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Célestine ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Sophie Wouters












Si l’on apprend dès les premières lignes les circonstances de la naissance de Célestine, orpheline avant même le premier cri qu’elle ne poussa jamais, née par césarienne en urgence grâce au savoir faire détourné d’un vétérinaire, on la retrouve dix-sept ans plus tard à la cour d’assises des mineurs. 


Pour connaître le parcours qu’il l’a conduite dans le box des accusés, il faudra se plonger dans le récit de sa vie, auprès de son oncle et de sa tante, pas malheureuse, pas heureuse non plus. Sa vie monotone et ses rêves de devenir journaliste sont son quotidien, dans ce petit village rural coupé des bruits de la ville. L’arrivée de parisiens soucieux de se ressourcer changera la donne, en lui ouvrant des perspectives d’avenir plus glorieux, et en lui faisant découvrir l’amour. 



On s’accroche vite à l’histoire, en raison de la construction qui ne laisse pas d’indices sur ce qui s’est passé réellement et qui a conduit au jugement. 


On apprécie également la description dumilieu rural, à une époque où il était aisé de comprendre en quelques regards et peu de mots l’origine d’un interlocuteur. Le texte est une chronique des années soixante, avec l’arrivée de la télévision dans les foyers, l’évocation du vainqueur du tour de France ou, l’assassinat de Kennedy.


Les personnages sont analysés avec finesse et la spirale infernale qui conduit au drame est bien amenée. 


Un  premier roman intéressant et agréable 


132 pages Hervé Chopin 5 janvier 2023








Venir au monde après le décès de ses parents, vous n’allez quand même pas m’dire que c’est la façon d’faire du commun des mortels ! marmonna-t-il, assis sur son petit tabouret, en tirant plus énergiquement sur les mamelles de la vache qui s’était mise à beugler. 


*


L’amour parfois ce pouvoir magique de rendre amnésique. Ce fut bien le cas pour Célestine. Son passé lui semblait ne jamais avoir existé et elle survolait complètement la vie qui était encore la sienne. Elle y était, mais comme dans un monde parallèle, et son grand détachement la rendit plus docile encore qu’elle ne l’avait été jusque là




Sophie Wouters


Sophie Wouters est une écrivaine belge. Célestine est son premier roman.


Le sang des bêtes ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️


 Thomas Gunzig











Alors que la routine s’écrit autour du muscle, de ses muscles et de ceux de ses clients, à qui il vend les protéines qui les aideront à sculpter un corps rêvé, une altercation capte son attention dans la rue. Un homme s’en prend violemment à une jeune femme rousse, qui semble soumise. Le même jour, son père l’informe que ses jours sont comptés et qu’il a donc décidé de venir vivre chez lui, alors que son propre fils, brisé par une rupture rejoint aussi le petit appartement transformé en colocation de fortune. Il n’y manque que l’étrange jeune femme rousse, qui prétend être tout autre chose que ce que son aspect ne laisse croire…


Comédie loufoque, qui sert de support à de nombreuses réflexions 

sur le couple, la famille et la génétique sous toutes ses formes (épigénétique, organismes génétiquement modifiés, transmission…) avec la question en filigrane du rôle des valeurs éducatives.


C’est léger, drôle, mais tout de même sérieux, avec un vrai débat sur la famille et le couple.


Un grand plaisir de lecture 


234  pages Au diable Vauvert 6 janvier 2022




Le temps transforme tout… C’est aussi simple que ça. Il faut accepter que votre couple se transforme et que ce n'est pas si grave. Avec le temps, il se transforme en quelque chose qui ne ressemble pas à tous ces clichés sur les couples qu'on voit à la télé. Il se transforme en quelque chose qui vous ressemble. C'est tout. Tu sais ce que c'est l'important ? Je vais te le dire, parce que c'est très simple : l'important c'est de continuer à bien s’entendre.


*


Vous avez développé une technologie qui vous a permis de tout détruire. Ça vous a rassurés de faire ça. Aujourd'hui vous ne laissez vivre que les animaux qui vous amusent ou qui vous nourrissent. C'est à la fois terriblement égoïste mais surtout c'est très lâche.





