mercredi 4 juillet 2018

La fin de Mame Baby

Gaël Octavia









  • Broché: 176 pages
  • Editeur : Gallimard (31 août 2017)
  • Collection : Continents noirs
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français







Ce sont des voix féminines qui tentent de lever le voile sur la complexité des relations familiales. Le décor est planté dès les premières lignes, et ce avec une grâce indulgente pour ce que l’auteur nomme « le Quartier ». Nul besoin d’une identification plus détaillée, on a reconnu les lieux par leur universalité et la fâcheuse tendance générale à couvrir d’opprobre ces zones mal connues.

Malgré tout, la violence est là bien présente, et particulièrement dans la mémoire de Mariette, mère d’un caïd malfaisant, qu’elle aime et hait à la fois. Il a payé cher ses crimes, et Mariette telle la madone des textes sacrés revit les derniers instants du fils maudit, en les dissolvant dans l’alcool.
Aline, la narratrice est l’une des femmes qui viennent étayer le quotidien de Mariette, et recueillent ainsi ses confidences. D’autres se sont succédées auprès d’elles, et Aline recrée les liens et reconstruit pour le lecteur les événements du passé. Si l’on comprend rapidement pourquoi le fils a eu une fin tragique, d’autres questions se posent . Qu’est-il arrivé à Mame Baby, l’icône de toutes les jeunes femmes qui rêvent d’une vie meilleure dans la cité? Quels liens entre toutes ces femmes? Si la question est en filigrane tout au long du roman, créant une sorte de pseudo polar, la surprise est tout de même dans les dernières pages, et franchement , je n’avais rien vu venir.

Belle écriture, pour défendre cause des mères et des filles. 
Cependant, l’abondance des personnages, qui portent plusieurs noms et le mélange des générations avec des histoires qui se répètent un peu comme une malédiction nécessite une attention soutenue et le besoin régulier de refaire le point pour savoir à qui on a affaire.


Initialement écrit pour le théâtre, le roman reste une agréable lecture, au charme discrètement exotique, mais bien ancré dans le réel.


Quand elle est seule, elle ne sait jamais quelle heure il est. Aucun objet pourvu d’un balancier ne vient faire concurrence à son fauteuil. Elle pourrait se contenter de compter le temps en restant assise dans son rocking-chair. Ce serait son temps approximatif de femme assise. Son temps de femme seule.

*

Dans l’appartement, le désordre vous semblera effrayant. Il y aura des verres vides partout. Vous les ramasserez jusque dans les recoins les plus improbables. Les mégots sur le sol auront l’air de pousser comme des plantes grasses. Il y aura aussi des amas de vêtements sur le parquet. Pourquoi tant de vêtements à terre, vous demanderez-vous, alors que Mariette n’en change jamais ? Un peignoir élimé sur une vieille chemise de nuit, voilà ce qui l’habille depuis des années.





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