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La mélodie des fous ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Yoann Faure 











Lorsqu’Émilie Martin se présente chez William Burton, un écrivain suffisamment célèbre pour vivre largement de sa plume, elle postule pour être son infirmière. L’homme est cloué dans un fauteuil pour un handicap dont on apprendra plus tard l’origine. Ellie la joue à l’envers, lorsqu’elle déclare ne pas avoir encore décider si elle acceptait la tâche. Une joute verbale prend place entre les deux personnages, chacun prenant son tour pour proposer à l’autre un récit, qui nous permet de lever peu à peu le voile sur leur histoire . Jeu de dupes, pour lequel on ne sait pas qui manipule l’autre …

Cet échange est interrompu par des confidences issues de trois jeunes femmes dont les destins se croisent ou se mêlent avec un flou subtil , et côtoient l’univers de a folie, ses limites floues et sa subjectivité  : 


« Ce qu'ils nomment folie n'est rien d'autre que la largesse de nos âmes qui ne rentre pas dans le cadre qu'ils ont créé, un corset au bord tranchant qui fait saigner nos corps, une boîte trop petite qu'ils  appellent normalité. »




Ajoutons l’énigmatique enquêteur Bernachot, celui qui occupe un réduit, le « bureau des crimes déraisonnables » dont l’accès est rendu difficile par une porte d’ascenseur qui ne s’ouvre pas totalement mais l’homme est doté d’un esprit d’observation qui lui permet de résoudre des affaires  laissées sans réponse,



« Pour Bernachot, savoir mener une enquête, c'est se montrer virtuose. Il ne faut pas seulement percevoir les dissonances et les contretemps, mais aussi être capable de réécrire la mesure, d'harmoniser les temps et de retrouver les bonnes notes. »



C’est donc une partition subtile, à la mélodie perturbante, au rythme variable, qui se déroule sous nos yeux au fil des pages. Les fous ne sont pas forcément ceux que l’on imagine, et le suspens est laissé intact jusque’à la coda, qui se dévoile en un feu d’artifice éblouissant !



Un excellent thriller, qui ménage ses effets, et nous entraine dans un tourbillon où le génie et la folie dansent une valse macabre. 


288 pages Gros caillou 5 mars 2026

#LaMélodiedesfous #NetGalleyFrance 







 

« Ce qu'ils nomment folie n'est rien d'autre que la largesse de nos âmes qui ne rentre pas dans le cadre qu'ils ont créé, un corset au bord tranchant qui fait saigner nos corps, une boîte trop petite qu'ils  appellent normalité. »



« Pour Bernachot, savoir mener une enquête, c'est se montrer virtuose. Il ne faut pas seulement percevoir les dissonances et les contretemps, mais aussi être capable de réécrire la mesure, d'harmoniser les temps et de retrouver les bonnes notes. »


Yoann Faure


Installé à Lyon, père de trois enfants, Yoann Faure partage son temps entre l’écriture, la mise en scène et sa vie de famille. 


Auteur de théâtre et romancier, il intervient également dans le conseil et l’accompagnement de projets scénographiques.


Une ville silencieuse ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Samuel W Gailey 











« Leurs cris lugubres, s’insinuaient aux confins de ses rêves agités que l'alcool embrumait . Rauques et incessants, leurs craillements éveillaient  une lente crispation  d’effroi – en particulier aux premières lueurs de l'aube, lorsque tout se mouvait  au ralenti dans l’éclat naissant du jour à l’horizon."




Nous sommes en 1988, en Pennsylvanie. La petite ville de Black Wallnut, à l’instar de tant d’autres cités américaines, vit au rythme de ses traditions et de ses excès. Le jour du vendredi saint, Le pasteur Cap découvre un cadavre près de sa maison. Le noir des corbeaux , le blanc de la neige et le sang de la victime composent un tableau macabre, issu d’un ensemble de faits que nous serons invités à découvrir en remontant le temps d’une quinzaine de jours . 

