouvoir des images jusqu’à l’absurdité (mais on n’est pas si loin de ce qui se passe réellement), on vit du point de vue de l’influenceuse les multiples pièges tendus 


« ce monde virtuel avait quelque chose de rassurant. Mais entre ses vies parallèles, la membrane commence à s’amincir ; 

force Georgia, à prendre conscience qu'une seule de ces vies est la vie, pleinement vécue. Elle avait cru que ce qu'elle montrait n'était pas qui elle était, mais n'est-elle pas devenue ce qu'elle montre ? »


Le roman n’omet pas de mentionner le rapport au corps , véhiculé par les messages, qui vantent pour la plupart les bienfaits de produits destinés à la recherche d’un corps féminin désirable :


« Un ensemble de fragilité à maintenir en équilibre. Une longue glissade, maîtrisée dans un filet de soie. Quand on dit d'une femme que c'est une professionnelle, cela veut dire qu'elle est travailleuse du sexe. Comme si les femmes n'avaient qu'une seule chose à maîtriser, qu'un seul bien à vendre, leur corps, et une seule façon de le faire, en satisfaisant, les hommes »



On assistera donc à la métamorphose progressive de l’univers de Georgia. Et j’utilise ce terme de métamorphose à dessein. Cela ne peut être un hasard si le nom de l’héroïne est si proche du héros de Kafka, qui subit lui aussi une transformation inattendue de sa vie.



Difficile d’en dire plus, pour ne pas révéler les choses, mais on assiste tout de même à un glissement spectaculaire des événements , qui donne une dimension supplémentaire au roman. 


Mêle si on n’a pas l’impression de découvrir complètement l’envers du décor, ce  roman offre une déclinaison originale de l’univers des réseaux sociaux, qui n’en sortent pas vraiment grandis, ni  du côté des acteurs du spectacle ni de celui des spectateurs sans qui rien de tout cela n’existerait !


C’est mon roman préféré de cette autrice.


Merci à Netgalley et aux éditions Les Avrils


400 pages Les Avrils 5 mars 2026

#Scopophilia #NetGalleyFrance 









« ce monde virtuel avait quelque chose de rassurant. Mais entre ses vies parallèles, la membrane commence à s’amincir ; force Georgia, à prendre conscience qu'une seule de ces vies est la vie, pleinement vécue. Elle avait cru que ce qu'elle montrait n'était pas qui elle était, mais n'est-elle pas devenue ce qu'elle montre ? »



« Un ensemble de fragilité à maintenir en équilibre. Une longue glissade, maîtrisée dans un filet de soie. Quand on dit d'une femme que c'est une professionnelle, cela veut dire qu'elle est travailleuse du sexe. Comme si les femmes n'avaient qu'une seule chose à maîtriser, qu'un seul bien à vendre, leur corps, et une seule façon de le faire, en satisfaisant, les hommes »


 

Alexandra Matine


Alexandra Matine est diplômée de Sciences-Po.


Elle commence une carrière de journaliste à Londres avant de s'installer à Amsterdam, en 2014, où elle travaille pour Netflix. 


Article le plus récent

Voir venir ⭐️⭐️⭐️⭐️

Articles populaires