mercredi 27 mai 2020

Les coeurs imparfaits

Gaëlle Pingault






  • Broché : 324 pages
  • Editeur : Eyrolles (19 mars 2020)
  • Collection : Aparté










Ils m’ont immédiatement séduite ces personnages qui gravitent autour de Rose, la mère de Barbara, qui perd peu à peu le fil de sa vie dans un EPHAD qui fonctionne à flux tendu, dans une ambiance d’économie de moyens qui lamine les meilleures volontés. 

Barbara est convoquée par le chef de service, Charles, qui a opté pour une fin de carrière moins glorieuse que ne l’a été son parcours précédent, où il était un neurologue réputé. Le professeur Bordier souhaite en effet aborder avec Barbara la difficile question de la tutelle pour Rose. C’est avec un peu de surprise qu’il se prend en pleine face un genre de « Allez vous faire foutre, ma mère je m’en balance! »

Au bal de cette petite communauté est aussi invitée Lise, , qui se consacre corps et âme au bien-être de ses patients et en crève de dépit de ne pouvoir prendre le temps de ces échanges gratifiants pour elle ô combien utile pour chasser pour un instant la solitude des résidents.

Et puis menant la danse, Barbara, une prof de lettres adulée par ses étudiants, affichant tous les stigmates de la réussite. Et pourtant…


C’est grâce à ces personnages profondément humains dans leur forces et leurs faiblesses, que se construit l’histoire, faite de mains tendues, prises ou refusées, avec au bout du compte de nouvelles alliances et et des plaies en voie de guérison. 

J’ai déjà ressenti des émotions livresques identiques avec Ensemble c’est tout d’Anna Gavalda, que j’avais beaucoup aimé. 

Et la crainte de devoir sortir un mouchoir à la fin ne s’est pas réalisée. Merci Gaëlle Pingault!




Ils se sont salués sur le parking. Ils ont été maladroits, presque cocasses. Ils ne sont pas amis, mais ils ne sont plus de simples interlocuteurs, désormais. Ils ont découvert que ça pouvait devenir étrange , la manière de se dire bonjour ou au revoir, quand on ne cerne pas avec précision de ce que l’on représente l’un pour l’autre







Bretonne d'origine, Gaëlle Pingault est orthophoniste et écrit depuis une dizaine années, des romans essentiellement mais aussi de la poésie. 




dimanche 24 mai 2020

La lente marche du cataclysme

A. J. Woodwind







  • Broché : 572 pages
  • Editeur : Independently published (13 février 2019)
  • Langue : Français








Tout est réuni pour que la recette fonctionne. Un espace très élargi au delà d’entre univers terrestre étriqué, sans que soit précisé l’envergure et la localisation de ces empires lointains et tyranniques, des personnages dont les pouvoirs relèvent autant de la science que de la magie, un enjeu fondamental, lutter contre la dictature gloutonne qui n’a de cesse de dominer tout ce qui est dominante..

L’histoire commence dans une forêt dont les habitants logent dans la canopée, fuyant le cataclysme depuis la nuit des temps. La sentinelle Wao découvre la présence d’un intrus qui n’hésite pas à s’installer au sol. La rencontre de Mai et de Xao bouleverse l’ordre établi pour le meilleur et pour le pire. 

C’est bien plus tard que l’on retrouve Mai, alors que la  lutte contre l’empire Ferri est violente et illusoire. Les hérétiques subissent des épreuves atrocement douloureuses tandis que la jeune femme si vieille tente de retrouver sa mémoire effacée. 


C’est un roman qui réjouira les amateurs du genre. Mais voilà, c’est un peu trop space opéra pour moi, et dans le domaine de la science fiction , mes goûts  vont plus vers l’anticipation pas trop lointaine et dénuée de super-pouvoirs, avec des repères spatio-temporels qui font écho aux limites de ma logique. 
J’ai du lire bien des chapitres avec une passivité de compréhension , m’accrochant aux épisodes d’action, et à la recherche d’une symbolique qui me parlerait. 

