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La civilisation du commentaire ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Mara Goyet 











Un sujet bien actuel, qui nous plonge dans le coeur ardent de nos moyens de communication contemporains, pour le meilleur et pour le pire : il s’agit du commentaire, cette brève réponse à une invite, fut-elle commerciale ou ostentatoire, et qui en quelques mots peut déclencher une avalanche de haine gratuite. 


Une analyse fine de son fonctionnement, de son rôle et de ce qu’elle dit de notre société nous est proposée dans cet essai aussi interessant que drôle. Car la dérision et l’humour sont des armes redoutables et indispensables face à l’océan d’inepties que l’on risque de croiser si l’on se penche sur le phénomène.


Avec internet et les réseaux sociaux, ce moyen de s’exprimer, sans trop s’exposer (l’anonymat ou le pseudonyme sont des capes d’invisibilité qui incitent les plus timorés ou les moins courageux à laisser une trace discrète) est apparu comme une opportunité de clamer son existence : 


« Écoutons ses cris disparates dans la Babel des opinions : « J'existe », hurlent les humains au bord du précipice, « J'étais là. », « J'ai un avis sur les bouts des fourchettes. ». »


Ainsi de nombreux exemples , parfois récurrents, sont proposés au fil du récit. L’exemple des commentaires sur un modèle de fourchette en dit long sur la trivialité des sujets à propos desquels nous sommes sollicités : 


« Quand on nous demande de commenter notre expérience, à longueur de temps, pour tout, est à la fois un immense foutage de gueule et une perspective joyeuse : libre à nous de commenter à notre manière notre nouveau percolateur, d’écrire une ode à la capsule, d'insulter le réservoir d'eau ou de composer, comme Bach , une cantate du café »


Pourtant si l’on peut tomber sur des pépites , le plus souvent le commentaire est au mieux inutile , au pire décevant 


« Les commentaires sont des ultima verba permanents. Peu de bons mots, mais beaucoup de mots. »


Les relations du commentaires avec la politique ne sont pas négligées : quid de la démocratie ? L’espace circonscrit du commentaire est -il réellement une occasion d’exprimer son avis, de participer à la « vie de la cité »  ? 


« L'espace des commentaires est au cœur de ses interrogations, dans la mesure où il incarne une forme d'espoir civique ( d'égalité, d'accomplissement d'individuel, de possibilité d’action), suivi ede cruelles désillusions, assorties d'angoisse multiples. ».



Avec une écriture enlevée, spirituelle mais réfléchie, Mara Goyet nous propose un essai bien ancré dans notre actualité. Alors à l’issue de la lecture, que décide t-on : ignorer cette masse immense de glose le plus souvent peu digne d’intérêt ou se pencher sur le phénomène comme un éthologue au dessus d’une fourmilière ? Répondre systématiquement à ces demandes d’avis au moindre de nos achats ou services (le côté dangereux pour ceux qui en dépendent n’est pas abordé)  ou au contraire les destiner immédiatement à la poubelle ? 


A commenter ….


192 pages Gallimard 5 février 2026








La modestie apparente de l'exercice du commentaire ne doit donc pas dissimuler la profondeur des enjeux : commenter, donne à chacun la possibilité de laisser une trace et d'imprimer un peu le monde de sa singularité




Sans prétendre que tout le monde se surveille désormais en écrivant, il n’est donc pas impensable que l'aire du commentaire modifie notre manière d’écrire



Née en 1973, Mara Goyet  a grandi dans les beaux quartiers, fut élève en khâgne au lycée Fénelon pour devenir professeure d’histoire-géographie, et s’est retrouvée dans un collège "sensible" de Seine-Saint-Denis. Une expérience narrée dans un best-seller paru en 2003 dans "Collèges de France".


Chante Méchante ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Guillaume Sire











Chante méchante donne la parole à une femme qui vient d’apprendre qu’elle est atteint d’une maladie incurable. Léonie Dantin  est dans la phase de colère qui fait suite à ce genre d’annonce. Elle se proclame méchante et nous livre un tombereau de preuves de cette méchanceté. Tous les coups tordus qu’elle a pu infliger à son entourage, toutes les mesquineries, les trahisons…Le père de ses enfant n’a  pas pu être là à ce moment crucial. Elle décide de partir en ne révélant à personne sa destination. Nous saurons nous, lecteurs, qu’elle rejoint son ancien amant sur l’ile de Guernesey. 


