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Le banc ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Géraldine Smith











Un pseudo polar doux-amer sur les vicissitudes de l’âge !


Nous y serons en compagnie de nombreux personnages, dont Georges, le principal intéressé, encore vaillant malgré ses quatre-vingt quinze ans. Mais qui s’étonnerait de le retrouver un matin, allongé sous sa couette, « beau, tranquille » mais mort ? D’aucuns jugeraient qu’il s’agit d‘une belle mort, dans son sommeil. 


« Georges Mucat a eu la fin de vie dans tout le monde rêve. Chez lui. Il est mort dans son lit, sans souffrance. La veille, il était encore avec ses copains. »



Pourtant si Mariola son employée est adepte de cette version, Alain, le gardien de l’immeuble amateur de séries télévisées policières  a repéré un détail suspect …


On remontera ensuite le fil du temps pour parcourir l’année écoulée pour faire connaissance avec l’entourage de Georges, les amis, les enfants. Et on comprendra les liens qui les unissent ou les opposent. Car un homme âgé peut aussi être une source de profit annoncé ! 


Le récit sera émaillé des réflexions sur le grand âge et ses contraintes mais aussi de ses rituels, par exemple  :




Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les personnes âgées veulent garder leur armoire rustique et toujours retourner au même endroit ? C'est simple. Quand je déjeune dans un restaurant où j'allais déjà, il y a quarante ans, il est rempli de ma vie, et mes souvenirs se confondent avec le présent. Il n'y a plus d'avant et de maintenant. Cela me fait du bien. Si le monde qu'on a connu disparaît, on disparaît avec lui.


On ne s’illusionne pas non plus sur lé déchéance que représente l’âge : 


Les exceptions montées en épingle – ces petites grand-mères malicieuses, filmées bien apprêtées, ces maitres  penseurs, octogénaires, qui parlent  comme un livre ouvert de « la », vieillesse – troublent la perception du grand âge. Même dans leur cas, que sait-on de l'intimité des Clint Eastwood, des Edgar Morin, des Harry Belafonte, des Iris Apfel. À quatre vingt quinze ans, parfois bien avant pour le commun des mortels, le simple fait de respirer fatigue, les organes ne fonctionnent que par intermittence, le sphincter lâche, la mémoire tampon est une passoire. Corps et esprit sombrent, pas toujours à la même vitesse, mais sans rémission possible.  Ça c'est la réalité.




Mais ces seniors ne manqueront pas d’épingler les travers de la jeunesse d’aujourd’hui : 


Les jeunes, ils mangent avec leur téléphone, ils dorment avec leur téléphone, ils vont chier avec leur téléphone, mais quand tu les appelles, ils répondent jamais !


Cependant le ton est globalement léger et on ne s’apitoie pas à longueur de chapitre. L’humour aide à faire passer le message qui évite ainsi d’être plombant .


Qui est responsable de la disparition de notre héros chenu : on le saura dans les dernières pages !


Un roman léger sur un sujet de société bien actuel, puisque notre niveau de vie aura eu un effet net sur l’espérance de vie après les années de la seconde guerre mondiale, avec pour conséquence l’irruption d’une génération de seniors ! 


Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel 


272 pages Albin Michel 25 février 2026

Masse critique Babelio 






Les jeunes, ils mangent avec leur téléphone, ils dorment avec leur téléphone, ils vont chier avec leur téléphone, mais quand tu les appelles, ils répondent jamais !



Les exceptions montées en épingle – ces petites grand-mères malicieuses, filmées bien apprêtées, ces maitres  penseurs, octogénaire, qui parlent  comme un livre ouvert de « la », vieillesse – troublent la perception du grand âge. Même dans leur cas, que sait-on de l'intimité, des Clint Eastwood, des Edgar Morin, des Harry Belafonte, des Iris Apfel. À quatre vingt quinze ans, parfois bien avant pour le commun des mortels, le simple fait de respirer fatigue, les organes ne fonctionnent que par intermittence, le sphincte, lâche, la mémoire tampon est une passoire. Corps et esprit sombrent, pas toujours à la même vitesse, mais sans rémission possible.  Ça c'est la réalité.





Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les personnes âgées veulent garder leur armoire rustique et toujours retourner au même endroit ? C'est simple. Quand je déjeune dans un restaurant où j'allais déjà, il y a quarante ans, il est rempli de ma vie, et mes souvenirs se confondent avec le présent. Il n'y a plus d'avant et de maintenant. Cela me fait du bien. Si le monde qu'on a connu disparaît, on disparaît avec lui.


Géraldine Smith


Née en 1965, Géraldine Smith a travaillé comme reporter en Afrique avant de devenir rédactrice en chef d’Epok, le magazine de la Fnac.


Pas de fumée sans feu ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 M.J. Arlidge 











Cet opus est le quatorzième de la série Helen Grace, née de l’imagination prolifique de Mathew Arlidge, mais heureusement il n’est pas nécessaire d’avoir lu les treize précédents pour comprendre l’enjeu de ce polar. Sans doute est-ce un plus d’avoir suivi l’évolution de la carrière mouvementée d’Helen mais ce n’est pas une obligation.


Statut un peu particulier pour l’héroïne de Pas de fumée sans feu, puisque qu’elle a démissionné de son poste, et est clairement en froid avec l’équipe qu’elle a quittée !

Pourtant elle va se jeter corps et âme dans la résolution d’un problème de taille : un trafic d’êtres humains, avec à sa tête des méchants très méchants, qui profitent du désespoir de migrants en quête d’un meilleur avenir pour les transformer en esclaves, à peine nourris, battus voire tués à la moindre incartade.  

Le sujet est humanisé en proposant à Salima puis à Viyan un rôle de personnage important dans l’intrigue. On apprend peu à peu le parcours de cette femme kurde dont la famille est restée en Turquie dans un camp de réfugiés, après le séisme de 2023, au cours duquel ils ont tout perdu .


« Nous avions beaucoup de problème au sein de notre communauté avant le séisme de 2023, mais maintenant … »



Une intrigue secondaire prend une certaine place : Emilia Garanita la journaliste souvent vilipendée par  l’ancienne équipe d’Helen, est sur la piste d’un butin caché par son père ! Là encore l’action ne manque pas.




L’histoire est menée tambour battant, on a peu de répit entre les multiples courses-poursuites ou pièges tendus aux différents protagonistes. Autant dire que le roman se lit en apnée et qu’il est difficile de renoncer à un chapitre de plus en cours de lecture. 


En arrière plan de ce thriller que l’on peut qualifier d’haletant, la vaste thématique de la marchandisation d’êtres humains, qui est loin d’être une nouveauté puisque de tous temps  l’avidité de gains a créé  conditions de mise en place de ce marché odieux. 


Mais un nouveau cas de conscience est aussi évoqué pour Helen, , dont les questions vis à vis de la  maternité sont posées, en particulier la mise en balance des contraintes d’être mère quand on mène une vie aussi mouvementée que la sienne, et les doutes quand à ses capacités d’être mère 


« Si elle avait ce bébé, et éprouverai-elle un tel amour ? » 



Réussite complète donc, pour ce thriller addictif 


Merci à Netgalley et aux éditions Les Escales 


448 pages Les Escales 5 février 2026

#Pasdefuméesansfeu #NetGalleyFrance

Traduction : Séverine Quelet 

Titre original  : Into the fire 









« Nous avions beaucoup de problème au sein de notre communauté avant le séisme de 2023,mais maintenant … »



M. J. Arlidge


Né en 1974 Mathew Arlidge est un auteur de roman policier britannique

Départ(s) ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Julian Barnes 












Un roman peu académique, qui contient une histoire d’amour, mais panachée de nombreuses pensées, de réflexions, de souvenirs et de nostalgie ou de regret sur le temps qui passe.


