vendredi 31 juillet 2015

Les petits vieux d'Helsinki mènent l'enquête

Minna Lindgren





  • Broché: 352 pages
  • Existe en version numérique
  • Editeur : Calmann-Lévy (8 avril 2015)
  • Collection : Littérature Etrangère
  • Langue : Français
  • Traduction (finnois) : Martin Carayol
  • ISBN-10: 270215705X
  • ISBN-13: 978-2702157053





Il n'y a pas d'âge pour mener l'enquête : à la résidence du Bois couchant (à Helsinki ou ailleurs, l'art de la métaphore s'épanouit au seuil des hébergements pour seniors) trois nonagénaires sont intriguées par des faits suspects : facturations abusives de services non réalisés, intrusion dans les appartements, disparition de dossiers médicaux et pire, traitements modifiés sans prescriptions claires, bref, quelque chose ne tourne pas rond dans l'établissement.

Tout le problème est la crédibilité que l'on accorde à quelqu'un dont le moindre lapsus laisse planer le doute d'une défaillance des fonctions supérieures : on n'a plus le droit au moindre faux pas, passé quelques décennies. D'autant qu'au Bois couchant, ce type de bévue risque fort de vous faire atterrir dans le service fermé, attaché aux montants du lit et assommé par des pilules ou des injections, moins bien traité que bien des pensionnaires de zoo.

Le classement dans la catégorie des polars est sans doute un peu abusif, l'intrigue est peu élaborée, même si certains personnages réservent quelques surprises.

Par contre c'est une analyse fine d'une population d'avenir : les baby-boomers sont devenus des papys et mamys-boomers et constituent une proportion importante de notre société : les centenaires ne sont plus une attraction motivant un article dans la presse et le déplacement des élus locaux.

L'auteur attire l'attention sur les conditions d'accueil et le traitement réservé aux résidents. En France la révélation de mauvais traitements a modifié la donne : l'état a légiféré, étendant à toutes les structures médico-sociales un certain nombre de directives afin d'éviter la maltraitance institutionnelle. 

Épinglées par la même occasion les familles, qui scrutent de loin l'évolution de la santé des aïeuls, non dans une espèce de compassion bienveillante mais dans le but de récupérer ce qui ce qui peut l'être et mettre la main sur ce qui fait la valeur de l'ancêtre.

Le propos est loin d'être glauque : elles sont terriblement attachantes, les mamys (les papys sont présents mais en proportion moindre, conformément aux statistiques démographiques) et leurs faiblesses sont leur force. La mort est présente à toutes les pages ( une des distractions favorites des résidents est la consultation quotidienne de la rubrique nécrologique, afin de ne pas manquer l'occasion de sortie que représente une cérémonie funéraire) mais elle fait simplement partie du quotidien et l'on attend son tour sans état d'âme. Les difficultés physiques ne sont pas occultées mais on n'est pas chez les tamalous.

C'est donc un état des lieux plutôt positif de cette dernière étape de la vie vers laquelle nous nous dirigeons inexorablement, pour peu que l'on nous prête vie. 

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