Thomas Gunzig est écrivain, libraire, chroniqueur et professeur belge.



L'affaire Saint Fiacre ⭐️⭐️⭐️

 Georges Simenon




  • Éditeur ‏ : ‎ Le Livre de Poche (2 janvier 2003)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Poche ‏ : ‎ 186 pages








Revenu sur les lieux de son enfance, le commissaire Maigret se retrouve malgré lui happé par une affaire peu banale : un crime est annoncé, sous forme d’un message anonyme adressé à la police de Saint Fiacre, précisant le lieu et le moment du décès. En effet lors de la première messe des morts, conformément à ce que prédisait le message, la comtesse de Saint Fiacre est victime d’un accident cardiaque. 


Maigret entre en scène, à titre officieux,  pour tenter de comprendre ce qui s’est passé, observant les comportements et tentant de décrypter les invraisemblances des discours pour faire la lumière sur cette affaire. Mais c’est aussi pour l’enfant du pays l’'occasion de faire ressurgir de lointains souvenirs, puisque  le père de Maigret était régisseur du domaine Saint Fiacre. 


L’ambiance est désuète mais l’enquête tient la route et le roman se lit avec plaisir, comme l’on revoit un vieux film en noir et blanc. Et peut donner l’envie de se plonger de temps à autre dans l’une des nombreuses enquêtes du célèbre enquêteur. 




Et Maigret retrouvait les sensations d'autrefois : le froid, les yeux qui picotaient, le bout des doigts gelé, un arrière-goût de café. Puis, en entrant dans l'église une bouffée de chaleur, de lumière douce : l'odeur des cierges, de l'encens...

*
- Je vais voir si M. le comte peut...
Mais le commissaire ne laissa pas au maître d'hôtel le temps d'achever sa phrase. Il pénétra dans le couloir, se dirigea vers la bibliothèque, tandis que le domestique poussait un soupir de résignation. il n'y avait même plus moyen de sauver les apparences ! Les gens entraient comme dans un moulin ! C'était la débâcle !






Georges  Simenon est un écrivain belge francophone. Simenon était un auteur d’une extrême prolixité : on lui doit 192 romans, 158 nouvelles, diverses œuvres autobiographiques et plusieurs articles et reportages publiés sous son propre nom et 176 romans, des dizaines de nouvelles, contes galants et articles parus sous 27 pseudonymes. 




Le Souffleur de nuages ⭐️⭐️⭐️

 Nadine Monfils




  • Broché : 180 pages
  • Existe en version numérique 
  • Éditeur : Fleuve éditions (24 septembre 2020)
  • Langue : Français
  • #Lesouffleurdenuages #NetGalleyFrance




Lui, c’est un chauffeur de taxi parisien, exposé aux rencontres fugaces avec des clients plus ou moins courtois, plus ou moins bavards, et de plus en plus exigeants. 

Elle, c’est une frêle femme aux cheveux argentés, qui fait appel à Franck pour la conduire jusqu’à Enghien. Tout en se posant quelques questions sur sa santé mentale (la vénérable aïeule est partie en laissant la porte de sa maison grande ouverte!), il accepte la course.


C’est le point de départ d’échanges qui leur permettront de faire connaissance et de comprendre ce qui pousse la vieille dame à ainsi tout laisser derrière elle pour tenter de retrouver les bribes d’un bonheur passé.


Nadine Monfils dresse avec tendresse le portrait de ces deux personnages, unis dans leur solitude et qui finiront par se soutenir pour atteindre un but commun. Et qui sait, les belles rencontres sont souvent le fruit du hasard.


C’est un roman agréable et facile à lire, au point  de soupçonner qu’il était peut-être  destiné à la jeunesse, ce qu’infirme l’âge des protagonistes.


Le bémol vient plutôt de la sensation de déjà vu : le chauffeur de taxi las de ces contacts éphémères et de plus en plus irrévérencieux, la mamie rebelle et un peu extravagante   ne sont pas des nouveautés.


