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Bilan juin 2026


 

La belle-mère

 Moa Hergren 











L’harmonie semblait totale entre Andreas et sa mère. Celle-ci l’a élevé seule et rien ne semble pouvoir rompre le lien fusionnel qui les unit. Pourtant, quelque chose se brise lorsqu’Andréa se met en couple avec Josefin. Accueillis chez Asa pour un temps, les maladresses s’accumulent. 

La rupture entre la mère et le fils sera totale lorsque Josefin met au monde son premier enfant. Pourtant, l’intention première d’Asa était de se rendre utile…


Quelques mois plus tard, Asa se cache pour apercevoir l’enfant à sa sortie de la crèche …

Privée du moindre moment de partage avec son petit-fils : 


« J'aimerais ouvrir la portière, descendre de voiture et leur dire que je peux veiller sur lui. Laissez-le moi ? Pas de problème. J'ai tout le temps du monde. Il peut même rester dormir, on sera bien tous les deux. Ne vous inquiétez pas, ça vous fera une soirée en amoureux, profitez-en. »



Le roman est très adroitement construit, car on est en permanence confronté à différents points de vue, et ce que l’on considéré comme positif lors d’un chapitre, devient un affrontement impardonnable quelques phrases plus loin. Qui a tort , qui a raison, il y a fort à parier que les options dépendante de notre propre histoire …


L’autrice ne juge pas . Elle laisse le lecteur se faire sa propre opinion. Malgré tout, il semble bien que Josefin la belle fille ait une personnalité quelque peu perturbée. Le fils semble sous emprise et en tout cas peu reconnaissant pour sa mère. 


Un roman habilement écrit, avec une galerie de personnages qui représente un panel de la société ordinaire, une histoire comme il en existe des milliers. Et c’est cela sans doute le secret du plaisir de lire : se reconnaitre  ou identifier des situations auxquelles on a été confronté. Et prendre parti, malgré tout .


Merci à Netgalley aux éditions Buchet-Chastel 


368 pages Buchet-Chastel 4 juin 2026

#Labellemère #NetGalleyFrance






« J'aimerais ouvrir la portière, descendre de voiture et leur dire que je peux veiller sur lui. Laissez-le moi ? Pas de problème. J'ai tout le temps du monde. Il peut même rester dormir, on sera bien tous les deux. Ne vous inquiétez pas, ça vous fera une soirée en amoureux, profitez-en. »


Moa Herngren


Moa Herngren est journaliste, auteure et scénariste.

Elle écrit des romans familiaux


Les griffards anonymes ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Gilles Bindi 












« Ce livre est dédié

… À tous les gens bizarres,

À ceux qui survivent et à ceux qui en sont morts.…

…À tous les gens polis, qui s'excusent, même quand ce n'est pas leur faute.

… À tous les gens qui en ont quelque chose à faire des autres.


Ce livre n'est pas dédié

… À ceux dont la morale est fonction de leur profit.

À ceux qui savent et ont raison.

… Aux amis qui abandonnent leurs amis »



Ce texte ne fait partie du corps du roman, il peut être lu dans la page de remerciements mais il est tellement juste qu’il mérite une place de choix dans une chronique.


On aura donc rendez-vous avec des gens que la vie n’a pas gratifié ni d’un physique avantageux  ni d’un réseau social porteur. Et pourtant, lorsqu’on apprend à les connaître, on se rend compte que leurs failles sont des forces, que leur union décuplera.


« A les voir tous ensemble marcher joyeusement sur les boulevards, ils formaient d'une étonnante  famille. On sentait le lien fort qui les unissait, malgré leurs physiques disparates. »


Le premier personnage rencontré est un chat, sans doute arrivé à la dernière de ses neufs vies. Parfaite illustration de ce que l’homme projette sur cet animal domestique, calin et affectueux pour certains (les propriétaires ) fourbe et sournois pour les antifélins. Il nous dresse de l’homme chez qui il habite un portrait hautain et méprisant…Le rôle sera bref, mais central : c’est autour de son inhumation fictive que l’équipe commencera à se former.


Les autres personnages sont des locataires de l’immeuble : Jade l’enfant asiatique adoptée, surdouée, harcelée à l’école et encombrante dans sa famille. C’est chez Benoît qu’elle trouvera refuge. 

Benoît, chômeur, sociophobe. 

Kiky, addicte aux réseaux, et active dans une maraude qui vient en aide aux plus démunis. 

Jimbo, un tunisien hackeur, 

Casimir, un homme handicapé qui s’est échappé du mouroir où son fils l’a laissé. 

