Stephene Gillieux
Après un début très fort, la mise à mort d’un renard par un personnage que l’on ne connaît pas encore, on découvre la routine peu ordinaire d’une famille inquiétante. Ils ont fui la ville, un peu en raison de l’atmosphère irrespirable que la chaleur accablante crée en cette période que l’on situe donc dans un avenir peu radieux,
« Souvent, elle descend avec sa sœur, Pihla jusqu'au hall d'entrée. Il y fait frais. Presque moins de trente-cinq degrés les bons jours. »
et pour vivre plus simplement, plus confortablement ou pour accomplir librement, à l’abri des regards le jugement de Dieu et contrer la malédiction. Celle qui veut que les filles devenues femmes deviennent des sorcières, à éliminer dès le premier sang.
Est-ce la raison pour laquelle Dag, jumelle que, sans le lui dire, l’on accuse d’avoir éliminé son frère à la naissance se conduit comme un garçon, masquant toute trace de féminité sur son corps ? Mais l’enfant ressent la menace. D’autant qu’elle découvre peu à peu ce qui est arrivé à sa soeur ainée.
Dans un contexte paré de menaces climatiques, la chaleur, mais aussi les mouvements de terrain qui mettent en danger animaux et humains, l’autrice nous conte l’histoire de la folie meurtrière d’un père littéralement dément, construisant la vie de sa famille sur des croyances fanatiques. Une institutrice, que l’on sait hantée par un drame de sa vie antérieure se doutera des sévices subis par les enfants, et prendra partie pour tenter de les tirer de ce mauvais pas.
Tout est une histoire d’allégeance, de rôles distribués en fonction du sexe, et d’un règlement absurde qui les emmène tous tout droit vers la folie.
Une écriture superbe, qui assoie le récit dans une ambiance très originale. Un très beau premier roman. Avec une omniprésence de la nature, qui peut être refuge ou lieu de l’accomplissement du pire.
Merci à Babelio et aux éditions Phébus.
254 pages Phebus 15 janvier 2026
Masse critique Babelio
C'est une renarde jeune encore, mais suffisamment aguerrie pour chasser seule le lièvre, l'écureuil et le campagnol sur la Butte. Au fond de sa pupille verticale, luit la ruse de sa race, et un éclat singulier, qui tient à sa personnalité, indépendante et curieuse. Elle aime observer les humains qui habitent là, cherchant en vain une leçon à apprendre de leurs rites, de leur échange brefs, de leur voix, qui ne couvre que trois octaves, de leur façon de vivre en horde.
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Elle ne se résout pas à quitter son royaume. En bas, l'étendue moelleuse de la tourbière l'appelle. C'est un endroit qu'elle aime beaucoup. Les sphaignes y forment une mousse flottante dans laquelle il est possible de marcher.

Stephene Gillieux est psychologue clinicienne auprès d'enfants, d'adolescents et de leur famille, ici tombent les filles est son premier roman, un conte impitoyable sur la famille, servi par une langue envoûtante


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