Revenons sur l’histoire d’amour : elle était trop parfaite pour durer. La passion que partage les deux étudiants ne fera pas long feu, avec à la clé une séparation juste avant leur mariage. Quarante ans plus, tard, le narrateur et son ami sont toujours en lien. Constatant que le fiancé éconduit est toujours amoureux de la belle qui l’a abandonné, Julian a l’idée saugrenue de les mettre à nouveau en lien ! Fausse bonne idée ? 


Donc en marge de ce fil rouge autour d’un amour impossible, Julian Barnes nous offre là une sorte de testament : conscient de vivre ses dernières années (l’âge et la maladie sont des indices fiables et irrévocables), il nous confie ses pensées intimes, sur des sujets pas forcément réjouissants, mais la plume et l’humour délicat dont il a toujours sur faire preuve sont là pour alléger le propos. 


Il ne s’agit pas non plus d’un apitoiement sur son sort. Les exemples sont souvent pris dans d’autres histoires. Comme celle de Virginia Torrecilla, victime d’une double peine. Ainsi dans ce contexte surgissent les interrogations : 


« Je ne pouvais pas comprendre pourquoi cela arrivait alors que je n’ai jamais été une mauvaise personne »


« Beaucoup de personnes ont le même sentiment, croyant que la vie est, ou devrait être , équitable, en dépit de toutes les preuves du contraire » 


Bien sûr, l’écriture, la littérature ne seront pas oubliées. Faisant référence à un auteur interviewé pour son dernier roman, celui ci déclare que : 


« La forme romanesque avait atteint un état de plénitude, et par conséquent d'achèvement, pendant une cinquantaine d'années, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Fiction écrite. Ensuite, a-t-il ajouté, n'était plus rien qu'une « pâle imitation »  de ce qui avait été fait. »


C’est à cette occasion que Julian déclare que 


« Ceci sera sans doute mon dernier livre, mon départ officiel »


 (l’un des départ(s)  annoncés dans le titre !) 


Tout au long du texte, nous serons aussi pris à témoin sur l’évanescence et la trahison de la mémoire, et la vanité de nos ambitions. 



« Pourquoi le cerveau fait-il cela ? , nous oblige-t-il à traquer un nom que nous connaissons depuis longtemps, dans d'obscurs circuits neuronaux souvent bouchés. D’où ces moments d'embarras et d'excuses mensongères ( « pardon, sans mes lunettes… »), – nous forçant à recourir à des tactiques défensives, comme celle qui consiste à inventer des moyens mnémotechniques, que nous pouvons aussi oublier. Et pourquoi le cerveau est-il à ce point sans discernement, effaçant indifféremment les noms d'amis et d’ennemis ? Pourquoi ne pas nous laisser oublier ce dont nous avons guère besoin, et que nous ne serons pas mécontent de ne pas nous voir rappeler ? « 


Tel un état des lieux dans un logement que l’on veut laisser irréprochable pour les prochains occupants, Julian Barnes tire sa révérence, avec panache. Reste pour ses lecteurs le mince espoir que, revenant sur ce qui n’est pas une promesse mais une hypothèse, il nous gratifiera d’un ultime opus


Merci à NetGalley et aux éditions Stock 


240 pages Stock 21 janvier 2026

#Départs #NetGalleyFrance 







Quoi qu'il en soit, j'espère que vous avez pris plaisir à notre relation au fil des ans. J'y ai certainement pris plaisir. Votre présence m'a ravie.–de fête, je ne serais rien sans vous. Alors je vais poser un instant ma main sur votre avant-bras–non, n’arrêtez pas de regarder–puis puis m'éclipser. Non n'arrêtez pas de regarder.


*


Pourquoi le cerveau fait-il cela ? , nous oblige-t-il à traquer un nom que nous connaissons depuis longtemps, dans d'obscurs circuits neuronaux souvent bouchés. D’où ces moments d'embarras et d'excuses mensongères ( « pardon, sans mes lunettes… »), – nous forçant à recourir à des tactiques défensives, comme celle qui consiste à inventer des moyens mnémotechniques, que nous pouvons aussi oublier. Et pourquoi le cerveau est-il à ce point sans discernement, effaçant indifféremment les noms d'amis et d’ennemis ? Pourquoi ne pas nous laisser oublier ce dont nous avons guère besoin, et que nous ne serons pas mécontent de ne pas nous voir rappeler ? 