La première impression quand on débute la lecture est débutante, tout est présenté comme s’il s’agissait d’une biographie attestée par la fille de Léonie Dantin, femme  fantasque dans la vie comme sur scène. Le doute est à son comble  lorsque les partenaires de l’actrice cités existent vraiment ! Une malice de l’auteur pour mieux nous entrainer dans les rouages complexes de l’intrigue (Pas de Léonie Dantin  dans les archives des moteurs de recherche ….) Pourtant Antoine Besançon, l’ex, a existé : il est mort en 1811 !


Le plus remarquable dans ce roman est la  puissance de cette écriture, qui nous faire croire et adhérer à tout, et qui incarne ce personnage avec une force sidérante. La violence du langage  et des propos est un reflet du séisme ressenti quand le verdict est tombé lors de la consultation. 

Une preuve aussi des talents de l’actrice, qui a toujours joué sa vie, aux confins de la folie, expression d’une souffrance profonde :   


« Les vrais coupables, ceux dont la nature est d'être coupable, apprennent dès le plus jeune âge à jouer les innocents. Ce jour-là, je l'ai compris. Ce jour-là j'ai décidé d'être comédienne. »


On ne peut qu’admirer la virtuosité de la prose : 


La pieuvre brosse mes reins. Elle gratte à la décolleuse le crépi de mon pénitencier. Les cellules ne sont plus éclairées. J'ai les nerfs en retard. Besançon marche vers des nuages blancs.


Magnifique !


Le talent de Guillaume n’est plus à confirmer, depuis La longue marche rouge, les romans très différents les uns des autres nous entrainent à chaque fois dans un univers dépeint avec brio !


Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Lévy 


147 pages Calmann-Lévy 19 août 2026

#ChanteMéchante #NetGalleyFrance 








Les vrais coupables, ceux dont la nature est d'être coupable, apprennent dès le plus jeune âge à jouer les innocents. Ce jour-là, je l'ai compris. Ce jour-là j'ai décidé d'être comédienne.

 



La pieuvre brosse mes reins. Elle gratte à la décolleuse le crépi de mon pénitencier. Les cellules ne sont plus éclairées. J'ai les nerfs en retard. Besançon marche vers des nuages blancs.


Guillaume sire est un auteur français né en 1985



Lire aussi 


Les grandes patries étranges 


La longue flamme rouge  Prix orange du livre 2020


Les contreforts 


Le plus bel été ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Elin Hilderbrand 











Nantucket, une île située près de Cap Cod, est un un paradis du tourisme de luxe, autrement dit "même pas en rêve" pour Coco, barmaid aux ambitions de scénariste, mais qui n’a pas la moindre idée de la façon d’accomplir sa destinée. C’est le hasard qui mettra sur son chemin Ben Richardson, producteur, qui vient d‘acheter une villa à 22 millions de dollars sur la fameuse île et propose à Coco de devenir sa « concierge personnelle », autrement dit de satisfaire la moindre velléité capricieuse de son épouse Leslee et de veiller au bon déroulement du quotidien de ce couple particulier .


Au même moment, Kacy, infirmière en réanimation néonatale, vient de rompre avec sa chef de service, qui n’en finit pas de mettre un terme à son projet de mariage avec un médecin du même hôpital. Kacy, qui vient soigner son chagrin d’amour dans sa famille,  et Coco deviendront amies  au premier coup deuil lors du trajet pour Nantucket .


Tout tourne autour de l’exubérance du couple Harrisson, à qui l’argent leur brule les doigts, dépensant des fortunes avec une inconscience qui laisse sans voix. Pour eux qui ont acheté une maison dont l’avenir à moyen terme est de finir sous les eaux, aucune once d’un début de prise de conscience des enjeux climatiques de notre époque (je ne regarderai plus jamais les citrons italiens de la  même façon !)


Le roman se dévore, tant on est sidéré par l’extravagance de Mme Richardson, qui donne des fêtes somptueuses avec l’ambition de se faire accepter et d’éclipser tout ce qui compte sur l’île.


Mais une autre raison de développer une addiction à cette lecture est le drame qui survient avec la disparition de Coco …



Un roman qui se lit tout seul, sans une minute d’ennui, sans regarder le numéro des pages, d’autant que bien d’autres histoires se greffent sur le fil principal …


Un parfait roman d’été, pour son ambiance, et l’extravagance des personnages ….et un certain art de mettre l’eau à la bouche tant les repas que ce soit au restaurant ou dans les fêtes démesurées de Leslee, sont énumérés et détaillés!


