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La maison des os et de la pluie ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Gabino Iglesias 











Est-il besoin de croire aux esprits errants pour adhérer à cette sombre histoire de vengeance ? Peu importe, se fondre dans le scénario pourra quel que soit le cas fournir au lecteur des frissons d’angoisse.

Tout part d’un assassinat : Maria a été abattue de deux balles dans la tête (l’arme créant deux petits trous que le thanatopracteur aura maladroitement camouflés, et qui viendront hanter les rêves du narrateur tout au long du récit). Le fils de Maria, effondré, entraine sa bande de potes dans une folle équipée vengeresse. Remonter la filière pour atteindre les responsables ultimes de l’affaire, et pour cela, à chaque étape, procédant d’une expédition punitive, infliger tortures et interrogatoires musclés pour faire éclater la vérité !


L’action se déroule dans les bas-fonds de Porto Rico, au sein d’une population qui rêve le plus souvent d’exil, tout en restant profondément attaché à la terre de ses ancêtres, où les traditions syncrétiques mêlent les cultures en fusionnant  les traditions catholiques amenées par les colons espagnols, les croyances spirituelles des esclaves africains et le chamanisme des populations autochtones. C’est la force de ces croyances qui donne sa puissance au roman. Les manifestations occultes sont souvent à la lisière du rêve,  on ne sait donc si elles relèvent de l’imagination des personnages ou si on assiste à des scènes vécues.


La peur est une constante drainée au fil des lignes :


« Une des choses plus douloureuses, quand on grandit, c'est de constater que les peurs dont on ne parle pas, ne disparaissent pas d'elle-même. Au contraire, elles grandissent dans l’obscurité. »


Il ne faut pas oublier que nous vivons cette histoire en compagnie de personnages jeunes, encore marqués par les épreuves qu’ils ont vécues dans leur tendre enfance (deuil, violences..) et qu’ils se construisent dans un monde sans douceur. 

On comprend donc l’ambiance de dépression :


« Nous sommes des animaux tristes à la recherche d'une raison de s'extirper, de la fange dans laquelle on évolue, histoire de se donner l'illusion que la vie vaut le coup »


La nature proche, l’océan est aussi le véhicule de forces occultes et difficilement contrôlables, d’autant que l’endroit est régulièrement sinistré par des catastrophes naturelles.


"L'océan régissait. Les rivières débordaient, leurs eaux boueuses  devenues un monstre destructeur qui déchirait les maisons, arrachait les ponts et jetait  des familles à la rue – quand il ne les emportait pas. »



Un roman noir très prenant, difficile à oublier.


Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine 


400 pages Sonatine 3 septembre 2026

Traduction : Pierre Szczeciner 

TO House of bones and rain

#LaMaisondesosetdelapluie #NetGalleyFrance





"L’île devint le terrain de jeu de la mort, le royaume de la peur et de la souffrance, le domaine des fantômes, la maison des os et de la pluie"

Gabino Iglesias



Gabino Iglesias est un écrivain portoricain , enseignant, journaliste et critique littéraire


Pampa ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Eduardo Fernando Varelo












Il ne faudra que quelques paragraphes pour se rendre compte du caractère inhabituel de ce voyage en train ! L’espace y est fluctuant, obéissant à ses propres règles : et si les champs de maïs sont une constante en ce qui concerne les terres traversées, le train laisse place à une souplesse parfois déstabilisante. Ainsi 


« Le fourgon de queue se composait d'une chambre, d'une cuisine et d'un bureau de poste, rempli de lettres et de colis, accumulés avec le temps, qui débordaient des étagères, des placards et des casiers, en attendant d'être distribués »


Il en est de même pour la plate-forme extérieure qui est « un petit balcon sur planant les voies, orné de fleurs et de plantes récoltées durant les arrêts, dont  les couleurs bercées par les secousses du trajet, n'existaient pas sur la terre immobile. »


Et que dire de la traversée des soixante-trois wagons, qui dépend du temps qu’il fait, et permet de parcourir "des déserts de sable, des forêts horizontales de troncs morts… »


C’est avec Josefina et son mari Buenaventura Sanchez que nous effectuerons ce voyage, ainsi qu’avec l’assistant, parfois absent , car parti exploré les pays traversés…


Dans ce roman foisonnant, très imaginatif, nous sommes  conviés en permanence à une gymnastique mentale pour composer des analogies et comprendre les métaphores , voir les  allégories que la lecture suscite. 