C’est une récréation apaisante entre deux romans plus puissants.

Merci à Netgalley et aux éditions Fleuve.






Un poète, c'est une chaise à trois pieds, qui écrit avec ce qui lui manque, pour pouvoir s'asseoir pour l'éternité.

*

J'aime que les mots soient comme des bonbons qu'on a envie de laisser fondre sur la langue du diable. Des mots à sucer, des mots à rêver, à enfermer dans une boîte à malice. Juste pour le plaisir de les ressortir de temps à autre. Et de les faire rôtir au milieu d'un champ de pâquerettes. On a ses petits chouchous, ceux qu'on cajole les soirs de pluie quand le bleu du ciel n'est plus qu'un souvenir qui tapisse le coeur. Les mots qui donnent un air de fête à ce qui nous tue. Une façon de tirer la langue à la faucheuse .







Nadine Monfils est écrivaine et réalisatrice belge, vivant à Montmartre.

Nadine Monfils a été successivement enseignante, attachée de presse d'une maison d'édition, comédienne de théâtre et critique littéraire pour le Père Ubu, l'équivalent belge du Canard enchaîné. 

Mais c’est avant tout comme auteur que Nadine Monfils s’est fait connaître avec la publication d’un recueil de contes, de poésie, de romans, de nouvelles et de plusieurs pièces de théâtre.

Elle a reçu en 2012, pour l'ensemble de son oeuvre, le prix spécial du Salon international du livre de poche de Saint-Maur, décerné par Gérard Collard. (Source : Babelio)

Les aérostats ⭐️⭐️⭐️

 Amélie Nothomb




  • Broché : 180 pages
  • Existe en version numérique
  • Éditeur : Albin Michel (19 août 2020)
  • Langue :  Français



29ème édition de l’incontournable de la rentrée d’automne, avec Les Aérostats. 


On se délecte du prénom d’un des personnages, une coquetterie que l’auteur glisse régulièrement dans ses écrits. Ici c’est Pie, un jeune homme supposé dyslexique (je dirais plutôt cabochard, je n’ai jamais vu une dyslexie disparaître en une séance de lecture à voix haute, orchestrée par la narratrice dont le prénom est plus courant, mais épicène, Ange). Trois ans séparent les deux protagonistes . Ange se fait fort de faire découvrir au lycéen rebelle mais prêt à puiser dans sa révolte ce qui fera le terreau d’un éveil culturel. Et cela  en quelques heures  les must de la littérature classique, Stendhal, Homère, Radiguet et quelques autres. Pour un gamin qui déteste la lecture, il acquiert rapidement un niveau de débat littéraire à faire pâlir un prof de français de lycée, même dans une classe motivée et en préparation du bac!


Un troisième personnage s’immisce dans le couple élève-prof, le père de Pie qui épie les leçons et fait son compte-rendu exhaustif à la fin de celle-ci.


Et enfin un autre prof, qui enseigne à Ange la philologie, dans une clace où la jeune fille semble être une sorte de souffre-douleur.


L’ensemble n’est pas désagréable, mais comme à chaque fois, je suis envahie par la voix  la voix d’Amélie Nothomb, comme si c'est elle qui me racontait l'histoire lorsque  je parcours ces lignes. 

Le roman aurait gagné à être plus étoffé, il est extrêmement  court et on reste un peu sur sa fin. Même si l’histoire est improbable, elle est le prétexte à jeter un regard original sur les oeuvres citées.


C’est une belle leçon de littérature déguisée en fable moderne.




Avec l'édition est née la critique littéraire. Et il s'est trouvé, Zoïle, pour déclarer qu'Homère écrivait comme un tacheron.
Eh bien, le public s'est emparé de Zoïle et l'a pendu.

*

Un. raisonnement infaillible devient autovalidant. Clos sur lui-même, ce qui est la définition de l'idiotie.

*

Une fois pour toute, Pie, la littérature n'est pas l'art de mettre les gens d'accord. Quand j'entends des lecteurs dire « j'adhère à Madame Bovary », je soupire de désespoir.

*

Vous emmenez mon fils en tram – un tramway nommé désir – pour aller au musée de l'Air,  vous envoyer en l'air, c'est pour lui apprendre l'usage de la métaphore ou de l'analogie ?











Amélie Nothomb, nom de plume de Fabienne Claire Nothomb, est une romancière belge d'expression française.
Elle écrit depuis ses dix-sept ans. Elle avoue avoir déjà écrit plus de quatre-vingt-dix romans. C'est en 1992, alors âgée de vingt-cinq ans, qu'elle fait son entrée fracassante dans le monde des lettres avec son roman "Hygiène de l'assassin." Elle enchaîne depuis les succès publics avec plus d'une vingtaine de publications. 

Deux kilos deux

Gil Bartholeyns







  • Broché: 300 pages
  • Editeur : JC Lattès (21 août 2019)
  • Collection : Littérature française
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français











Pour commencer, un décor en trompe-l’oeil, qui nous plonge dans un ambiance de far-west, pour quelques pages, le temps de remettre les pendules à l’heure. Sully vient y passer ses soirées, à l’affut d’un regard de la belle serveuse Molly. Mais sa présence est liée à une mission précise puisqu’il est mandaté pour faire le point sur l’élevage aviaire de Frédérick. La météo vient compliquer le déroulement des opérations. 

Ça c’est, pour le cadre général, qui donne un ton aventurier à l’intrigue. Mais ce serait sans compter avec le personnage central, vétérinaire, riche d’une expérience canadienne dans un élevage intensif, et enfermé dans des raisonnements en boucle, des ratiocinations, qu’elles concernent ce qu’il aurait pu dire ou ce qu’il devrait dire, déclinant sans cesse les éléments d’un dialogue projeté, alimenté par ses pensées tournant en boucle. Cela donne une idée de l’état d’angoisse permanente qui l’anime.

Par contre, toutes ses réflexions vont être une source particulièrement instructive, pour le lecteur, qui, même s’il n’est pas entièrement naïf, risque bien de se recevoir une douche pas tiède du tout,  et passera le plus loin possible de ces rayons de volailles découpées au supermarché, qui dans leur barquette innocente, laissent sous silence le  parcours calamiteux qui permettra à leurs acheteurs de de concocter une salade Caesar (ou tout autre recette, au choix). 

Ce n’est pas le premier écrit qui se penche sur cette question de la cause animale, de  la souffrance, de l’intérêt nutritionnel mis en balance avec l’écologie et la gestion des ressources . 
L’intérêt de celui-ci tient à cette personnalité du héros, décrite ci-dessus. Car loin d’être un discours univoque, le débat montre bien les impasses, les absurdités et les mensonges qui jalonnent les discours officiels. Encore une fois , on perçoit la trame et le fil conducteur de toutes les décisions de ceux qui se sont fait élire : ménager les lobbys et veiller à ce que les filières soient rentables. 


Roman très bien écrit, non dénué d’humour, et qui peut difficilement laisser insensible.


#DeuxKilosDeux #NetGalleyFrance






Alors en attendant que la vie lui fasse signe, le dieu du stade pelletait les nuages, carburant aux petits boulots. Rabatteur, peintre en bâtiment, saisonnier. Une fois il était au garage d'Albertine, un vieux connard qui prétendait avoir fait l'Everest, non seulement ça mais sans aide respiratoire. Un autre fois, il prêtait main forte à la ferme, chez les Voegele. Il avait décidé de vivre au jour le jour. C'était drôlement courageux.


*

Sullu n'arrivait pas toujours à être tendre envers les mites et les moustiques, immenses criminels, mais il ne voyait pas pourquoi la vie elle-même semblait dis difficile à respecter.


*

Etait-il nécessaire de manger du chien, de la girafe pour qu'ils existent? Tuer ferait donc vivre et la mort serait source d'existence - c'était du plus bel effet.