Julian Barnes



Julian Barnes, né le 19 janvier 1946 à Leicester, est un romancier, nouvelliste, essayiste et critique littéraire anglais


Lire aussi 

Une fille,  qui danse 

Le perroquet de Flaubert 

Les rues parallèles ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Gérald Tenenbaum 











Avec ce recueil de quatorze nouvelles, Gérald Tenenbaum nous convie à un parcours varié, tant par les sujets que par l’ambiance de chaque texte.


Une résidence d’auteur ponctuée par la visite régulière d’un vieil homme, la fin de vie d’un homme  alors que l’orage gronde, un voyage dans le temps, comment rendre hommage aux disparus de la Shoah, un ticket de métro qui trouve une seconde vie, et bien d’autres thèmes, qui nous entrainent par la magie des mots dans une exploration  originale d’autres temps ou d’autres lieux.


L’auteur tisse des récits où le quotidien, apparemment banal, se charge d’échos intimes et de résonances historiques.


L’écriture se distingue par sa fluidité et sa précision. L’auteur excelle à installer une atmosphère mélancolique sans jamais sombrer dans le pathos.


« C'est un hiver que les repères s'estompent. Pas en raison de la neige qui recouvre les reliefs, ni à cause du ciel, qui gorge de larmes  ses nuages. Encore moins, la faute des arbre dénudés, échouant à rythmer d'ombre les sols qui soutiennent nos pas. Non. Les repères s'effacent, parce que la lumière vacille parce que les couleurs se délavent, parce que le paysage ternit  dans l’encadrement  de la fenêtre, parce que le jour est vaincu dès le point du jour. »



À travers des scènes brèves mais denses, Gérald Tenenbaum met en lumière la fragilité des existences et la force des liens discrets qui unissent les êtres, et l‘évanescence de nos destins 


« Une vie jalonnée de traces dérisoires accumulées. Aucune ne porte un sens profond en elle-même. Toutes ensemble dessinent  un destin."



L’une des réussites majeures du livre réside dans sa capacité à rendre palpables les émotions les plus ténues : une gêne, un souvenir diffus, une absence. Les personnages ne sont jamais figés en archétypes ; ils se dévoilent par touches successives, laissant au lecteur l’espace pour les comprendre et les ressentir. 



Difficile de faire un choix mais j’ai vraiment aimé la dernière, qui donne son titre au recueil, très « modianiesque « avec cette déambulation vertigineuse d’un homme dont chaque pas l’éloigne de son but mais l’ancre dans un récit. Mais je suis injuste avec les autres textes qui m’ont tous emportée.


On retiendra donc l’élégance de l’écriture, pour ces extraits de vies anonymes, qui contiennent -cependant ce qui fait l’essence de notre humanité. 


En somme, Tenenbaum signe une œuvre délicate et profonde, qui laisse une empreinte durable et invite à la réflexion sur la mémoire et la rencontre des destins.

Un recueil remarqué qui a obtenu le

Prix du livre du Café des psaumes



136 pages Cohen et Cohen 5 août 2025






Il commence sa lecture en omettant la préface. Au fil des années, cette routine s’est imposée d'elle-même. Reléguer les prologues au delà  du récit, anticipant ainsi un petit plaisir posthume.


*


Un lien paradoxal et cependant essentiel pour colorer le réel–il suffisait  d'associer deux mots et l’on partait en voyage. Cent fois par jour, il conjuguait le chatoiement des choses et chamboulait  leurs partis pris. Le temps des fulgurances est révolu. Il élabore à présent ce texte dans la lenteur tel un maçon qui pose pierre sur pierre et cimente de proche en  proche.



Une vie jalonnée de traces dérisoire accumulées. Aucune ne porte un sens profond en elle-même. Toutes ensemble dessinent un destin.

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