jeudi 31 janvier 2019

San Perdido

David Zukerman







  • Broché: 450 pages
  • Editeur : Calmann-Lévy (2 janvier 2019)
  • Collection : Littérature Française
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français


















Au Panama, dans les années 50, c’est la corruption qui dicte ses lois à la population démunie, qu’elle soit de San Perdido ou d’ailleurs. Les plus précaires vivent de la récupération, en un temps où le recyclage ne se référait pas à une pratique éthique pour préserver la planète, mais était la seule issue pour essayer de survivre. Felicia le sait, elle qui y vit depuis des dizaines d’années , insensible désormais aux odeurs nauséabondes qui font partie de son quotidien monotone. Jusqu’à ce qu’elle aperçoive le gamin, celui qu’elle nommera la Langosta,  désossant les structures métalliques avec ses grandes mains adroites, posant son regard clair et énigmatique sur son entourage, sans jamais prononcer un seul mot. 

Le récit est captivant, car les personnages sont forts, parfois à la limite de la caricature, comme ce gouverneur surnommé le Toro en raison de son appétit  insatiable pour les jeunes  beautés qui n’ont d’autres moyens pour manger que de vendre leurs charmes et qui engloutit le budget gouvernemental dans les plaisirs charnels tarifés, ou ce médecin dévoué et désintéressé qui prend soin des âmes et des corps, ou ces petites frappes qui rackettent les moins téméraires. Les destins pourraient être scellés, mais il faut compter avec Yerbo, armé de son regard pâle et de ses mains puissantes pour venir troubler le fonctionnement pervers de la ville. Et c’est un sacré personnage, avec une part de mystère qui le fera entrer dans la légende.

C’est aussi l’occasion de se pencher sur l’histoire des cimarrons, ces esclaves africains du 16è siècle, échappés des domaines espagnols.

L’histoire est captivante et bien mise en valeur par une écriture vive et dynamique. L’utilisation du présent évite que la légende prenne le pas sur une histoire à laquelle on a envie de croire. Pas de temps mort, tout est important. 


Ça se dévore avec délectation : premier coup de coeur de cette année avec ce premier roman, dont on devrait entendre parler.


#SanPerdido #NetGalleyFrance







Augusto sait qu'il n'aura rien non plus à manger. A cette pensée, il ressent le vide de son estomac comme un gouffre sans fond. Il se lève, abandonnant le sac de déchets, et jette un regard désespéré autour de lui. Partout ce ne sont que des rebuts nauséabonds, des ordures putrides chauffées au soleil. Les silhouettes que la réverbération fait trembler ressemblent à des fantômes affamés fouillant la poubelle de l'enfer.

*

Voilà bien longtemps que Felicia n'attache plus d'importance aux liens du sang. Elle sait que dans la misère, ceux ci sont trop souvent supplantés par les alliances que crée la nécessité.

*

Sur cet isthme qu'est l'Amérique centrale, enserré par deux immenses continents, on regarde le monde avec le point de vue d'un nain coincé entre deux géants



Né en 1960 à Créteil, David Zukerman  a été successivement ouvrier spécialisé, homme de ménage, plongeur, contrôleur dans un cinéma, membre d’un groupe de rock, comédien et metteur  en scène. Pendant toutes ces années, il a également écrit une quinzaine de pièces de théâtre, dont certaines furent diffusées sur France Culture, et quatre romans qu’il n’a jamais voulu envoyer à des éditeurs.  San Perdido est sa première publication.
(Source : Calmann-Lévy)









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