mardi 19 juin 2012

Les caractères

Jean de La Bruyère










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Seul ouvrage écrit par Jean de la Bruyère, ce recueil de textes se veut le témoin de la société française du XVIIè siècle. L'auteur s'est  inspiré des Caractères de Théophraste, philosophe grec dont le nom signifie "discours divin", ainsi que l'avait nommé son maître, dont la popularité fut grande parmi les athéniens, en transposant le propos à l'étude des mœurs de sa propre époque.

Il est difficile de lire le tout de façon longitudinale, car le rythme est irrégulier, de courts aphorismes alternant avec de plus longs développements. Par ailleurs un bon nombre de ces textes sont très contextuels et ne peuvent guère évoquer des situations familières à un citoyen du XXIè siècle, sauf s'il est spécialiste de l'histoire sociale du siècle des lumières. Il est sans doute plus profitable de picorer ça et là quelque maxime qui surprend par sa parfaire adéquation à notre monde contemporain :

Une mode a à peine détruit une autre mode, qu'elle est abolie par une plus nouvelle, qui cède elle-même à celle qui la suit, et qui ne sera pas la dernière: telle est notre légèreté. Pendant ces révolutions, un siècle s'est écoulé, qui a mis toutes ces parures au rang des choses passées et qui ne sont plus. La mode alors la plus curieuse et qui fait plus de plaisir à voir, c'est la plus ancienne"

Je passe sur le chapitre consacré aux femmes : j'accorde la clémence à l'auteur, prisonnier des préjugés de son époque, bien qu'il s'en défendit au nom de l'objectivité.
Je ne conserve que cette phrase qui clôt le débat :

" Les hommes et les femmes conviennent rarement sur le mérite d'une femme: leurs intérêts sont trop différents".

L'un des thèmes le plus intéressant est celui de l'écriture, et du succès qu'elle confère ou non : 

"Il n'est pas si aisé de se faire un nom par un ouvrage parfait, que d'en faire valoir un médiocre par le nom qu'on s'est déjà acquis". 

L'auteur évoque également la prudence nécessaire devant le succès, et que les éloges comme les critiques doivent être reçues non comme un jugement mais comme un moyen de progresser. Le lecteur en prend aussi pour son grade :  

Quelques-uns de ceux qui ont lu un ouvrage en rapportent certains traits dont ils n'ont pas compris le sens, et qu'ils altèrent encore par tout ce qu'ils y mettent du leur; et ces traits ainsi corrompus et défigurés, qui ne sont autre chose que leurs propres pensées et leurs expressions, ils les exposent à la censure, soutiennent qu'ils sont mauvais, et tout le monde convient qu'ils sont mauvais; mais l'endroit de l'ouvrage que ces critiques croient citer, et qu'en effet ils ne citent point, n'en est pas pire.

Alors que la solution est simple pour juger de là qualité d'un livre : 
Quand une lecture vous élève l'esprit, et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger l'ouvrage; il est bon, et fait de main d'ouvrier.

Bien d'autres thèmes sont abordés, les plus accessibles se référant à des thèmes universels. La Bruyère est- il toujours enseigné au lycée? Ces textes constituent une pépinière de sujets de réflexion sur les mœurs de l'animal grégaire qu'est l'humain  

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