mardi 7 mai 2019

Frère d'âme

David Diop








  • Broché: 176 pages
  • Editeur : Le Seuil (16 août 2018)
  • Collection : Cadre rouge
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français










Au cœur de ce récit aux allures de conte cruel, la triste banalité de la guerre, celle qui il y a cent ans a assassiné au nom d’idéaux fallacieux cachant juste la soif de pouvoir , des millions de vies humaines. Et parmi cette foule sacrificielle, certains furent moins égaux que d’autres, et parmi eux les tirailleurs africains. C’est la voix de l’un d’eux qui nous confie sa détresse et nous raconte comment son frère d’arme et d’âme , est mort au combat, et comment il a pu essayer de répondre à la terrible souffrance que fut la perte de son ami, alors qu’il est rongé par la culpabilité d’avoir été incapable de mettre fin à ses souffrances.

Si les scènes de guerre, au coeur des tranchées ne sont pas sans rappeler Au revoir là-haut, l’écriture s’en différencie, de l’incantation à la folie, les mots ornent la souffrance, masquent l’indicible et prennent le pouvoir sur l’horreur qui ronge la raison. 

Le choix des lycéens est osé, démentant la légitimité d’une littérature jeunesse, et il faut une grande maturité pour décerner un prix, mérité , à un tel ouvrage.


Ce récit laisse une empreinte forte sur les souvenirs, et fera partie de ceux que les années n’effacent pas.  Thèmes universels porté par une langue de poète, la guerre, les regrets du pays perdu, les alliances impossibles, l’amitié perdue, prennent ici des allures bibliques, avec en ligne d empire la folie, seule rempart contre la souffrance. 



Personne ne saurait non plus que Mademba m’avait supplié trois fois de l’achever, que j’étais resté sourd à ses trois supplications, que j’avais été inhumain par obéissance aux voix du devoir. Mais j’étais devenu libre de ne plus les écouter, de ne plus obéir à ces voix qui commandent de ne pas être humain quand il le faudrait.

*
Comment j’avais attrapé l’ennemi, ça ne les intéressait pas. Comment j’avais coupé la main non plus. Ce qui les intéressait, c’était le résultat, la sauvagerie. Et ils rigolaient avec moi en pensant que depuis le temps les ennemis d’en face devaient avoir très, très peur de se voir la main coupée. 

*

Traduire, ce n’est jamais simple. Traduire, c’est trahir sur les bords, c’est maquignonner, c’est marchander une phrase pour une autre. Traduire est une des seules activités humaines où l’on est obligé de mentir sur les détails pour rapporter le vrai en gros.






David Diop est Maître de conférences HDR (Habilité à diriger des recherches) en littérature française du 18e siècle à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour (UPPA), depuis 2014. 

Il a grandi au Sénégal. Agrégé de Lettres, il est titulaire d'une Licence L1 et L3 : littérature du 18e siècle et d'un Master Enseignement (Capes Lettres Modernes), Master 1 et 2.

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