J’en suis désolée, car l’auteur m’a gentiment proposé la découverte de ce roman, et j’aurais aimer pouvoir lui attribuer les cinq étoiles qu’il mérite surement. C’est juste que cela ne correspond pas à ce que je recherche dans la SF.

Il n’empêche que le style de l’écriture est agréable et adapté au récit et que l’auteur fait preuve d’un vrai don de narration et d’imagination. D'autre part, e ne m'y suis pas ennuyée puisque je ne me suis pas rendu compte dans cette version numérique que l'ouvrage comptait presque 600 pages...

Challenge pavés Babelio 2020



La dégénérescence des tribus pouvait être en grande partie imputée aux polluants remontés par les végétaux et accumulés durant des siècles par les indigènes qui les consommaient. ils avaient engendrés maladies et mutations dans un contexte de consanguinité qui avaient mené à la folie meurtrière des peuplades entières. La végétation était devenue moins toxique avec les siècles mais le mal était fait. 

*

Tout système repose sur un socle. Les empires féodaux reposaient sur l'argent, les démocraties sur les promesses, les tyrannies sur la peur. Ferri reposait sur le mensonge.






vendredi 22 mai 2020

Pourquoi le saut des baleines

Nicolas Cavaillès








  • Broché : 72 pages
  • Editeur : Du Sonneur (19 mars 2015)
  • Collection : La grande collection
  • Existe en version numérique












La question est  :  pourquoi Pourquoi le saut des baleines? Non ce n’est pas une erreur de frappe!

Dans ce court essai aussi philosophique qu’écologique, le scientifique n’est pas oublié ; Il y a fort à parier que la lecture constituera pour nombre de lecteurs une découverte du monde des cétacés, grâce à l’érudition de son auteur. Mais derrière ces déclinaisons qui cataloguent  toutes les espèces  de baleines et des supputations concernant leur conduite spectaculaire qui nous permet de les apercevoir  hors de l’eau, selon des figures caractéristiques de l’espèce, se cache un autre propos. 

Le pourquoi semble bien reprendre ce tic enfantin qui représente une étape dans le développement. Question qui attend à peine une réponse. L’anthropomorphisme assumé de l’auteur lui permet de reprendre  à son compte les questions fondamentales. Qu’est-ce que le bonheur? La vie vaut-elle la peine d’être vécue? 


Alors le saut des baleines? Hasard ou nécessité.



Tel Orphée se tournant vers Eurydice, l’humain perd ce dont il s’enquiert, il dénature ce qu’il veut connaître. Heureux celui qui contemple un ciel étoilé, sans y distinguer de constellations prédéfinies , heureux celui qui traverse un paysage que ne défraichissent aucune abstraction linguistique ou culturelle, heureux et sage celui qui vogue sur une mer anonyme







Nicolas Cavaillès est né en 1981. Il est traducteur et directeur de la maison d'édition Hochroth-Paris, consacrée à la poésie.



jeudi 21 mai 2020

Le Rêve

Emile Zola








  • Poche : 216 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche (30 novembre 2003)
  • Collection : Classiques
  • Existe en version numérique (Bibebooks)












C’est à la passion, mystique ou amoureuse que Zola consacre cet opus de la série des Rougon-Macquart. incarnée par la jeune Angélique, c’est une enfant abandonnée (elle est la fille de Sidonie Rougon) et recueillie par Hubert et Hubertine, un couple qui a lui aussi préféré la passion à la raison et a ressenti comme un châtiment le décès de leur fille unique.

Angélique, tout en apprenant son métier de brodeuse, s’enflamme en secret pour les figures légendaires qui font le décor de la religion chrétienne. Elle se nourrit des légendes contant la vie de martyre des vierges qui ornent la cathédrale avoisinant la maison où elle vit. Jusqu’au jour où une ombre entrevue à son balcon éveille son émoi, et se substitue à ses héros mystiques.
Amoureuse du jeune homme, qui se dit ouvrier verrier, elle en oublie pour un temps les illusions qui la berçaient et lui faisaient entrevoir un avenir de princesse de conte de fées.  

