samedi 10 mars 2012

Journal d'un corps

Daniel Pennac











  • Broché: 400 pages
  • Editeur : Gallimard (9 février 2012)
  • Collection : Blanche
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2070124851
  • ISBN-13: 978-2070124855







Toute une vie, par épisodes sélectionnés, d’un point de vue physique, si tant est que l’on puisse scinder le corps et l’âme (vieux débat philosophique). 

Les impressions livrées ne sont pas celles d’un hypochondriaque qui s’observerait dans ses dysfonctionnements mais plutôt celles d’un extra-terrestre récemment incarné dans une enveloppe corporelle telle que la nôtre et qui noterait scrupuleusement ce qui advient pour en faire un rapport. Bien sûr avec l’âge qui avance la pathologie a la part belle (après cinquante ans, si tu te réveilles le matin et que tu n’as mal nulle part, c’est que tu es mort, dit la sagesse populaire), mais ce n’est pas le thème central du texte. 

Si l’on devait dessiner une image de ce corps livré, où les différentes parties seraient proportionnelles à l’importance qui leur est accordée, on aurait un être bizarre constitué d’un énorme sexe, un tube digestif conséquent, un assez gros nez puis quelques accessoires, dents, os, cheveux, et un peu de peau, et ce avec une évolution dans la vie, puisqu’avec le vieillissement certaines fonctions vont se mettre en veille pour céder la place à d’autres qui faisaient leur travail dans la discrétion, et se manifestent soudain dans leur dérèglement.

L’auteur insiste sur l’aspect sécrétoire, sur les organes qui extériorisent le produit de leur fonctionnement (tout y passe : crottes de nez, urine, selles, gaz, sueur, sperme, voire sang quand une effraction libère le milieu intérieur liquide que contiennent nos vaisseaux). Il fait part d’une certaine fascination pour le contrôle qu’il peut exercer sur ce corps en se livrant à différentes expériences (musculation, grève de la faim....)

J’ai trouvé également très intéressante la notion de vieillissement relatif, et d’accélération du temps ressenti au fur et à mesure que les années passent. En fait pour cette notion, comme pour bien d’autres, le narrateur met en mots ce que le commun des mortels expérimente quotidiennement. Certes le point de vue est masculin, mais bien des aspects sont tout de même identiques.

L’histoire familiale apparait en filigrane, dès que son déroulé est cause ou conséquence d’un phénomène corporel. Ainsi l’incident fondateur, à l’origine de cette rédaction, nous révèle les relations conflictuelles du narrateur et de sa mère.

Ce qui est remarquable est le style particulièrement mature de l’écriture du début du récit, qui est alors celui d’un jeune garçon de treize ans. Et également le fait que ce style évolue assez peu au cours de son existence. Les points d’intérêt changent mais pas la façon de les décrire. Le journal a été commenté par le narrateur même avant de le livrer à sa fille et semble t-il peu de temps avant de l’achever.
Le survol accéléré (un peu plus de trois cent pages, et qui sont une sélection de pages choisies par l’auteur) de toute une vie procure une sensation de vertige et nous confronte à la triste banalité de notre sort, en mettant en lumière cette impression fallacieuse qui peut parfois peut être la notre : nous ne sommes pas individuellement des modèles originaux.

3 commentaires:

  1. Un livre qui semble peu commun...

    RépondreSupprimer
  2. C'est d'autant plus intéressant que c'est un vrai journal, et non une création de romancier

    RépondreSupprimer