Plus atypique, un iguane nommé JeanPaulsartre, et 

Cassie, une IA omniprésente. 


« L'humanité refermait sur elle un piège sans issue. Nous deviendrons les esclaves d'une intelligence supra-humaine qui règnerait sur notre environnement connecté. »


Que pourrait faire Julius, inspecteur de police, lorsqu’il enquêtera sur une série de faits divers aussi étranges qu’inexpliqués, contre cette bande insaisissable ?


Alors oui, on les aime, ces personnages, ces êtres si imparfaits, 


« Tout ce que l'humanité a produit de plus pathétique dans une sous pente de 22 m² »


selon des critères sans doute abusifs, avec pour point commun le rejet de leurs pairs. Pas de chef, chacun apporte sa pierre à l’édifice, avec ce qui fait sa force, et même le lecteur n’y voit que du feu !


On se régale en découvrant l’étendue de leur pouvoir. Le roman est jubilatoire, même si la bienséance est mise de côté.. La justice autogérée n’est pas recommandable, mais parfois, représente la seule issue…


Merci aux éditions OLNI


212 pages OLNI 19 février 2026






« C'était toujours le même sourire de ma cheffe, Marcia, responsable, proxy & log de la cybersécurité, qui ne comprend pas bien ce qu'on fait en réalité, mais elle est manager, c'est tout » ce qui compte. En fait, elle est payée pour nous demander si ce qu'on est en train de faire très vite, on ne pourrait pas le faire très très vite. »


*


"Les chemins d'existence ne sont guère le fruit du hasard. La nature parachève ce qu'elle a entrepris, tout simplement. Les êtres accomplissent leurs devenirs essentiels. À cette fin, le destin vient frapper les individus de manière multiple et hasardeuse, mais quel que soit le moyen emprunté, la fin sera toujours la même. Ce qui doit être advient."


Gilles Bindi est né en Alsace, d’origine italo-polonaise, il a vécu à Paris, à Montreuil, et réside aujourd’hui en Charente. Il est cinéaste, communicant et écrivain.


Le Calamity Club ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️❤️

 Kathryn Stockett 











1933. Une période funeste pour de nombreux américains, que la crise de 29 a mis sur la paille, parfois au sens propre. Le roman s’ouvre sur une scène cocasse, où l’on fait connaissance avec l’une des deux grandes figures de ce roman, Birdie, qui est en train de faire l’acquisition d’une grande quantité de préservatifs ! Pour une jeune femme célibataire, cela a de quoi surprendre, compte tenu du puritanisme ambiant. Nous devrons attendre un peu pour comprendre l’enjeu de cet achat.



Nous sommes dans le Delta du Mississipi pour lequel 


« La radio aimait se vanter des records battus  par le Mississipi en matière de malnutrition et de pauvreté 


On revient un peu en arrière et on découvre la jeune Meg, dans un orphelinat, après que sa mère l’a laissée seule dans la maison où elles habitaient. Pour une raison inconnue, la fillette est devenue le souffre douleur de la directrice, une femme très impliquée dans les bonnes oeuvres du secteur, et dépositaire d’une morale bien-pensante, et qui rapidement devient odieuse. 




Parallèlement Birdie quitte sa mère pour tenter de demander un aide financière à sa soeur Frances, qui a fait un beau mariage, avec un banquier.


L’histoire nous réserve bien des surprises au delà des apparences …


Quinze ans après La couleur des sentiments, Katryn Stockett, nous revient avec un roman passionnant et terriblement addictif. Rapidement on fait fi des 682 pages pour se plonger avec délices dans les aventures peu ordinaires et les destins croisés de Birdie et Meg. Elles ont tout aussi attachantes l’une que l’autre, et incarnent de vraies héroïnes de roman, des personnages inoubliables. 



On se plonge dans une période historique dramatique, vécue par les populations les plus pauvres, mais pas uniquement, on peut vite constater que de belles fortunes qui semblaient solides ont pu s’effondrer du jour au lendemain. 


D’autres personnages incarnent les défenseurs d’une morale étriquée, qui appartient souvent à une classe épargnée par la crise économique. Mais derrière les principes énoncés, n’y a t-il pas parfois des secrets et  des souffrances cachés ?


De nombreuses références littéraires sont évoquées, souvent à travers les lectures de la petite Meg : Twain, Lucy Maud Montgomery et sa maison aux pignons verts, Jack London …



Enfin l’aventure qui donne son titre au roman, rapporte une fabuleuse entraide féminine qui ne recule devant aucun sacrifice.