Le roman en possède les codes, la jeune fille pauvre, recueillie par un couple sans enfant, rêvant d’un avenir fastueux auprès d’un prince charmant. Zola casse cependant le mythe par une fin qui ne reprend pas la formule : « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

Dans ces derniers tomes, qui mettent en scène les héritiers de la génération fondatrice, à chaque fois, le personnage principal s'interroge sur son hérédité et Angélique n'échappe pas à la règle : 



"Elle l'entendait gronder au fond d'elle, le démon du mal héréditaire. Qui sait ce qu'elle serait devenue, dans le sol natal? Une mauvaise fille sans doute ;  tandis qu'elle grandissait en santé nouvelle, à chaque saison, dans ce coin béni. N'était-ce pas la grâce, ce milieu fait des contes qu'elle savait par coeur, de la foi qu'elle y avait bue, de l'au-delà mystique où elle baignait, ce milieu de l'invisible où le miracle lui semblait naturel, de niveau avec son existence quotidienne."


La religion est au coeur du roman , à travers la dévotion des personnages, des figures du curé et de l’évêque, des processions et de la remise des légendes des premiers chrétiens. (L’énumération des vierges et de leurs destinées peut être un peu lassante, mais quand Zola s’empare d’un thème, il le décline jusqu’à plus soif!)

On entrevoit aussi l’univers des brodeurs, un métier artistique exigeant, que la jeune Angélique s’approprie avec talent et abnégation. 


Un opus qui se distingue des précédents par sa brièveté , à peine deux cent pages.  Ce qui est suffisant. 




Elle l'entendait gronder au fond d'elle, le démon du mal héréditaire. Qui sait ce qu'elle serait devenue, dans le sol natal? Une mauvaise fille sans doute ;  tandis qu'elle grandissait en santé nouvelle, à chaque saison, dans ce coin béni. N'était-ce pas la grâce, ce milieu fait des contes qu'elle savait par coeur, de la foi qu'elle y avait bue, de l'au-delà mystique où elle baignait, ce milieu de l'invisible où le miracle lui semblait naturel, de niveau avec son existence quotidienne.

*

Nous irons toujours, toujours, bercés, endormis aux bras l'un de l'autre, comme enfouis sous un duvet, sans craindre les fraîcheurs de la nuit ; et, quand le jour se lèvera, nous continuerons dans le soleil, encore, encore plus loin, jusqu'à ce que nous soyons arrivés au pays où l'on est heureux...Personne ne nous connaîtra, nous vivrons cachés au fond de quelque grand jardin, n'ayant d'autre soin que de nous aimer davantage, à chaque journée nouvelle. Ils aura là des fleurs grandes comme des arbres, des fruits plus doux que le miel. Et nous vivrons de rien, au milieu de cet éternel printemps, nous vivrons de nos baisers, ma chère âme.







dimanche 17 mai 2020

Lonesome dove 1 et 2

Larry McMurtry







  • Tome 1  568 pages
  • Tome 2 608 pages
  • Editeur : Editions Gallmeister (3 février 2011)
  • Collection : Totem
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Richard Crevier

















Avant de commencer, que les choses soient claires, je ne suis pas du tout fan de western. A part le mythique Il Etait une fois dans l’Ouest, ce genre ne m’attire pas le moins du monde.

Et là, avec le capitaine Call et Augustus, j’ai crevé de chaud et de soif, j’ai passé des nuits sous l’orage et ressenti la douleur quand les grêlons les ont quasi assommés, j’ai aussi éprouvé de la joie quand  une chevauchée se terminait bien, et j’ai beaucoup ri aux pitreries parfois involontaires des jeunots de la bande ou du cuisinier un peu fou. Et c’est tout cela qui font de Lonesome dove, un village qui ne vit qu’avec des échoppes de première nécessité : un barbier et un saloon qui, outre un pianiste autodidacte, offre aux cowboys esseulés  services tarifés d ‘une jeune femme qui occupera une place centrale dans l’histoire.

