vendredi 13 octobre 2017

La fonte des glaces

Joël Baqué







  • Broché: 288 pages
  • Editeur : P.O.L (17 août 2017)
  • Collection : FICTION
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2818013917
  • ISBN-13: 978-2818013915









Le titre est assez clair : à moins que l’auteur ne revienne sur un traumatisme de sa jeunesse, (un été chaud, des mains collantes, et un cornet insuffisant pour retenir la lente descente d’un sorbet à la fraise) , on se doute que le réchauffement climatique planétaire fera office de décor à une fable contemporaine. 

Mais Joël Baqué nous prouve qu’il est possible de traiter le sujet avec subtilité, humour, perspicacité et intelligence.

Le personnage central est tout ce qu’il  ya de plus ordinaire : une vie de veuf après quelques décennies de complicité charcutière avec sa défunte épouse, une tendance à la déprime, un laisser aller général, une retraite en pente douce vers un au-delà potentiel. Inéluctable si une découverte improbable sur l’étagère d’une vieille armoire de brocante n’avait pas fait basculer son destin.

Le sujet est un thème récurrent des romans d’anticipation, qu’ils soient dystopiques ou post-apocalyptiques, et ici, on est dans un présent bien identifié, et la biographie de Louis fait référence à des pages marquantes notre  histoire récente. Là aussi, le point de vue adopté fait appel à la dérision, respectueuse malgré tout. Les situations sont cocasses, la mort du père de Louis, son idylle adolescente qui lui inspira une mémorable chanson funky, puis l’harmonie de son couple jusqu’à la disparition de la femme de sa vie, c’est terriblement banal, mais traité avec un style décapant. C’est fort drôle. 
On imagine bien Louis, dans sa banalité ordinaire, son manque d’entrain qui contraste avec une volonté farouche d’aller au bout de son rêve. 
C’st aussi le constat du pouvoir insidieux des réseaux sociaux qui peuvent du jour au lendemain faire d’un anonyme une célébrité, à son corps défendant et quitte à ré-interpréter les aspects les moins glamours pour qu’ils fassent partie de la légende , fut-elle éphémère : 

« Alice serait abondamment interrogés sur Louis, sur sa personnalité, sur son sens de la communication. Elle ferait de son mieux pour ménager la légende sans verser dans la pure fiction, interprétant les fréquentes somnolences de Louis comme une capacité à s' abstraire de son environnement et ses dodelinements comme des exercices de concentration ».

L’écriture est élaborée, riche en métaphores et grandiloquente, et c’est ce décalage entre la banalité du propos et la richesse du style qui m’a réjouie : 

« Le comptable, grâce à sa lecture propédeutique des guides, connaissait la  rareté des taxis et craignait que les compteurs, s’il y en avait, obéissent à des lois relevant de la fluctuante quantique  plutôt que de la belle prévisibilité newtonienne ».


Que vient faire le manchot empereur dans cette histoire? A vous de le découvrir




Louis était un homme de sieste mais aussi de parole. Il se présenta dans le hall, l'air abasourdi, les joues fripées, mais pile à l'heure convenue

*

Le Nathanaël était mieux équipé que le Titanic, mais Louis n'aimait pas l'idée qu'éviter une collision tienne en dernier ressort à la vigilance d'un seul homme. Certes, tous étaient des marins aguerris, mais il se rappelait avoir, du temps de la boutique de la rue Lavoisier, vider le poivrier dans les rillettes parce qu'il avait rêvassé quelques instants comme il arrive parfois.

*

Elle détestait les dictons. Ils  lui rappelaient que sa mère les avait quittés, elle et son père, sur un obscur "les chats ne font pas des chiens"
 avant de claquer bruyamment et à jamais la porte.

*

Alice est une journaliste d'investigation québécoise résolument indépendante. Elle n'est ni salariée d'un média, ni la moitié d'un couple, et n'envisage pas de devenir un jour le tiers d'une famille, puis le quart, etc. Elle ne veut pas rétrécir.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire