vendredi 21 septembre 2018

La vraie vie

Adeline Dieudonné







  • Broché: 265 pages
  • Editeur : L'Iconoclaste (29 août 2018)
  • Collection : IC.VERGE
  • existe en version numérique
  • Langue : Français














« A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents, et celle des cadavres. »
Il suffit de cette phrase , la première, pour être happé . Tout est là : le récit d’une fillette, une vie ordinaire, et puis l’irruption de la mort. Brutale, alors qu’on ne s’y attend pas. Pas question de vous révéler d’emblée la nature et l’origine de ces cadavres, juste qu’ils seront un fil rouge  notable dans la suite du récit. Deuxième choc quelques pages plus loin, lorsque l’on apprend la puissance délétère de la crème Chantilly !  

La violence est là, à chaque page, mais loin de toute complaisance, car narrée par une observatrice presque distanciée, qui analyse avec son point de vue d’enfant les faits tels qu’elle les affronte, en quête de stratégie visant à se préserver et à réaliser ses rêves. Des rêves d’envergure : devenir Marie Curie! 

Récit d’une enfance volée, d’une famille impossible , de celles avec qui peuvent vous détruire ou vous armer. C’est le combat d’une gamine qui veut redonner à son frère le goût de vivre, qui refuse de devenir comme sa mère une enveloppe vide et qui veut modifier le cours de son passé.

Un vrai coup de coeur pour ce roman en passe d’être multiprimé. Le roman dont tout le monde parle en cette rentrée littéraire.  Et c’est mérité . Non seulement on est accroché dès les premières phrases mais l’intérêt ne diminue pas au fil de la lecture. 



Quand il n'était pas en train de chercher des animaux à tuer aux quatre coins de la planète, il branchait la télé sur des enceintes qui avaient coûté le prix d'une petite voiture, une bouteille de Glenfiddich à la main. Il faisait celui qui parlait à ma mère, mais, en réalité, on aurait pu la remplacer par un ficus, il n'aurait pas vu la différence.

*

Pour assurer Gilles, je faisais la grande et je chuchotais : "Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n'arrive pas dans la vraie vie"

*

*Mais ils sont rentrés comment dans son ventre? - Ils sont pas rentrés, elles les a fabriqué avec le bouc. Ils étaient très amoureux. -Mais le bouc il est resté même pas un jour, ils se connaissaient presque pas, ils pouvaient pas être amoureux. - Ah si. Ça s'appelle un coup de foudre .

*

Ce que j'avais vu dans sa réaction de la veille me disait que j'avançais sur un terrain dangereux. Son goût pour l'anéantissement allait m'obliger à me construire en silence, sur la pointe des pieds.









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