mercredi 8 mai 2019

1984

George Orwell









  • Poche: 438 pages
  • Editeur : Gallimard; Édition : FOLIO (16 novembre 1972)
  • Collection : Folio
  • Existe en version numérique
  • Traduction (Anglais) : Amélie Audiberti













Avec le temps qui passe, ce chef d’oeuvre de l’anticipation est de plus en plus flippant. Ce qui était visionnaire il y a 40 ans est maintenant la norme, dans une perspective extrêmement pessimiste de l’évolution de notre monde. Primauté des enjeux économiques, avec les guerres comme buts et moyens, pour maintenir le peuple dans une dépendance débilitante, disparition des libertés, avec une exploitation incessante des données de surveillance, pour étouffer dans l’oeuf toute déviance. 

Le plus choquant est peut-être le contrôle du langage que les élites s’appliquent à réduire à un minimum fonctionnel, interdisant à tout jamais la moindre velléité de réflexion, et sapant ainsi la dimension artistique et poétique de cet outil humain merveilleux. 

Au coeur de cet univers cauchemardesque, Winston lutte, imaginant échapper au laminoir, avec une jeune femme qui partage ses illusions, et qui lui permet de vivre un amour inespéré (bien entendu, ces sentiments et les pratiques qui en découlent sont des crimes sévèrement punis).

C’est toujours aussi efficace, même si les raisons ne sont pas les mêmes en 2018, par rapport à une lecture dans les années 70.

Bien entendu pas question de lire la nouvelle version proposée, celle qui justement remanie la traduction, manoeuvre qui flaire la récupération de droits d’auteur, pour un ouvrage qui tombe dans le domaine public.



Le hall sentait le chou cuit et le vieux tapis. À l’une de ses extrémités, une affiche de couleur, trop vaste pour ce déploiement intérieur, était clouée au mur. Elle représentait simplement un énorme visage, large de plus d’un mètre : le visage d’un homme d’environ quarante-cinq ans, à l’épaisse moustache noire, aux traits accentués et beaux.

*

Le ministère de la Vérité comprenait, disait-on, trois mille pièces au-dessus du niveau du sol, et des ramifications souterraines correspondantes. Disséminées dans Londres, il n’y avait que trois autres constructions d’apparence et de dimensions analogues. Elles écrasaient si complètement l’architecture environnante que, du toit du bloc de la Victoire, on pouvait les voir toutes les quatre simultanément. C’étaient les locaux des quatre ministères entre lesquels se partageait la totalité de l’appareil gouvernemental. Le ministère de la Vérité, qui s’occupait des divertissements, de l’information, de l’éducation et des beaux-arts. Le ministère de la Paix, qui s’occupait de la guerre. Le ministère de l’Amour qui veillait au respect de la loi et de l’ordre. Le ministère de l’Abondance, qui était responsable des affaires économiques. Leurs noms, en novlangue, étaient : Miniver, Minipax, Miniamour, Miniplein.

*

Il déroula le message qu’il avait mis de côté plus tôt. Ce message était ainsi libellé :

times 3-12-83 report ordrejour bb plusnonsatisf. ref nonêtres récrire entier soumhaut avantclassement

En ancien langage (en anglais ordinaire) cela pouvait se traduire ainsi :
Le compte rendu de l’ordre du jour de Big Brother, dans le numéro du journal le Timesdu 3 décembre 1983, est extrêmement insatisfaisant et fait allusion à des personnes non existantes. Récrire en entier et soumettre votre projet aux autorités compétentes avant d’envoyer au classement.





George Orwell, de son vrai nom Eric Arthur Blair, est écrivain anglais.

Fils d'un fonctionnaire de l'administration des Indes chargé de la Régie de l'opium, il obtient une bourse au Collège d'Eton, la plus réputée des public schools, où il étudie de 1917 à 1921. En 1922, il choisit une carrière militaire afin de repartir en Orient mais son expérience de sergent en Birmanie va le confronter à la bestialité de l’impérialisme britannique et il démissionne en 1927. Il décide alors de se dévouer à l’écriture.





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