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Hulda ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Ragnar Jónasson











Si Ragnar Jónasson fait partie de mon panthéon personnel d’auteurs de fictions policières nordiques, je découvre le personnage d’Hulda sans avoir lu la trilogie qui lui est consacrée. Mais lire un préquel avant le noyau dur de la série n’est ni un péché ni une aberration logique ! Je découvre le personnage et c’est une belle expérience. 

Hulda est une jeune recrue de la police de Reykjavik. Armée d’une belle ambition, et de la ténacité nécessaire face à ses collègues encore un peu réticents à accepter la présence de femmes dans leurs effectifs (nous sommes dans les années 80),


« Elle devait se montrer meilleur que tous les autres membres de la brigade  criminelle – bien meilleure »


 elle hérite d’un cold-case : La découverte du nounours d’un enfant disparu vingt ans plus tôt lors du réveillon de Noël donne du grain à moudre pour cette affaire qui était reste totalement irrésolue, aucun indice n’avait pu orienter les recherches sur ce qu’il était advenu de cet enfant. 


Hulda doit donc partir au nord-ouest de l’île, laissant à la capitale Dimma sa fille adorée, et le père de la petite. Dans le couple, les liens se distendent et de nombreuses questions se posent quant à leur avenir. 


Isolée de ses proches, mais accompagnée d’une jeune collègue qui a aussi quelques vues sur une éventuelle promotion, Hulda se retrouve en immersion dans une petite communauté rurale -, peu encline à tout lui révéler sur un plateau. Il lui faudra de la perspicacité pour se faire une idée de  l’implication chacun dans le drame, un épisode que tous préféreraient traiter comme des poussières à planquer sous le tapis. 


Dans une ambiance qui évoque les enquêtes d’Agatha Christie, l’affaire se résoudra avec un twist surprenant. Et gageons qu’Huda saura faire la part de choses pour son couple. 


Une grande envie de poursuivre l’aventure avec La dame de Reykjavik, car le personnage est très attachant, pour sa pugnacité mais aussi ses fragilités, ses doutes , qui la rendent très humaine.


Toutes les enquêtes que j’ai pu lire de l’auteur m’ont toujours fait passer un bon moment, aucun doute pour cette série, qui sera sûrement appréciée. 


Merci à Netgalley et aux éditions de la Martinière 



352 pages La Martinière 13 mars 2026

TO Hulda Hidden Iceland 6 février 2020

Traducteur Jean-Christophe Salaun







Être préparée lui donner un sentiment de sécurité. Elle devait se montrer meilleur que tous les autres membres de la brigade criminelle - bien meilleure.


Ragnar Jónasson


Né en 1976, Ragnar Jónasson est un écrivain islandais, auteur de romans policiers et nouvelliste.


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Sott 


Un calme blanc


La mort en blanc


Reykjavik


Dix âmes, pas plus


La colline ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Mathilde Beaussault 











Lorsqu’il a descendu les poubelles sur l’injonction de sa femme, Jacques était loin de s’attendre à une telle surprise : parmi les ordures plus ou moins ensachées, un bébé vivant ! Le temps de mobiliser les secours et l’enfant sera sauf, mais l’histoire loin d’être finie.


Pourtant le prologue nous avait donné quelques indices : un accouchement brutal,  sauvage, dans ce qui paraît être une grande solitude…


A partir d’un fait divers réel, en 2023, Mathilde Beaussault construit une fiction qui permet de se un certain nombre de questions. 


On découvre la détresse d’une jeune fille, Monroe, pas encore majeure, à quelques mois près. Sa mère choisit immédiatement de l’éloigner et c’est une sorte de lune de miel lors de ce parcours calamiteux, puisqu’elle va passer une partie de sa grossesse avec sa grand-mère, dans un univers chaleureux et entourée de beaucoup d’affection et d’attention. Malheureusement, d’autres événements viendront interrompre ce répit.



Les personnages ne sont pas manichéens, la grand-mère et la mère sont elles-même prisonnières  d’un milieu  et héritières d’une éducation qui n’avait pas de base solide ni de but vertueux avoué.