J’ai vraiment beaucoup apprécié ce roman, pour son contexte historique et la richesse des personnages


682 pages Robert Laffont 28 mai 2026

Club lire 





« La radio aimait se vanter des records battus  par le Mississipi en matière de malnutrition et de pauvreté 




Kathryn Stockett


Née en 1969 , Kathryn Stockett est une romancière américaine. Son premier roman La couleur des sentiments a connu un succès mondial 


Lire aussi :


La couleur des sentiments 


À mots couverts ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Pierre Devriendt 










C’est un repas de famille qui a tout déclenché. Il y est venu seul. Comme il le dit, passé les premières vingt minutes de l’apéritif, plus rien de l’intéresse. La conversation s’éternise sur des sujets bateau. Mais au lieu de subir l’ambiance dans une demi-conscience, voilà qu’il met à interroger sa voisine, et lui pose une question aussi intime qu’inattendue : a-t-elle une passion ?   L’intérêt pour le sujet s’empare des convives, mais l’arme se retourne bientôt contre lui, prié de répondre à sa propre question. C’est lors qu’il avoue créer des blasons. Et de s’expliquer auprès de la famille entière sur la signification de ce hobby. Il s’agit de coller incognito au dos d’une toile un texte imaginé à partir de ce que lui inspire l’oeuvre. 


« Quand je vois un tableau qui me touche, j'écris ce que je ressens. C'est une sorte d' hommage au peintre, même s'il ne lira jamais… »


A ce petit jeu, il s’est fait prendre et a été considéré comme un voleur, la famille avait entendu parler de cette anecdote qui lui vaut le mépris général de ses proches. Mais finalement cet épisode est en quelque sorte le premier jour du reste de sa vie qu’il consacrera à cette activité, en tentant cependant d’en tirer profit et abandonner son train-train de petit fonctionnaire. Un choix crucial d’autant que l’avenir laisse entrevoir des horizons plus sombres.


« Trop de choses en moi auront été modestes, le désir de ma mère de m'avoir, ma carrière de besogneux administratif, la liste de mes amours. Je ne veux pas que la fin de ma vie le soit aussi. »


Une idée très originale qui permet au lecteur de s’immiscer dans le monde de l’art pictural et de la poésie, ici réunis dans l’imagination créative de l’auteur. 

Le glissement d’une vie faite d’ennuis et de dépression larvée vers le développement d’une entreprise aussi folle que nécessaire.


Dans la veine de Bouvard et Pécuchet, cité dans le texte, ce roman plein d’humour aborde pourtant le thème de la solitude ordinaire, de l’ennui de petites vies plus subies que choisies, et n’y a t-il pas de meilleur héros que celui qui opte pour le pas de côté, avec l’énergie que le risque procure ?


« Quelques rares, en sortent une œuvre, illustre ou confidentielle. Tous les autres se consument et s'éteignent, faute d'avoir su et, comble de l'ironie, sans avoir non plus profité des petits plaisirs du chemin. »


Sur la voie prédite des soucis à venir, l’art est une forme de thérapeutique :


« Les oeuvres d’art semblent-elles agir comme un retardateur  de l’oubli. Parce qu’elles véhiculent les émotions les plus puissantes, probablement »


Un roman très agréable à découvrir, pour son originalité, pour son contenu artistique intéressant, et pour l’humour qui permet d’aller le fond de cette histoire en somme plutôt désespérante. 



Merci à l’auteur pour sa confiance.


228 pages M.E.O 22 janvier 2026

SP



« Quand je vois un tableau qui me touche, j'écris ce que je ressens. C'est une sorte d' hommage au peintre, même s'il ne lira jamais… »

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« Trop de choses en moi auront été modeste, le désir de ma mère de m'avoir, ma carrière de besogneux administratif, la liste de mes amours. Je ne veux pas que la fin de ma vie le soit aussi. »


*


« Quelques rares, en sortent une œuvre, illustre ou confidentielle. Tous les autres se consument et s'éteignent, faute d'avoir su et, comble de l'ironie, sans avoir non plus profité des petits plaisirs du chemin. »


*


« Les oeuvres d’art semblent-elles agir comme un retardateur  de l’oubli. Parce qu’elles véhiculent les émotions les plus puissantes, probablement »

 

Pierre Devriendt


Après une carrière de consultant d’entreprise où il fallait écrire « rapide, utile et contrôlé, Pierre Devriendt découvre le plaisir de donner vie à des personnages qui s’affranchissent de l’auteur et de ses intentions de départ. 


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