Merci aux éditions Les Escales et à Netgalley 


432 pages Les Escales 11 juin 2026

Traduction : Alice Delambre 

TO Swan song 

#LePlusBelEté #NetGalleyFrance




Elin Hilderbrand


Née en 1969, Elin Hilderbrand est une romancière étasunienne autrice de nombreux romans d'amour. 

Elle a enseigné l'écriture créative à l'Iowa Writers' Workshop de l'université de l'Iowa.

Puis en 1993, elle déménage sur l'île de Nantucket, au Massachusetts.



Lequel de ces dix suspects est le coupable ? ⭐️⭐️⭐️⭐️

Benjamin Stevenson  












Aucune surprise quand on a déjà fréquenté l’univers littéraire de Benjamin Stevenson : nous sommes bien dans un roman policer à énigmes, pur héritage de la star du genre, la grande Agatha Christie. De nombreux indices seront proposés au lecteur, soigneusement choisi par le narrateur, qui se réserve les plus pertinents pour le twist final. Autrement dit, il y a peu de chance qu’un lecteur même très perspicace se sorte tout seul de ce labyrinthe complexe.


Nous passerons l’intrigue dans une banque, à Huxley, une petite ville qui a connu une ère prospère du temps  des chercheurs d’or, avec un afflux d’une population attirée par ce qui brille : 


« Tous ces nouveaux habitants avaient besoin de services. Un docteur, puis, assez rapidement, en raison de la qualité des soins médicaux, un croque-mort. »





avec une dizaine de personnages venus là pour de bonnes raisons, et que nous découvrirons tous coupables à divers degrés et pour des motifs variés. 


En revanche, l’originalité de ce roman est la posture du narrateur, entravé au delà du raisonnable : il est en effet enfermé à l’intérieur d’un coffre fort, à l’insu des autres personnages, et seul détenteur du code pour ouvrir la satanée boite ! C’est inconfortablement installé dans cette prison non homologuée qu’il nous confie sa crainte de mourir bientôt, et qu’il rédige ses observations autant sur sa vie personnelle et amoureuse que sur l’affaire en cours. (Il a sans doute un gros carnet pour pouvoir se livrer autant !).



Beaucoup d’humour, dans les dialogues, dans les situations ce qui donne un ton de cosy mystery à l’ensemble.


"Il y a quelque chose dans les portefeuilles à scratch qui dénote toujours une certaine précarité financière ; c'est comme participer autour de France avec un vélo à petites roues"


"Si vous souhaitez un jour, obtenir une preuve concrète de la théorie de la relativité d'Einstein, essayez de régler un achat par carte sans être certain d'avoir assez d'argent sur votre compte, ou d'ouvrir la chambre forte d'une banque en saisissant un code dont vous n'êtes pas sûr : la demi seconde qui sépare le dernier big du succès ou de l'échec s'étend à l'infini. Et c'est encore pire si vous avez un public."


En revanche, c’est un peu long. De quoi se perdre et perdre le cours du raisonnement, pour peu qu’on est encore l’illusion de résoudre le fin mot de l’histoire de l’histoire. Une centaine de pages en trop qui finit par faire émerger l’envie d’en finir au plus vite.



Merci à Netgalley et aux éditions Sonatine 


448 pages Sonatine 4 juin 2026

Traducteur : Cindy Colin Kapen

TO : Everyone in this bank is a thief 

#Lequeldecesdixsuspectsestlecoupable #NetGalleyFrance







Tous ces nouveaux habitants avaient besoin de services. Un docteur, puis, assez rapidement, en raison de la qualité des soins médicaux, un croque-mort.


*


Il y a quelque chose dans les portefeuilles à scratch qui dénote toujours une certaine précarité financière ; c'est comme participer autour de France avec un vélo à petites roues.



 *


Si vous souhaitez un jour, obtenir une preuve concrète de la théorie de la relativité d'Einstein, essayez de régler un achat par carte sans être certain d'avoir assez d'argent sur votre compte, ou d'ouvrir la chambre forte d'une banque en saisissant un code dont vous n'êtes pas sûre : la mi seconde qui sépare le dernier bi du succès ou de l'échec s'étend à l'infini. Et c'est encore pire si vous avez un public.

Benjamin Stevenson



Né en Australie, Benjamin Stevenson est stand-upper et romancier. 


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