Et l’histoire, c’est ce voyage du Texas au Montana, avec l’intention de vérifier que l’herbe est plus verte là-bas, quitte à rencontrer sur son chemin des hors-la-loi dénués de toute humanité ou des indiens, ceux que l’armée n’a pas décimés, le plus souvent pacifiques et démunis, parfois très agressifs.

C’est magique. Le charme opère de suite, dès la présentation des premiers personnages. Et de vivre ce quotidien qui est une permanente lutte pour survivre est passionnant. 

Le voyage est long, il est dangereux, et il y aura bien sûr quelques larmes lorsque l’on devra se séparer de certains personnages. Mais on ne boudera pas son plaisir de voir disparaitre d’infâmes  bandits aussi bêtes que méchants.


Aucun répit dans ce récit qui alterne adroitement les épisodes,, profitant de la séparation temporaire de l’équipe. Arrivée à la fin d’un chapitre et décidée à stopper  pour un moment la lecture, on se rend compte que le chapitre suivant reprend une histoire que l’on avait quittée quelques dizaines de pages plutôt : et ça repart pour une heure…



C’est un coup de coeur et un roman que me hantera longtemps.


Qu'est-ce que vous en faites de ces insectes? demanda Joe qui se disait que c'était décidément l'homme le plus étrange qu'il lui eut été donné de rencontrer. 
-Je les étudie, répondit l'homme
Joe ne sut pas trop quoi répondre. Que pouvait-il bien étudier dans un insecte?  Soit il vous bouffait, soit il ne vous bouffait pas .

*

Oui, mais un type qui se donne la peine de prendre une épouse a généralement pas envie de partir en la laissant derrière lui, lui avait souligné Augustus. Sinon, il doit faire toutes les tâches ménagères lui-même. En plus, sans une femme à portée de main, tu risques pas d'avoir d'enfants, et les enfants c'st une source formidable de main-d'oeuvre gratuite. ils coûtent sacrément moins chers que les esclaves 








Larry McMurtry est un romancier, essayiste et scénariste américain. Il obtient le Prix Pulitzer de la Fiction en 1986 pour "Lonesome Dove" (1985), le premier tome d'une suite romanesque de western, qui inspira cinq mini-séries télévisées et deux séries par la suite.

vendredi 15 mai 2020

Cinq cartes brûlées

Sophie Loubière







  • Broché : 352 pages
  • Editeur : Fleuve éditions (16 janvier 2020)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
















Ce sont des cartes à jouer qui introduisent chaque chapitre, dont le titre utilise comme une comptine le verbe « prendre » . Avec à chaque fois leur signification symbolique,  annonçant la couleur de l’épisode. 

Après une scène inaugurale sanglante et mystérieuse, - on ignore qui sont les personnages -, le récit s’attache à l’histoire d’une famille, plutôt banale, avec deux enfants, qui se chamaillent. Rien d’extraordinaire. Ils se chamaillent quand même beaucoup ces deux-là. Le frère ainé semble animé d’une haine fondatrice pour sa soeur, qu’il tourmente avec une créativité remarquable. La gamine n’est pas sa seule cible, son embonpoint et sa voracité l’expose à de multiples humiliations à l’école. 

Heureusement elle a son papa, son prince charmant, son héros. Mais la petite parle trop, et la famille explose à la suite des accusations d’attouchements du père.

Les années passent, et la jeune fille se construit tant bien que mal, avec quand même son heure de gloire éphémère. Tout bascule après une agression subie à la sortie du casino où elle travaille comme croupière…


Thriller psychologique bien ficelé, qui réserve des surprises de taille, et dépeint avec adresse et subtilité le portrait d’une héroïne hors norme. On se laisse prendre aux pièges des apparences et on est d’autant plus scotché par le dénouement. 

Excellent thriller.


L’enfant venait d’inscrire dans la mémoire de ses parents l’image d’un grand frère tendre et aimant. Et son père le gratifierait d’un paquet de bonbons acheté à la cafétéria de la maternité – la récompense promise s’il embrassait sa sœur.
Mais le têtard dans le berceau ne perdait rien pour attendre.
On ne le chasserait pas impunément de son trône.

