samedi 3 septembre 2011

Au phare

Virginia Woolf






















Promenade dans les méandres de la pensée, et vanité de la destinée seront les préambules de cette promenade au phare. 
Dans la première partie, les personnages nous font partagés leurs monologues intérieurs, ceux qui constituent le bruit de fond de notre pensée, constitués de ruminations des événements passées, d’analyses en boucle de scènes vécues ou imaginaires ou de supputations à propose d’un futur plus ou moins proche, nous interdisant de vivre l’instant présent. La maitresse de maison est le pilier de cette assemblée, et sous des dehors apparemment solides et stables est la reine des ratiocinations. Autour d’elle gravitent famille et amis : son mari, philosophe tourmenté, conscient d’avoir atteint ses limites (la lettre Q), très centré sur lui-même, un ami, référence culturelle de service, les enfants, dont l’un ne rêve que du phare, une peintre trop sensible au jugement extérieur et dont le féminisme n’est qu’embryonnaire.
Tout ce petit monde, bien incarné s’évanouit avec la disparition de sa pièce maitresse, et c’est la nature et son entropie qui prend la barre : c’est l’effondrement de ce microcosme, transcrit en insistant sur la rapidité de cette déliquescence, et que l’on visualise clairement, comme au cinéma lorsque les images sont accélérées. C’est le déroulement inéluctable des saisons, les destinées individuelles ne sont alors que des anecdotes : «La maison était abandonnée ; la maison avait été désertée. elle était abandonnée comme un coquillage sur une dune, qui va s’emplir de grains de sables maintenant que la vie l’avait quitté»
Puis la maison ressuscite, à seule fin semble-t-il d’achever ce que la mort avait laisser en suspens, cette promenade au phare, même si elle n’est plus désirée. Ce pèlerinage doit avoir lieu. On y participe dans le bateau avec les passagers et de l’extérieur : Lili la peintre suit la progression de l’embarcation, en proie à ses démons.
C’est une lecture qui demande de l’attention : les phrases sont longues et travaillées. On retrouve l’ambiance de «Mrs Dalloway» et à de nombreuse reprises les pensées attribuées aux différents personnages semblent bien surgir de  l’univers intérieur de l’auteur. On y voit poindre l’angoisse et l’imminence de la folie. 

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