mardi 8 janvier 2019

Le discours

Fabrice Caro







  • Broché: 208 pages
  • Editeur : Gallimard (4 octobre 2018)
  • Collection : SYGNE
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français












Découvert avec Zaï zaï zaï zaï, offert depuis à de multiples reprises, tant cette BD, même si le genre ne fait pas partie  de mon univers littéraire, m’avait séduite. Alors si Fabrice Caro se lance sans la rédaction sans image, on y va bien sûr. Et l’essai est transformé. J ‘ai adoré ce personnage si ordinairement perdu dans cette comédie humaine, dans une pièce dont il serait le seul à ne pas avoir appris son texte, victime de l’arrogance de ceux qui autour de lui, font comme s’ils maîtrisaient les codes. 
Le problème, avec Adrien, c’est qu’il est incapable de dire non. Incapable de refuser la proposition de son futur beau-frère de faire un discours le jour du mariage de sa soeur, lui qui a horreur de parler en public. L’ambiance du dîner familial, déjà prévisible, car reproduisant à l’identique les précédentes agapes autour de la table, du menu aux questions qui ne manqueront pas de surgir, est d’autant plus plombée pour Adrien, qu’en plus d’imaginer le futur discours qui ne manquera pas de le couvrir de honte, il attend une réponse à un SMS à sa fiancée en « pause ».

Fabrice Caro a le don de reproduire avec beaucoup de finesse  l’absurdité de ces impasses dans la communication familiale, qui aboutissent au mieux à de l’ennui , au pire à des drames de la mésentente. Ces situations, on les a tous plus ou moins vécues un jour ou l’autre, basées sur des malentendus,, chacun endossant le costume qu’il semble ne pouvoir échanger, qui enlise la situation. 

Au delà de ce portrait de loser, on ressent la tendresse de l’auteur pour le  personnage. il n’est pas question de se gausser de ses fragilités, mais au contraire on éprouve une véritable empathie quand on prend la mesure de son combat intérieur.

Et on rit, on rit beaucoup et fort. Moins aux bévues d’Adrien, qu’au cocasse des situations vues sous un angle décalé. 


Même si l’humour n’est qu’une forme de défense pour oublier les angoisses légitimes inhérentes à notre condition de terriens en détresse, cela reste une excellente façon de réenchanter le monde. Merci Fabrice Caro.



Qu'avais-je fait de particulièrement pausifère? Peut-être tout simplement m'être laissé aller à être moi, peut-être ne faut-il jamais être soi dans l'intimité si l'on veut qu'une relation dure comme au premier jour, persévérer à exhiber l'appartement témoin contre vents et marée, se contenter de montrer la vitrine. Le jour où l'on ouvre la porte de l'arrière-boutique, on crée un appel d'air et tout s'envole comme un tas de feuilles posées sur un bureau.

*

Et je réalise tout à coup l’incongruité de ma ponctuation : pourquoi un point d’exclamation à la fin de bisous ? Pourquoi cet emballement soudain ? Ce point d’exclamation délivre un message inverse à celui souhaité : ce point d’exclamation est une demande, une supplique, un cri de douleur, il mendie une réponse, il quémande de l’amour, c’est de la ponctuation de genou à terre, il hurle Sonia, bordel, qu’est ce que tu fous ! Réponds-moi ! Tu vois pas que je suis malade de chagrin, que je n’y arrive pas sans toi, que tout est vide et fade et sans le moindre sens. Il se veut festif et léger mais il n’est que larmoyant et inquiet.








Fabcaro, pseudonyme de Fabrice Caro, est né à Montpellier en 1973. Suite à des études scientifiques, il se dirige d'abord vers le professorat puis entreprend une carrière de dessinateur/scénariste à partir de 1996 en travaillant pour diverses revues de bandes dessinés (notamment FLBLBPsikopatJadeTchô !L'Écho des savanesZooCQFD...), la presse et l'illustration de livres. À partir de 2005, il participe au travail de différents collectifs, en particulier ceux de 6 Pieds sous terre et La Cafetière. Il écrit en 2006 Figurec, qui fait l'objet d'une adaptation en bande par Christian De Metter l'année suivante1,2
Le succès arrive en 2015 avec Zaï zaï zaï zaï, bande dessinée qui, d'après Télérama, réussit à doser « critique sociale et éclats de rire »3. En 2018 paraît une autre œuvre mélangeant humour absurde et satire sociale : Moins qu'hier (plus que demain) ; elle reçoit un accueil critique favorable.
En parallèle de sa carrière dans la bande dessinée, Fabcaro est également musicien, auteur-compositeur et chanteur. Il est à l'origine en 1994 du groupe de rock Hari Om et réalise en 1999 un album en solo Les Amants de la rue Sinistrose1puis en 2014 Shhherpa.
(source Wikipédia)

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