*
Comment oublier le supplice du frottement de la feuille d’aluminium contre ses incisives lorsque Thierry tirerait dessus d’un coup sec ? C’était plus fort que lui. Il fallait qu’elle souffre, qu’elle crie. Tous les moyens étaient bons. Insultes, chatouilles, brûlures indiennes, sel dans le yaourt, poivre sur la brosse à dents, massacre de dessins, vol de goûter, énucléation de peluches.
— Qu’est-ce que t’as fait à mon ours ?!

*

Tremblante, dans un si beau silence, Laurence avait saisi le couteau. Respectant la tradition, Pascal s’était appliqué à poser une main sur la sienne afin qu’ils coupent la première part, marquant sa peau du feu glacé de sa chevalière. Il ne comprit pas tout de suite pourquoi les doigts de sa femme se dérobaient sous les siens. Et il manqua bien défaillir, tant la douleur que provoqua la lame déchirant sa cuisse fut atroce.













Sophie Loubière est une écrivaine, journaliste et productrice de radio française.



mercredi 13 mai 2020

Etoiles et caetera

Lydie Masere






  • Broché
  • Editeur : Publishroom (25 octobre 2019)











Ce recueil de nouvelles que l’auteur a eu la gentillesse de me proposer  correspond à ce que j’attends ce cette forme littéraire, à savoir des histoires courtes mais suffisamment cadrées pour être embarquée dans leur décor, avec une chute qui vous cueille comme on se réveille en sursaut en plein rêve. 

Cela commence fort avec l’histoire d’une enfant maltraitée, puis un deuil et ses contingences incontournables, alors on respire avec cette jeune femme qui caresse son ventre lourd d’une promesse à venir, mais attendons la fin! Puis c’est la pugnacité d’une femme esseulée qui ne veut laisser l’amour entrevu se dissoudre dans un quotidien morne, ou les illusions d’une groupie du pianiste …

Dans l’ensemble , ce sont donc des situations dramatiques, des événements trop lourds pour les épaules des personnages qu’ils touchent. Et c’est aussi l’avantage de la forme courte que de permettre une respiration rapide pour mieux replonger dans l’histoire suivante. 


C’st donc très réussi et je remercie encore Lydie Masere pour sa confiance. 



Quand ma mère n’était pas une louve affamée, elle était une fleur sauvage, fascinante et carnivore, plantée dans ce milieu hostile, sans racines au bout de sa tige. Elle était une tache de couleur qui collait à ma rétine. Elle était mon centre de gravité, mon gouvernail, ma famille.
Ma mère avait eu une vie avant la mienne, une vie de belle plante, avant que ma vie ne lui eût volé la sienne. Une existence que je ne connaissais pas, un tabou verrouillé. Un jardin d’Eden où, sous un ciel d’un bleu dur et sans nuage, elle s’était épanouie, croissance magique.

*

Une respiration après l’autre, l’osmose se fait. Sous sa main, son ventre se tend. Le petit fait le dos rond, comme un chat qu’on réveille. Encore quelques semaines et il sera là à suçoter le sein de Suzie. Un peu plus grand, il gazouillera, un peu plus grand encore, il jouera à la balançoire et Suzie le poussera si d’ici-là, mon Dieu, on a remplacé les cordes usées.

*

Le coléoptère était sorti de l’ombre pour rejoindre un point de lumière, puis, à nouveau, se glisser à l’abri d’une feuille et revenir au jour encore. Vite, il avait déplié ses élytres et laissé voir ses ailes fines et nervurées. Marguerite avait observé le manège et le hanneton ne s’était pas envolé quand elle s’était redressée et avait épousseté sa jupe mais il avait traîné, affolé, son corps lourd comme un plomb de pêche sous une pierre. Son abri de fortune ne l’avait pas protégé longtemps. Marguerite s’était saisie de la caillasse et, d’un coup sec du talon, avait écrasé la bête. C’était à ce moment-là que les cloches s’étaient mises à sonner à toute volée au village. Le cœur de Marguerite s’était arrêté de battre. 

Lydie Masere vit dans le Sud. Etoiles et captera est son premier recueil .