En effet 15 jours avant Pâques, Cap avait accueilli chez lui une jeune femme en état de choc. Elle est sourde et muette et semble porter un lourd secret. Ce que nous, lecteurs, découvrirons avant les habitant Black Wallnut .


Autour de la jeune femme se cristallisent des rivalités anciennes, et des secrets inavoués. Et qui mieux qu’une étrangère pour venir le point de convergence de toutes les haines accumulées ? 


On fera ainsi connaissance avec plusieurs couples, mal assortis ou saccagés par le quotidien et les vieux démons. Le pasteur Cap est au centre de cette histoire, avec ses tourments et son secret, et la lourde tâche d’apaiser les esprits échauffés par les événements récents. Entres les doutes qui l’assaillent et l’alcool qui masque pour un temps ses angoisses, ses nuits sont agitées 


"Il roula sur le flanc et enfouit sa tête sous la couverture, afin d' étouffer les horribles bruits, en vain. Les corbeaux l'avaient escorté, franchissant avec lui, le passage entre sommeil et conscience : impossible, désormais, de faire demi-tour. "



On s’attache rapidement aux personnages, archétypes d’humains ordinaires, pris dans les rets de destins non choisis, de rêves abandonnés et de difficultés quotidiennes dans un contexte économique qui parvient si facilement à précariser la situation  de la classe moyenne. 


Il y sera question des plaies modernes de notre société, inceste, harcèlement, violences conjugales, engendrés par la frustration ou la folie..


Un roman remarquable, avec une intrigue solide, et des personnages dont l’humanité et les faiblesses nous interpellent, par ce qu’ils disent de notre monde.


Merci à Netgalley et aux éditions Buchet-Chastel. 




416 pages Buchet Chastel 5 mars 2026

#Unevillesilencieuse #NetGalleyFrance





 Leurs cris lugubres, s’insinuaient aux confins de ses rêves agités que l'alcool embrumait . Rauques et incessants, leurs craillements éveillaient , une lente crispation  d’effroi – en particulier aux premières lueurs de l'aube, lorsque tout se mouvait  au ralenti dans l’éclat naissant du jour à l’horizon. »



Il roula sur le flanc et enfouit sa tête sous la couverture, afin d' étouffer les horribles bruits, en vain. Les corbeaux l'avaient escorté, franchissant avec lui, le passage entre sommeil et conscience : impossible, désormais, de faire demi-tour.



Ce qu'elle avait naturellement considéré comme la vérité, n'était que mensonge. La normalité avait mutée, elle était devenue impensable.

Samuel W. Gailey



Samuel W. Gailey est un producteur et scénariste réputé.

Il a conçu des séries télévisées, entre autres pour la Fox et le Showtime, avant d’entamer sa carrière de romancier. Son expérience dans le cinéma se retrouve dans la force implacable de son récit, et dans son habileté à tenir en haleine ses lecteurs.


Seul le diamant est éternel ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Stéphane Jordans 











A la fin du 20è siècle, nous sommes conviés à de nombreux allers et retours entre Anvers, Paris et Mambovie, la capitale du Narumbie, une île au large des côtes de l’Afrique, colonie américaine fictive, où 


« une demi-douzaine de clans tribaux  et de factions politiques armées, incontrôlables, se disputent le pouvoir au prix d'horreurs,

 d'un autre âge, indescriptibles, dans le but, notamment de contrôler des mines de diamants du nord-est du pays"


Dans ce décor de guerre civile, un coup d’état destitue le président Georges Daniel, l’homme est massacré en place publique. Une toute jeune reporter, Axelle Devienne, bien que traumatisée par ce qu’elle a vu en tirera un article qui lui vaudra une reconnaissance immédiate et prolongée parmi ses pairs. Pourtant, les images sanglantes hanteront ses nuits pendant des années. Son histoire personnelle sera mêlée à celle de ce pays, pour le meilleur et pour le pire.