*

Sully aimait mieux courir tête baissée pour éviter ceux qui utilisaient le langage pour penser au lieu d'utiliser la pensée pour parler.









Gil Bartholeyns est né en 1975. Il vit à Bruxelles et enseigne à l’université de Lille l’histoire et l’anthropologie. Deux kilos deux est son premier roman.

La vraie vie

Adeline Dieudonné







  • Broché: 265 pages
  • Editeur : L'Iconoclaste (29 août 2018)
  • Collection : IC.VERGE
  • existe en version numérique
  • Langue : Français














« A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents, et celle des cadavres. »
Il suffit de cette phrase , la première, pour être happé . Tout est là : le récit d’une fillette, une vie ordinaire, et puis l’irruption de la mort. Brutale, alors qu’on ne s’y attend pas. Pas question de vous révéler d’emblée la nature et l’origine de ces cadavres, juste qu’ils seront un fil rouge  notable dans la suite du récit. Deuxième choc quelques pages plus loin, lorsque l’on apprend la puissance délétère de la crème Chantilly !  

La violence est là, à chaque page, mais loin de toute complaisance, car narrée par une observatrice presque distanciée, qui analyse avec son point de vue d’enfant les faits tels qu’elle les affronte, en quête de stratégie visant à se préserver et à réaliser ses rêves. Des rêves d’envergure : devenir Marie Curie! 

Récit d’une enfance volée, d’une famille impossible , de celles avec qui peuvent vous détruire ou vous armer. C’est le combat d’une gamine qui veut redonner à son frère le goût de vivre, qui refuse de devenir comme sa mère une enveloppe vide et qui veut modifier le cours de son passé.

Un vrai coup de coeur pour ce roman en passe d’être multiprimé. Le roman dont tout le monde parle en cette rentrée littéraire.  Et c’est mérité . Non seulement on est accroché dès les premières phrases mais l’intérêt ne diminue pas au fil de la lecture. 



Quand il n'était pas en train de chercher des animaux à tuer aux quatre coins de la planète, il branchait la télé sur des enceintes qui avaient coûté le prix d'une petite voiture, une bouteille de Glenfiddich à la main. Il faisait celui qui parlait à ma mère, mais, en réalité, on aurait pu la remplacer par un ficus, il n'aurait pas vu la différence.

*

Pour assurer Gilles, je faisais la grande et je chuchotais : "Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n'arrive pas dans la vraie vie"

*

*Mais ils sont rentrés comment dans son ventre? - Ils sont pas rentrés, elles les a fabriqué avec le bouc. Ils étaient très amoureux. -Mais le bouc il est resté même pas un jour, ils se connaissaient presque pas, ils pouvaient pas être amoureux. - Ah si. Ça s'appelle un coup de foudre .

*

Ce que j'avais vu dans sa réaction de la veille me disait que j'avançais sur un terrain dangereux. Son goût pour l'anéantissement allait m'obliger à me construire en silence, sur la pointe des pieds.









Frappe-toi le coeur

Amélie Nothomb







  • Broché: 180 pages
  • Editeur : Albin Michel (23 août 2017)
  • Collection : A.M. ROM.FRANC
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 222639916X
  • ISBN-13: 978-2226399168









Histoire de mère, de filles, de rendez-vous ratés, d’incompréhension, plantés ça et là dans un récit qui emprunte à la forme des contes classiques

La construction est peu originale : on suit les générations qui héritent inexorablement des bévues des précédentes, les personnages sont successivement abandonnés au profit de leur descendance : tout cela crée un climat peu propice à l’attachement, d’autant que les portraits sont taillés à la hache, sans nuance et avec très peu d’affects. Si ce style marchait parfaitement dans les romans du début de l’ère Nothomb, Métaphysique des tubes ou Stupeur et tremblements, c’est ici beaucoup moins efficace.

