samedi 16 février 2013

Tombé hors du temps

David Grossman













  • Broché: 204 pages
  • Editeur : Seuil (11 octobre 2012)
  • Collection : CADRE VERT
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2021063704
  • ISBN-13: 978-2021063707
  • existe en ebook








Pour s’immiscer dans l’intimité de cette plainte funèbre, il ne faut pas forcer la porte. Il faut laisser à l’entrée ses préjugés, comme l’on se déchausse aux abords d’un lieu sacré. Trois tentatives auront été nécessaires pour le comprendre. 


Une fois admis au coeur de ce chant d’une infinie douleur, se laisser porter par les mots, en empathie bienveillante, comme on contemple une oeuvre d’art. Les voix se mêlent, contant une histoire singulière, qui donne à chacun une tonalité unique. La perte engendre   des sanglots discordants, nourris au terreau de chaque histoire. Mais les questions sont les mêmes, éternellement ressassées.  Et la lutte contre l’oubli se fait destructrice, tant il est douloureux à la fois de vivre avec le souvenir du malheur et de s’interdire de le laisser s’effacer :

L’homme
Parle-moi,
Parle-
Moi de nous
Cette nuit-là -

La femme
Je sens que quelque chose 
Ne va pas : Tu déchires 
Les bandages afin de 
Pouvoir t’abreuver 
De ton sang, provision
Pour le chemin qui mène
 Là-bas


La tentation est grande de se laisser glisser vers des rivages mortifères, même si la raison sait que le chemin est vain.

A ce chant d’amour du fils perdu, s’unissent en contrepoint d’autres  mélodies funèbres riveraines :  les questions sont les mêmes, mais le deuil accomplit son oeuvre en singularisant ses effets :

Tu es devenue muette la première,
Puis se fut mon tour.
Le silence t’as fait 
Du bien, et moi 
Il m’a saisi
A la gorge. L’un
Après l’autre les mots
Ont expiré, et nous avons ressemblé
A une maison
Où petit à petit s’éteignent
Toutes les lumières, jusqu’à ce que tombe
Un silence obscur-

Les mots de la prière se font remèdes, dessinent le chemin de la rédemption et disent la réticence à laisser derrière soi les oripeaux de la souffrance
Le coeur me fend,
Mon trésor,
A la seule pensée
Que j’ai -
Peut-être -
Trouvé des mots
Pour le dire

Ces notes sont très incomplètes car il faudrait de nombreuses pages pour aborder les multiples facettes de ce récit. Elles représentent ce qui m’a le plus touché et probablement ce qu’il en restera après l’oubli

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