Dans ce pays miné par la guerre, on n’hésite pas à recruter jeune. Les enfants sont enlevés dans leur village et « formés » à tuer, affamés, drogués, devenant des bêtes de guerre. Et cela dès l’âge de six ans. On suivra le destin de Camilla, enrôlée de force avec son amie Tara. Ce sont les pages les plus difficiles à lire de ce roman, pour leur cruauté. 


« Esteban n’avouera jamais qu'il a été enlevé avec d'autres à la sortie de l'école, qu'il a été enrôlé de force, qu'il a dû commettre des atrocités pour faire ses preuves, qu'il se drogue quotidiennement pour être performant. Non par honte, mais il n’en a tout simplement pas le droit. »


D’autres personnages sont mis en place, dont le diamantaire de La Chaussaye, avide de pierres, même si elles sont des diamants de sang, alimentant un commerce qui salit les mains.


Le roman s’ouvre avec un prologue où se produit l’assassinat d’un personnage que l’on identifiera plus tard. Mais d’autres meurtres auront lieu, révélant une affaire complexe à laquelle Saint Simon, depuis son bureau du quai des Orfèvres s’attellera, ignorant au départ des surprises qui l’attendent …


Si les pages consacrées aux enfants-soldats sont difficiles à lire, le mode opératoire de certains meurtres ne le sont pas moins. Il y est en effet question de cannibalisme ! Si cette pratique a fait partie des moeurs traditionnelles de nombreuses peuplades depuis que l’homme est apparu sur terre, et que des pratiques rituelles ont été attestés jusque dans les années 1950, elle est à présent tabou, et ne s’inscrit que dans le cadre de déviance psychopathologique. Dans ce roman, le but est clairement de désavouer l’odieux personnage à l’origine de tous les malheurs des autres !



On plonge aussi dans ces pages dans le monde autarcique des diamantaires, avec leurs pierres mythiques et pourvoyeuse de conflits sans fins. 

Le romane est facile à suivre car les situations sont explicitées avec beaucoup de détails et on a même accès aux pensées intimes des personnages, signalées en italique . 


Une enquête que l’on suit avec intérêt, à la fois pour la complexité des faits et les mobiles multiples qu’affichent les  personnages. Autant de suspects que de raisons de perpétrer les meurtres. 


Merci à l’autrice pour  sa confiance 



450 pages Librinova 24 décembre 2025

SP




« une demi-douzaine de clans tribaux  et de factions politiques armées, incontrôlables, se disputent le pouvoir au prix d'horreurs d'un autre âge, indescriptibles, dans le but, notamment de contrôler des mines de diamants du nord-est du pays"




 « Esteban ne avouera jamais qu'il a été enlevé avec d'autres à la sortie de l'école, qu'il a été enrôlé de force, qu'il a dû commettre des atrocités pour faire ses preuves, qu'il se drogue quotidiennement pour être performant. Non par honte, mais il n’en a tout simplement pas le droit. »




Stéphane Jordans est une autrice franco-suisse. De formation notariale, elle a commencé à écrire à l'âge de 16 ans pour participer à un concours sur les contes de Noël. Dépitée de n'avoir pas été choisie, elle a laissé tomber jusqu'à l'âge de 19 ans. À partir de là, elle a surtout écrit des histoires courtes sur des thèmes choisis. 


Ensuite, elle s'est lancée dans une saga familiale, dans des livres pour enfants et des nouvelles, dont une policière.


M comme meurtre ? ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Anthony Horowitz 











L’ombre de l’âme d’Agatha Christie plane sur ce roman, astucieux et addictif !


Le narrateur n’est autre que l’auteur, Anthony Horowitz, écrivain talentueux autant dans la vraie vie que dans cette fiction. Son protagoniste Hawthorne est une caricature synthétique du flic de polar moderne : désagréable, trainant derrière lui des casseroles personnelles et professionnelles, mais bigrement talentueux. Son secret : l’observation. A la manière d’un Sherlock Homes (Anthony sera t-il son docteur Watson ?) Le moindre détail est capté et destiné à faire sens dans l’intrigue qui déroule sous nos yeux ses chausse-trapes savamment insérées. 