On comprend rapidement le lien entre la jeune fille et le bébé mais l’intrigue révélera peu à peu qui est responsable de quoi, et c’est une affaire bien plus complexe que ce qu’on pouvait supposer. De quoi faire cogiter le commissariat de police du boulevard de Bulgarie à Rennes, qui ne croit pas trop à la version de la mère de Monroe : 


« Son chien a bouffé le corbeau qu'elle a ramené du rocher. Je lui avais dit de ne pas rapporter ça, mais Monroe, elle en fait qu'à sa tête. Elle vous regarde de haut comme si elle était meilleure que vous. Résultat des courses, elle était enceinte et elle a jeté son gosse à la poubelle. »


Ce roman me touche à plus d’un titre, mais en premier lieu par ce je connais plutôt bien le cadre de l’intrigue pour avoir travailler environ trente ans dans les locaux de la maternité de l’hôpital sud où déroule une partie de l’action. (Comment résister à l’envie d’identifier les personnages !…)


Mais j’admire aussi l’art de créer de la fiction, et une fiction bien ficelée, crédible, et ensorcelante. Sans parler des dialogues, plus vrais que vrais, on a l’impression d’assister en live à l’interrogatoire du diable de cette affaire


Un deuxième roman qui confirme le talent détecté lors de la parution du premier roman de l’autrice Les Saules


Merci à Babelio et aux éditions du Seuil


336 pages Seuil 6 mars 2026

 Masse critique Babelio 






Évidemment, il y en a qui vont cracher sur ces gens-là. C'est plus facile d'incriminer l'étranger, c'est une vieille rengaine. On la connaît par cœur et elle est chantée par de plus en plus de monde. Même par ici.





« La force de Monroe se liquéfie. Elle lâche le couteau, la lame froide réveille sa cuisse paralysée. La main de sa mère recule en caressant la couverture brune. Son serpent tatoué sur l'index s'efface. Monroe ferme les yeux. Elle cherche une issue que son corps exsangue ne parvient pas à trouver.


 

Mathilde Beaussault


Née en 1982, Mathilde Beaussault est une enseignante et écrivaine française.

Fille d'agriculteurs, elle a trouvé dans ses origines la matière de son premier roman, Les Saules. 


Inventaire de la basse période ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Charles Dantzig 











Un livre à picorer, à ouvrir au hasard, ou à éplucher systématiquement dans l’ordre : tout est permis avec cet ouvrage de Charles Dantzig. Mais parcourir l’intégralité quelle que soit la méthode permettra d’en ressentir la profondeur et de comprendre le regard plutôt désespéré sur notre époque. Malheureusement, on ne peut attribuer cette amertume à un quelconque trouble de l’humeur de l’auteur : il suffit de jeter un coup d’oui sur les unes de nos journaux où écouter les flashs infos radiophoniques pour être convaincu de la piètre atmosphère ambiante.


Chaque jour apporte son lot de preuves accablantes de l’absurdité de l’histoire. De notre époque. Loin de la satyre de son roman Rototo 1er, l’auteur puise dans l’actualité les racines de sa réflexion et y démontre à la fois la connaissance qu’il a de l’actualité et la capacité d’analyse -, parfois un peu décalée et c’est là qu’elle est la meilleure 



"L'injure institutionnalisée, l'abandon du droit au profit de la force, la destruction de toute culture, la course à l'obéissance, un narcissisme féroce." 


Alors pourquoi ajouter de la tristesse à la morosité ? Pace que derrière ces formules audacieuses, ou simplement élégantes, il y a la littérature et sa beauté. De quoi nous émerveiller encore et se laisser bercer par les mots dont lucidité nous atteint pour une épiphanie renouvelée page après page. Mais aussi parce que la lutte contre la tyrannie passe par l’écriture et la lecture,  (pourquoi en interdit-on l’accès partout où la démocratie agonise ?)


A l’opposé d’un dictionnaire amoureux, cet essai penche du côté de l’exécration, du désespoir, de la désillusion à propos de notre humanité. Malgré tout il reste la lutte avec les armes que l’on connait, sans baisser les bras : 


"Le désabusement est la posture du fasciste embusqué." 


Un tel inventaire est une sorte d’arrêt sur image de notre époque, mais montre bien la constance du comportement humain depuis des temps immémoriaux, depuis que l’humanité a compris l’importance d’un gouvernement, que la soif du pouvoir a souvent déposé dans des mains incapables et destructrices !



Merci à Netgalley et aux éditions Grasset 


244 pages Grasset 7 janvier 2026

#Inventairedelabassepériode #NetGalleyFrance






Les écrivains sont des gens un peu archaïques qui barbouillent des mots sur des pages comme nos braves ancêtres dessinaient des taureaux sur les parois des grottes, il reste les taureaux et pas les assassins."


*


"L'injure institutionnalisée, l'abandon du droit au profit de la force, la destruction de toute culture, la course à l'obéissance, un narcissisme féroce." 


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"Le désabusement est la posture du fasciste embusqué." 


Charles Dantzig

Né en 1961, Charles Dantzig est un écrivain français. 


