samedi 30 janvier 2016

Feuillets de cuivre

Fabien Clavel










  • Relié: 340 pages
  • Editeur : ActuSF (6 novembre 2015)
  • Collection : Les trois souhaits
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2917689951
  • ISBN-13: 978-2917689950









Steampunk, le terme peut effrayer, et ce serait dommage.
Quelle richesse! Quel soin apporté à la construction et quelle érudition littéraire! Tout cela au service d’un imaginaire entre mythologie et paranormal : c’est du lourd.

Ça commence comme un recueil de nouvelles. Paris, 19è siècle l’inspecteur Ragon mène des enquêtes relativement banales au départ, chacune faisant l’objet d’un chapitre. Son habileté à résoudre les affaires le fait monter en grade (et en poids). Il a tout d’un Sherlock ou d’un Poirot, dont l’arme secrète de déduction est la littérature, ce qui constitue un des points forts du roman, truffé de références littéraires. Même si 

« Le commissaire s’était littéralement farci de livres et d’histoires au point d’oublier la vie »

Peu à peu, les crimes se font plus noirs, les intrigues plus complexes jusqu’à ce qu’un lien apparaisse entre elles. C’est quasiment l’oeuvre d’une vie que la poursuite d’un ennemi extrêmement adroit, intelligent et machiavélique, aux pouvoirs diaboliques. 

De nombreux fils rouges en filigrane confèrent à l’ensemble une cohérence, au delà de l’intrigue, et l’auteur parvient à petites touches à proposer des tableaux sensoriels en demi-teintes au sein desquels éclatent un reflet (le brillant du cuivre), une couleur, un parfum, et l’on a quasiment la sensation du toucher du papier des innombrables livres qui constituent le décor du roman. Dans cette ville en plein essor industriel, on voit très bien, émergeant d’un fog épais, la lueur fugace des boutons de cuivre des gardiens de la paix.

Les bibliothèques abondent, pas seulement celle de Ragon, car : 

«  Une bibliothèque, c’est une âme de cuir et de papier. Il n’y a pas de meilleur moyen pour fouiller dans les tréfonds d’une psyché que de jeter un oeil aux ouvrages qui la composent. »

Le lexique est précis et savant, épicène, sténographie et curule nécessitent un détour vers un bon dictionnaire. Sans cuistrerie, ces termes précis sont irremplaçables dans leur contexte et ne font que donner du corps et de la pertinence au texte.

Dans la post-face, très intéressante, car elle met en lumière des aspects que le lecteur aura pu laisser échapper, pris par l’histoire, Isabelle Perier, établit une analogie avec les séries policières qui fleurissent sur les écrans, et rencontrent un succès grandissant. L’enquêteur récurrent, à la personnalité particulière, fragile et solide à la fois, les intrigues indépendantes mais liées par un fil rouge, qu’il se nomme John ou Moriarty, tout cela contribue à la modernité de ce roman. Et pourtant lu sans référence d’édition, il aurait été très difficile de parier sur la date de sa parution.



Excellente découverte grâce à une critique récente sur le site (merci Dyonisos)! 



Les reporters était pour lui une espèce nuisible, charognarde, qui s'improvisait justicière et policière à la fois, effrayait le public en publiant chaque jour de nouveaux faits divers donnant l'impression que le pays sombrait dans le crime, aboyant comme des chiens devant un morceau de viande.

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 Une bibliothèque, c’est une âme de cuir et de papier. Il n’y a pas de meilleur moyen pour fouiller dans les tréfonds d’une psyché que de jeter un oeil aux ouvrages qui la composent. 

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Le commissaire s’était littéralement farci de livres et d’histoires au point d’oublier la vie




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