dimanche 26 juin 2016

A l'orée du verger

Tracy Chevalier








  • Broché: 336 pages
  • Editeur : Quai Voltaire (11 mai 2016)
  • Collection : Quai Voltaire
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2710377632
  • ISBN-13: 978-2710377634










Tracy Chevalier nous conduit à nouveau  de l’autre côté de l’Atlantique pour nous faire patauger dans la boue!
La famille Goodenough a posé ses valises au Black Swamp, qui comme son nom l’indique est un marécage, une terre détrempée, ingrate, collante, indécrottable. C’est la que James tente de faire pousser les pommier qui donneront la merveilleuse reinette dorée, la pomme de la nostalgie, longue en bouche, celle qui a des notes de citron , puis d’ananas (et la légende se transmet, même si personne n’a jamais goûté un ananas!). C’est une tâche difficile, nécessitant patience et obstination et ce d’autant que Sadie, Mme Goodenough, voit d’un sale oeil ses espoirs de cidre et d’eau de vie s’envoler au profit des fameuses pommes à couteau. 
La vie est donc bien rude au Black Swamp, la mort rode,  fièvre des marais ou drame : Robert est un jeune enfant lorsqu’il quitte la maison. 
Un long périple, illustré par une carte de l’Amérique comme elle se présentait au 19è siècle, l’amènera à l’Ouest, là où les hommes perdent leur âme pour chercher de l’or. 
C’est sa curiosité pour les grands arbres qui étonnent tous ceux qui ont pu les voir, et le souvenir des greffes de pommiers, qui conduit naturellement Robert à s’intéresser à la botanique d’autant que le destin a mis sur son chemin un passionné qui achemine vers l’Angleterre les végétaux qui raviront les britanniques avides de nouveautés. Les rencontres récurrentes ou improbables feront la trame de l’histoire.

C’est encore un superbe récit qui nous plonge dans une réalité historique captivante, toute en faisant la part belle à la nature, (on peut sans conteste rattacher ce roman au courant Nature writing).  C’est une analyse centrée sur l’intime des personnages, qui éclaire et démystifie le rêve américain.

On est frappé aussi par la force des personnages féminins de Tracy Chevalier. On se souvient d’Elisabeth Philpot qui s’était prise de passion pour les fossiles à peu près à la même époque, au Sud de l’Angleterre. Ici la pression sociale est moindre, mais les femmes ont un rude quotidien. Si Sadie se noie dans l’alcool, Molly ou Martha sont des femmes plus libres, prêtes à modifier les codes et à s’affranchir des carcans moraux. 

L’écriture est comme toujours claire et précise, et nous entraine avec grand plaisir dans cette traversée du nouveau monde, encore sauvage, où tout reste à faire, où tout est possible, pour peu que l’on prenne la route.

Merci à Vendredi Lecture, dont le tirage au sort hebdomadaire m'a désignée pour gagner cet exemplaire





Ils se disputaient encore à propos des pommes. Lui voulait cultiver davantage de pommes de table, pour les manger ; elle voulait des pommes à cidre, pour les boire. Cette querelle s’était répétée si souvent qu’ils jouaient désormais leurs rôles à la perfection ; leurs arguments s’écoulaient fluides et monotones autour d’eux car il les avaient l’un comme l’autre entendus assez fréquemment pour ne plus avoir à écouter.


*

James mordit dedans, et bien qu’il ne sourît pas – les sourires étaient rares dans le Black Swamp -, il ferma les yeux un instant pour mieux la savourer. Les reinettes dorées combinaient des arômes de noix et de miel, avec une acidité finale qui, paraît-il, ressemblait à l’ananas.








1 commentaire:

  1. Je viens de le finir et comme toi, j'ai adoré ! (comme tous les romans de Tracy Chevalier, ceci dit en passant) :)

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