Le départ de l’intrigue est le meurtre d’une dame qui s’était rendue une demi-heure plus tôt dans une entreprise funéraire avant de préparer ses propres obsèques. La coïncidence est troublante.  L’enquête révèlera de nombreuses zones d’ombre dans l’histoire familiale de la vieille dame , créant ainsi de multiples pistes à explorer. 


Pour titiller le lecteur, l’auteur n’hésite pas à jeter ça et là des bribes de fulgurances d’Hawthorne, sans que  l’on sache à quoi son observation le mène. C’est astucieux et très captivant pour les amateurs de Cluedo !


Mais le narrateur est un écrivain, et le roman nous fait part aussi de ses états d’âme d’auteur, avec beaucoup d’humour. A propos du  choix du titre d’un roman :




« Un titre doit être court, intelligent et éloquent, facile, à lire, facile à retenir et original. C'est beaucoup demander »


ou des réflexions sur les festivals littéraires : 


« C'est fou, le nombre de festivals littéraires qui fleurissent aux quatre coins du monde. Je connais d'ailleurs des écrivains qui n'écrivent plus une ligne ; ils passent leur temps à voyager d'un raout à l'autre. Je me suis souvent demandé comment j'aurais fait si j'étais bègue ou d'une timidité maladive. De nos jours, un auteur doit être capable de se mettre en scène, souvent devant des foules nombreuses. C'est presque comme du stand up : les questions ne changent jamais et vous finissez toujours pas répéter les mêmes blagues. »


Comme le narrateur est aussi impliqué dans la production cinématographique, nous avons l’immense chance de pouvoir côtoyer dans ces pages des géants du cinéma, Steven Spielberg et Peter Jackson, auteur de l’adaptation de Tintin.


Même si c’est facile, Anthony a l’art de camper des personnages juste en pointant d’infimes détails comme un tic de langage de la préposée au discours de la cérémonie des obsèques , dont l’effet est très comique et qui la rend immédiatement identifiable pour le lecteur !


En ce qui concerne ce que nous livre l’auteur de son propre personnage, on apprend qu’il est très sensible à la déco des logements qu’il arpente dans le cadre de l’enquête. Par ailleurs la rivalité teintée de jalousie vis à vis de Hawthorne crée une émulation et l’on assiste aux progrès de l’observation et du raisonnement de notre narrateur, si heureux lorsqu’il croit avoir devancer le flic déchu .


C’est donc un roman très agréable à lire, dans lequel on se sent bien, malgré  la violence du scénario de littérature noire. 


Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine 



352 pages Sonatine 5 mars 2026

Traduction Julie Sibony

TO The word is murder 

#Mcommemeurtre #NetGalleyFrance







Rétrospectivement, je regrette ma décision d'écrire ce livre à la première personne, puisque, du coup, il était évident que depuis le début, je n'allais pas mourir. C'est une convention littéraire : un narrateur à la première personne ne peut pas être tué,


*



C'est fou, le nombre de festivals littéraires qui fleurissent aux quatre coins du monde. Je connais d'ailleurs des écrivains qui n'écrivent plus une ligne ; il passe leur temps à voyager d'un raout à l'autre. Je me suis souvent demandé comment j'aurais fait si j'étais bègue ou d'une timidité maladives. De nos jours, un auteur doit être capable de se mettre en scène, souvent devant des foules, nombreuses. C'est presque comme du stand up : les questions ne changent jamais et vous finissez toujours pas répéter les mêmes blagues.


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« Un titre doit être court, intelligent et éloquent, facile, à lire, facile à retenir et original. C'est beaucoup demander »

Anthony Horowitz


Né en 1955, Anthony Horowitz est un écrivain de romans policiers pour la jeunesse, de fantastique et scénariste de feuilletons télévisés anglais, en particulier des adaptations de romans policiers d'Agatha Christie.







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