A distance de la lecture (à peine une dizaine de jours), il ne m’en reste déjà qu’une vague impression globale, rien ne vient éveiller des faits marquants dans ma mémoire. On a beaucoup parlé de jalousie comme thème central, il me semble plutôt avoir eu affaire à des personnages très auto-centrés et mus par un objectif unique : paraître. Autobiographique? : 

"Quelle merveille ce champagne! Du Deutz? Oui, je le reconnaitrais entre mille. Je dis toujours que le but de la vie, c'est de boire de grands champagnes".


Amélie Nothomb est elle-même un personnage de roman, aux apparitions rythmées par la rentrée de septembre. Le style est très personnel, mais le style ne fait pas tout. Le cru 2017 ne fera pas parti des millésimes exceptionnels.



Quelle merveille ce champagne! Du Deutz? Oui, je le reconnaitrais entre mille. Je dis toujours que le but de la vie, c'est de boire de grands champagnes

*

« Soyez économe de votre mépris , il y a beaucoup de nécessiteux » ; Olivia n’avait pas besoin d’obéir au fabuleux précepte de Chateaubriand parce qu’elle regorgeait de mépris. Elle pouvait le distribuer en prodigue, Il lui en resterait toujours.



La Mémoire de Babel La Passe Miroir T3

Christelle Dabos























Grand plaisir de retrouver l’héroïne aux lunettes émotives et à l’écharpe fusionnelle! D’autant que l’attente fût longue. 
La crainte d’une lassitude est latente lorsqu’on accroche les wagons d’une série : pas de déception ici, et c’est même sans doute celui que j’ai préféré des trois parus. L’action est sans doute moins alambiquée, tout se passe quasiment sur Babel, les personnages sont moins nombreux. On a affaire à une véritable intrigue policière , dont l’enquêtrice est Ophélie elle-même.

L’ensemble reste tout de même très inventif : hybride de  Lewis Caroll et de J. K. Rolling, on imagine sans peine un Tim Burton s’emparer de l’affaire pour concocter une réalisation sur grand écran.

On perçoit aussi l’évolution d’Ophélie, qui affiche deux ans de plus, qui tire partiellement parti de ses expériences passées. Si elle reste encore prisonnière de son manque de confiance, elle parvient à se dépasser d’autant qu’elle prend aussi conscience de la mission de grande envergure qui se dessine pour elle, bien au delà de sa volonté de retrouver son époux. Déterminée et prête à enfreindre les tabous, elle garde cependant des zones de fragilité qui la rendent toujours aussi touchante.

J’ai beaucoup apprécié le décor et l’analyse du fonctionnement de la cité de Babel, une arche dont l’apparente perfection cache un pouvoir totalitaire et avec ce que cela implique : délation, contrôles, surveillance ubiquitaire, négationisme…

L’auteur n’oublie pas les livres, qui sont au coeur de l’intrigue, dans cette sorte de grande école où la concurrence fait rage pour devenir « virtuose ». 


Le quatrième tome se fera t-il aussi longtemps attendre? Est-il prudent de laisser les arches dans l’état de précarité et d'instabilité décrit par l’auteur? 



Ophélie ôta ses lunettes et frotta longuement ses yeux brûlants. A force de fixer du texte, elle avait des mots imprimés jusque sous les paupières. Alors qu'elle s'étirait sur sa chaise, elle leva la tête vers le plafond. Ou plutôt vers le sol. des visiteurs y marchaient à l'envers, évoluant en silence entre les rayonnages des bibliothèques. Cela lui faisait toujours un drôle d'effet de penser que c'était elle qui se trouvait en haut et eux en bas.

*

Il m’a fallu plus de deux ans pour mettre en place des groupes de lecture qualifiés afin de passer au crible toutes les collections. Le premier ouvrage que vous prenez par inadvertance est le bon. Votre propension à malmener les statistiques est effrayante.

*

Fête de l’Argenterie, fête des Instruments de musique, fête des Bottes, fête des Chapeaux… Chaque année, y a une nouvelle guindaille dans le calendrier ! Bientôt, verrez qu’on fêtera les pots de chambre. D’mon temps, on ne gâtait pas les objets comme aujourd’hui, et après on s’étonne qu’ils nous fassent des caprices.




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