Gérald Tenenbaum
Avec ce recueil de quatorze nouvelles ,Gérald Tenenbaum nous convie à un parcours varié, tant par les sujets que par l’ambiance de chaque texte.
Une résidence d’auteur ponctuée par la visite régulière d’un vieil homme, la fin de vie d’un homme alors que l’orage gronde, un voyage dans le temps, comment rendre hommage aux disparus de la Shoah, un ticket de métro qui trouve une seconde vie, et bien d’autres thèmes, qui nous entrainent par la magie des mots dans une exploration originale d’autres temps ou d’autres lieux.
L’auteur tisse des récits où le quotidien, apparemment banal, se charge d’échos intimes et de résonances historiques.
L’écriture se distingue par sa fluidité et sa précision. L’auteur excelle à installer une atmosphère mélancolique sans jamais sombrer dans le pathos.
« C'est un hiver que les repères s'estompent. Pas en raison de la neige qui recouvre les reliefs, ni à cause du ciel, qui gorge de larmes ses nuages. Encore moins, la faute des arbre dénudés, échouant à rythmer d'ombre les sols qui soutiennent nos pas. Non. Les repères s'effacent, parce que la lumière vacille parce que les couleurs se délavent, parce que le paysage ternit, dans l’encadrement de la fenêtre, parce que le jour est vaincu dès le point du jour. »
À travers des scènes brèves mais denses, Tenenbaum met en lumière la fragilité des existences et la force des liens discrets qui unissent les êtres, et l‘évanescence de nos destins
« Une vie jalonnée de traces dérisoire accumulées. Aucune ne porte un sens profond en elle-même. Toutes ensemble dessinent un destin."
L’une des réussites majeures du livre réside dans sa capacité à rendre palpables les émotions les plus ténues : une gêne, un souvenir diffus, une absence. Les personnages ne sont jamais figés en archétypes ; ils se dévoilent par touches successives, laissant au lecteur l’espace pour les comprendre et les ressentir.
Difficile de faire un choix mais j’ai vraiment aimé la dernière, qui donne son titre au recueil, très « modianiesque « avec cette déambulation vertigineuse d’un homme dont chaque pas l’éloigne de son but mais l’ancre dans un récit. Mais je suis injuste avec les autres textes qui m’ont tous emportée.
On retiendra donc l’élégance de l’écriture, pour ces extraits de vies anonymes, qui contiennent -cependant ce qui fait l’essence de notre humanité.
En somme, Tenenbaum signe une œuvre délicate et profonde, qui laisse une empreinte durable et invite à la réflexion sur la mémoire et la rencontre des destins.
Un recueil remarqué qui a obtenu le
Prix du livre du Café des psaumes
136 pages Cohen et Cohen 5 août 2025
Il commence sa lecture en mettant la préface. Au fil des années, cette routine s’est imposée d'elle-même. Reléguer les prologues au delà du récit, anticipant ainsi un petit plaisir posthume.
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Un lien paradoxal et cependant essentiel pour colorer le réel–il suffisait d'associer deux mots et l’on partait en voyage. Cent fois par jour, il conjuguait le chatoiement des choses et chamboulait leurs partis pris. Le temps des fulgurances est révolu. Il élabora présent ce texte dans la lenteur tel un maçon qui pose pierre sur pierre et cimente de proche en proche.
Une vie jalonnée de traces dérisoire accumulées. Aucune ne porte un sens profond en elle-même. Toutes ensemble dessinent un destin.








