dimanche 6 avril 2014

Regain

Jean Giono








  • Poche: 236 pages
  • Editeur : Grasset (1 mars 1992)
  • Collection : Les cahiers rouges
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 224612333X
  • ISBN-13: 978-2246123330
  • Existe en ebook









Ils quittent un à un le pays
pour s’en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés

chante le poète

Dans le petit hameau, Panturle est bien seul depuis que Gaubert le forgeron a rejoint ses enfants. La Mamèche lui a promis qu'elle lui trouverait une femme, car elle sait que le solitude est une souffrance, elle qui a perdu homme et enfant. Il faudra du temps pour que Panturle comprenne comment elle a tenu sa promesse.
Le courage et la détermination, ainsi que le désir de rendre la vie plaisante pour sa jeune femme conduisent Panturle à redonner vie au village, à la sueur de son front. De la femme et par la femme, la vie surgit : en lui offrant le pain issu de son travail, Panturle jette les bases d’un renouveau : 

«  je vois que la terre d’Aubignane va repartir. L’envie de pain, la femme… Je connais ça, ça ne trompe pas. Ça va repartir de bel élan et ça redeviendra de la terre des hommes ».

Au cœur de la Provence , si les hommes vivent de peu, au rythme lent des ânes et des chevaux pour essayer de faire survivre les maisons et les terres peu à peu désertées, la nature elle, règne en maître. C'est un personnage en soi, au cœur de ce récit du terroir : vent et pluie sont plus vivants que les survivants d'une époque révolue : 

« il y eu d’abord un grand peuplier qui s’est mis à leur parler. puis ça a été le ruisseau des Sauneries qui les a accompagnés bien gentiment en se frottant contre leur route, en sifflotant comme une couleuvre apprivoisée ». 

La mythologie transparait à travers les thèmes abordés : ce n’est pas un hasard si les trois romans Colline, Un de Beaumugnes et Regain sont rassemblés sous l’égide de Pan. 

La lecture peut être déroutante car le vocabulaire est d’un autre temps, le temps d’un savoir-faire disparu. Ne pas s’y attarder, c’est ce qui donne une tonalité authentique au récit.

C'est un chant d’amour pour la terre et une quête désespérée d’un ancrage en ce temps où l’obsolescence programmée n’était perceptible qu’à l’échelle d’une génération, créant un illusoire sentiment de permanence.





Le vent éparpille de la rosée comme un poulain qui se vautre. Il fait jaillir des vols de moineaux qui nagent un moment entre les vagues du ciel, ivres, étourdis de cris, puis s’abattent comme des poignées de pierres 

Tu sais, l'orage couche le blé ; bon, une fois. Faut pas croire que la plante ça raisonne pas. Ça se dit : bon on va se renforcer, et, petit à petit, ça se durcit la tige et ça tient debout à la fin, malgré les orages. Ça s'est mis au pas. Mais, si tu vas chercher des choses de l'autre côté de la terre, mais si tu écoutes ces beaux messieurs avec les livres : "mettez de ci, mettez de ça : ah! ne faites pas ça. " En galère, voilà ce qui t'arrive!

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