mardi 28 janvier 2020

Reflets des jours mauves

Gérald Tenenbaum








  • Broché : 208 pages
  • Editeur : Héloïse d'Ormesson (3 octobre 2019)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français











Que de surprises en parcourant ce roman, que l’auteur m’a gentiment conviée à découvrir!

D’abord celle de me retrouver dans une ville que je connais bien, pour y avoir vécu depuis presque toujours. Et de plus dans l’hôpital où j’ai travaillé plus de trente ans! Bien sûr le voyage dans ce paysage familier s’arrête là, car les personnages eux sont fictifs et sans aucun lien avec les gens de la vraie vie que j’y ai côtoyés. 

L’histoire commence dans le jardin de Luxembourg, où l’énigmatique Pr Lazare vient assister plus que participer à la cérémonie destinée à l’honorer pour les services rendus à la science au cours de sa carrière de généticien. L’homme semble lesté d’un passé douloureux qui occulte la bienveillance de bon aloi inhérente à ce type de festivités. Et puis un autre personnage vient renforcer le sentiment de loup dans le placard : c’est un jeune homme qui se dit mandaté par le Lancet, revue de publication internationale incontournable pour tout chercheur. La soirée se poursuit dans un pub et c’est là que Lazare se raconte. Ses recherches, les découvertes dont la portée le dépasse, puisqu’elles impliquent le destin de ses proches et particulièrement d’une jeune femme aux yeux mauves.


La construction est intéressante, préservant habilement le secret livré  peu à peu au cours de cette longue nuit de confidences, pour une révélation finale inattendue.

L’écriture est très recherchée, presque lyrique, mais les dialogues rééquilibrent l’impression de lourdeur qui aurait pu se dégager du récit.  

L’aspect scientifique dénote d’une documentation sérieuse, avec juste ce qu’il faut de fantaisie pour que l’on identifie bien les travaux de recherche du professeur comme de la fiction , comme l’atteste la postface d’une généticienne genévoise. La vie n’a pas encore livré tous ses secrets, y compris ceux qui concernent sa fin.


J’ai passé un agréable moment de lecture que je dois à la générosité de Gérald Tenenbaum, et je l’en remercie sincèrement  




- Eh bien..J'ai rencontré un éditeur. On m'a proposé un contrat.
- Un contrat? C'est mieux avec l'édition qu'avec le milieu.
-C'est aussi un milieu
-Exact, sourit Lazare en se renversant sur le siège

*

Vingt minutes plus tard, ils conversent tous les cinq, sinon comme de vieux amis, du moins comme des gens bonne compagnie. Les différences d'âge s'estompent au fur et à mesure que s'installe la nuit, mais ceux qui portent un passé ne peuvent s'empêcher de le convoquer au moindre bruissement. Celui de Lazare est comme un fauve aux aguets. Chaque expression est imprégnée d'une odeur ou d'un son, chaque mouvement du corps résonne comme le dernier maillon d'une chaine de mille et mille mouvements semblables ayant parsemés les saisons, chaque remarque s'éclaire d'une lueur engloutie depuis la nuit des temps, émergeant d'une eau opaque et s'ébrouant  avec l'insouciante vigueur d'une fraîcheur évanouie.


*

Alors, presque en s'excusant, il explique que l'ARN est cette molécule du vivant qui sert aux cellules pour synthétiser les protéines nécessaires. Une sorte de liste dépèces détachées façon Ikéa, mais assortie d'un plan de montage très détaillé. Ce qu'ont montré Sharp et son collègue Richard Roberts, c'est que dans ces listes, certaines instructions peuvent être temporairement gommées, désactivées, si bien que la même liste peut servir à fabriquer plusieurs molécules distinctes.Imaginez une notice donné puisse se lire en français, en anglais ou en chinois rien qu'en changeant le cache à pose dessus. L'information au pochoir, suprême élégance de la nature. 







 Tenenbaum
est un mathématicien, un essayiste et un romancier français.

Ancien élève de l'École polytechnique, il est professeur de mathématiques à l'Institut Élie Cartan de l'université de Lorraine. (Source : Babelio)

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