Mais on y trouvera aussi une intrigue riche en péripéties , lorsque un homme revendiquera le commandement suprême de cet équipage lancé à toute allure vers son  destin., alors qu’une foule de fuyards tente de sauver sa peau en s‘introduisant dans le convoi. 


«  des fugitifs qui ne fuyaient pas la loi des hommes, mais un destin pervers, caché au milieu des plantations »


Le propos devient alors politique et social, sans perdre ses astuces narratives hautes en couleur. 


C’est aussi parfois la poésie qui s’invite au coeur de ces lignes : 


« Les mots n'étaient pas sont fort, la solitude les avait enroulés dans un coin de son cerveau, où il fallait qu'il aille les sauver un parrain. Et quand il finissait par sortir, la brise de la marche, lui a arraché de la langue et les entraînait derrière, où il retombé avec la délicatesse d'un oiseau mort sur une cargaison. »



J’ai vraiment eu la sensation d’être en train de découvrir un grand roman, avec de multiples niveaux de lecture, et l’impression que des relectures apporteraient encore d’autres angles d’interprétation. Ecriture superbe, remue-méninges remarquable, le voyage est incroyable.


Merci à Netgalley et aux éditions Métailié


336 pages Métailié 21 août 2026

#Pampa #NetGalleyFrance

Traduction : René Solis 

Titre original Pampa








Faites attention, avec ses airs de petite grand-mère désemparée, elle embobine tout le monde, au moment où vous y attendez le moins, elle est fichue de vous voler la locomotive.


*


Être au service d'un fou, qui est sur la piste d'un caillou égaré dans la pampa pour devenir président, cela veut dire être quelqu’un.


*


«  des fugitifs qui ne fuyaient pas la loi des hommes, mais un destin pervers, caché au milieu des plantations »


 

Eduardo Fernando Varela




Né en 1960, Eduardo Fernando VARELA vit entre Buenos Aires, où il écrit des scénarios pour le cinéma et la télévision, et Venise. 

Il a étudié le journalisme, la photographie et l’écriture audiovisuelle.


Les désarmantes ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Caroline Bouffault 











Avec ce roman au titre énigmatique, Caroline Bouffault s’approprie  le genre dystopique. Dystopique et très féministe ! Nous sommes à une période de notre histoire qui n’a pas encore eu lieu. Tous les regards sont dirigés vers la dissidence qu’ose créer la France, je devrais dire la Nouvelle Gallia. Tout un système constitutionnel a été démantelé : partant du principe que l’origine de toutes les guerres était sans conteste la violence ancrée au chromosome Y, les cheffes de cette révolution ont tout simplement effacé toute trace d’un quelconque pouvoir masculin. 


« Si la paix est soi-disant impossible, cela n'a rien à voir avec une prétendue complexité géopolitique. L'impossibilité procède d'un mythe ancestral aux ramification vertigineuses. C'est le résultat d'un conditionnement historique, psychologique et social qui soumet les hommes – les hommes, petit h – à des injonctions incompatibles avec la recherche d'une solution pacifique. »



« Je vous propose d'en finir définitivement, collectivement, méthodiquement, avec la virilité. » 


A part les toutes jeunes générations élevées dans un formatage de non violence, les générations « perdues » ont été parquées dans des camps où elles sont soumises à une camisole chimique . La notion de famille et ce qu’elle sous entend de patriarcat est également abolie. Une tout autre organisation axée sur la PMA et la délégation de maternité est mise en place. 

Les dirigeantes insistent sur le caractère transitoire  du système, jusqu’à ce que la nouvelle génération d’hommes émerge du système éducatif en cours.


Mais la fille de la présidente attend un heureux événement, sans avoir respecté la procédure…


Alba est journaliste au Québec et entend faire décoller sa carrière en enquêtant sur place…


Il arrive que l’on en rêve, d’une société débarrassée des agressions qui trouvent leurs origines dans la quête du pouvoir quel qu’il soit. Mais la dystopie est loin d’être une utopie et l’on perçoit l’immensité de la distance entre le discours officiel et la réalité des choses. 


La tâche n’est pas  pour construire un univers qui répond à quelques principes de bases et on se rend compte rapidement que l’édifice est bâti sur des pieds d’argile.


Mais le roman lui-même fort interessant, pour les idées qu’il porte et pour la richesse des personnages que l’on y croise. 



J’ai pris un réel plaisir à imaginer cette vie hors sol, dans ce roman fort bien construit et booster de méninges !