 

Voir venir ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Lucie Novat











Un lieu original, riche de symboles, tient lieu de décor pour ce premier roman. Nous sommes immergés au coeur d’une maison d’éducation de la Légion d’honneur ouverte aux filles, petites-filles et arrière-petites filles des décorés français et étrangers de l'ordre de la Légion d'honneur, de la Médaille militaire et de l'ordre national du Mérite. Etablissement d’ élite, fonctionnant à l’ancienne, pas de mixité, uniforme et discipline sans concession. 

En poussant les portes du lycée, dont on apprendra l’histoire, on retrouve Vanessa, qui malgré une scolarité chaotique a intégré une fac et participe au financement de ses études en assurant des heures de surveillance dans l’établissement. Très proche des élèves, elle tente de soutenir le moral de ces ados qui en ont parfois lourd sur le coeur. 



On suivra le parcours singulier de quatre pensionnaires, jusqu’à un drame qui secoue le train de vie en apparence contrôlé des jeunes filles. 

La raison qui leur a ouvert les portes de ce lycée, c’est la question à ne pas poser. La médaille d’honneur repose parfois dans un écrin imbibé de sang versé.



Dans un style travaillé, nécessitant parfois une attention soutenue pour comprendre ce que l’on lit, Lucie Novat nous livre un roman à la fois captivant et abrupt. Des conversations adolescentes utilisant la dernière mouture inventive en terme de dialogue, à la description lyrique de l’histoire des lieux, le lecteur est entrainé dans un tourbillon de sentiments et d’émotions, en montagnes russes, tant pour la vitesse que pour les variations de niveaux !


En témoignent ces deux passages : 


« Bon. Tu vois un atome ? OK tu vois pas. Un atome, c'est le truc le plus riquiqui que tu puisses trouver dans ce monde, et c'est ce qui compose absolument toute la matière. Genre tu prends un caillou, tu coupes, t'as du sable, tu coupes t’as des molécules, tu coupes t’as des atomes. Même chose pour tout : les requins, les vélos, les mamans, les champignons, tu coupes, tu coupes, jusqu'à ce que tu peux plus couper, ce que t'es arrivée aux atomes. Ça s'appelle la matière. D’accord ? »


« Il se tient sur une place ouverte à tous les vents. Ces pierres épousent la basilique où sont les tombeaux des rois, des reines. Si l'on n'y prête pas attention, on pourrait le confondre, le manquer. On pourrait croire, si on se laisse distraire par la splendeur de l'église–sa flèche au milieu de la ville – que ce long mur aveugle, partant vers le sud n'est qu'une dépendance, un enclos pour les moines, bien que l'on sache , au fond, si l'on fait l'effort d'y penser que les moines sont partis depuis des siècles. Ce qui pourrait nous échapper également, c'est qu'aujourd'hui, et depuis longtemps déjà – on devrait le savoir, c'est une vieille histoire – celle qui vivent ici sont des jeunes filles qu'on a déposées là pour tout autre chose que la prière. »




Il en ressort un charme certain, et l’impression de découvrir une plume qui devrait compter dans les années qui viennent. 


Merci à Netgalley et aux éditions du Sous-sol



171 pages Sous-sol 5 mars 2025

#VoirVenir #NetGalleyFrance








« Bon. Tu vois un atome ? OK tu vois pas. Un atome, c'est le truc le plus riquiqui que tu puisses trouver dans ce monde, et c'est ce qui compose absolument toute la matière. Genre tu prends un caillou, tu coupes, t'as du sable, tu coupes t’as des molécules, tu coupes t’as des atomes. Même chose pour tout : les requins, les vélos, les mamans, les champignons, tu coupes, tu coupes, jusqu'à ce que tu peux plus couper, ce que t'es arrivée aux atomes. Ça s'appelle la matière. D’accord ? »


*


« Il se tient sur une place ouverte à tous les vents. Ces pierres épousent la basilique où sont les tombeaux des rois, des reines. Si l'on n'y prête pas attention, on pourrait le confondre, le manquer. On pourrait croire, si on se laisse distraire par la splendeur de l'église–sa flèche au milieu de la ville – que ce long mur aveugle, partant vers le sud n'est qu'une dépendance, un enclos pour les moines, bien que l'on sache , au fond, si l'on fait l'effort d'y penser que les moines sont partis depuis des siècles. Ce qui pourrait nous échapper également, c'est qu'aujourd'hui, et depuis longtemps déjà – on devrait le savoir, c'est une vieille histoire – celle qui vivent ici sont des jeunes filles qu'on a déposées là pour tout autre chose que la prière. »



Lucile Novat


Née en 1991, Lucile Novat enseigne les lettres dans un collège de Seine-Saint-Denis.

Son travail littéraire est imprégné de tératologie, de pop culture et d’une petite envie de révolution. 


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