Merci à l’autrice pour sa confiance 


326 pages Fugue 21 août 2026








« Si la paix est soi-disant impossible, cela n'a rien à voir avec une prétendue complexité géopolitique. L'impossibilité procède d'un mythe ancestral aux ramifications vertigineuses. C'est le résultat d'un conditionnement historique, psychologique et social qui soumet les hommes – les hommes, petit h – à des injonctions incompatibles avec la recherche d'une solution pacifique. »


* 



« Je vous propose d'en finir définitivement, collectivement, méthodiquement, avec la virilité. » 


Caroline Bouffault



Caroline Bouffault a grandi près de Grenoble et vit actuellement à Paris. Après avoir travaillé dans de grandes compagnies internationales, elle a décidé de se consacrer à l'écriture. 

 Lire aussi Thelma 


Ce qui nous frôle sous la surface ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Colum McCann










Fennel est un écrivain qui a connu le succès : ses deux premiers romans l’avaient propulsé sur la scène littéraire, même si le succès avait été modeste. Mais malgré la pression de son éditeur, le troisième tarde à venir, l’inspiration n’est pas au rendez-vous : 


« J'avais le sentiment de m'être épuisé. Il me semblait que si je voulais réécrire un jour, j'allais devoir partir dans le monde. Ce qu'il me fallait, c'était une histoire sur le lien, sur la grâce, sur la réparation. »


Quoi de plus approprié dans ce contexte que des câbles sous-marins par lesquels transitent toutes les informations internationales de la planète. Une structure discrète , mais fragile : 


« Parfois, les tubes  cassaient, et une petite flotte de navire, dans divers ports du monde, se chargeait de les réparer, passant  souvent plusieurs mois en mer »


C’est sur l’un de ces bateaux que Fennel embarque, envisageant de laisser à quai sa propension à boire plus que de raison : 


« On peut tromper sa tête et son cœur, mais on ne peut pas tromper son foie. »


 Il y fera la connaissance du ténébreux Conway, un apnéiste exceptionnel. Une connivence s’installe entre les deux hommes, mais l’expédition ne sera pas aussi simple que l’on peut imaginer.


Le roman est riche en réflexion sur le statut du romancier 


« C'est le travail du conteur, j’imagine, que de rassembler les morceaux épars d'une histoire de telle sorte qu'ils obéissent à une sorte de cohérence. Entre les faits et la fiction, il y a le mensonge et l'imagination. Dans la mémoire et l'imagination, il y a notre désir de saisir au moins un peu de l'essence de la vérité, qui est, dans le meilleur cas, embrouillée »


Une sorte de mea culpa, car c’est ce qui ressort de ce récit, une impression que l’auteur a voulu créer une cohérence à partir de cette idée des câbles. On a parfois l’impression de quelque chose d’un peu artificiel .


Malgré tout, l’humour surgit au détour d’un paragraphe : 


« Je me rappelais qu'un jour, j'étais allé chez le dentiste pour une dévitalisation. Tout en me réduisant au silence avec une roulette dans la bouche, il m'avait confié qu'il aurait adoré, être écrivain, si ce n'est qu'il n'avait pas le temps pour ça. J'avais pensé lui répondre que j'avais changé une carrière de chirurgien du cerveau, mais je n'avais pas le temps pour ça. »



Lecture mitigée donc, donc pour ce roman bien loin de la fulgurence d’Apeirogon 


Merci à Netgalley et aux éditions Belfond 



320 pages Belfond 20 août 2026

Traduction :  Clément Baude

Titre original : Twist

#ColumMcCann #NetGalleyFrance 









« Je me rappelais qu'un jour, j'étais allé chez le dentiste pour une dévitalisation. Tout en me réduisant au silence avec une roulette dans la bouche, il m'avait confié qu'il aurait adoré, être écrivain, si ce n'est qu'il n'avait pas le temps pour ça. J'avais pensé lui répondre que j'avais changé une carrière de chirurgien du cerveau, mais je n'avais pas le temps pour ça. »


*



« C'est le travail du conteur, j’imagine, que de rassembler les morceaux épars d'une histoire de telle sorte qu'ils obéissent à une sorte de cohérence. Entre les fées et la fiction, l'mensonge et l'imagination. Dans la mémoire et l'imagination, il y a notre désir de saisir au moins un peu de l'essence de la vérité, qui est, dans le meilleur cas, embrouillé »


*


 « J'avais le sentiment de m'être épuisé. Il me semblait que si je voulais réécrire un jour, j'allais devoir partir dans le monde. Ce qu'il me fallait, c'était une histoire sur le lien, sur la grâce, sur la réparation. »


Lire aussi 

Apeirogon



Né en 1965, Colum McCann est un nouvelliste et romancier irlandais



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