lundi 29 juin 2020

Erika Salter ⭐️⭐️⭐️⭐️

Hervé Bel

Erika Sattler par Bel


  • Broché : 342 pages
  • Editeur : Stock (19 août 2020)
  • Collection : La Bleue

L’auteur des Choix secrets nous propose à nouveau le portrait d’une femme, qui donne son titre au roman. Erika est l’épouse d’un SS, nous sommes en janvier 1945, et malgré les convictions de la jeune femme, et la propagande de ce parti auquel elle adhère sans réserve, l’armée allemande est en déroute, et fuit la Pologne qu’elle occupait, chassée par les Russes. 


Erika suit le mouvement, croise sur son chemin une femme et son petit garçon. La mort guette sur la route et lorsque l’enfant se retrouve seul, Erika se pose en mère de substitution. Ce chemin de croix extrêmement dangereux est l’occasion de revenir sur son passé, son mariage avec un officier qui a trahi. 


« Elle ne l’aimait pas. Il le savait bien. elle restait au foyer par idéal national-socialiste. Erika se voulait une ménagère exemplaire. Le nazisme était son romantisme à elle, et comme sa vie ne correspondait pas à ses espérances, elle était malheureuse. »


Tout est dans cette phrase. Comme dans Les choix secrets, Hervé Bel dresse le portrait peu flatteur d’une femme prisonnière de préjugés qui lui sont nécessaires pour ne pas s’écrouler ;  On peut ne pas l’aimer, voire la détester, mais elle a en elle cette cohérence qui la maintient en vie et fait sa force, .


Le roman est noir, et ce d’autant plus qu’il s’appui sur des faits réels, montrant l’humanité dans e qu’elle a plus terrible Certains passages sont insoutenables et l’auteur met bien en évidence cette capacité de l’être humain à s’habituer au pire.



Ce n’est pas une lecture délassante, mais ce genre de récit est indispensable, pour ne pas oublier, pour être conscient que tout est toujours possible, hélas . 


#ErikaSattler #NetGalleyFrance




La forêt bruissait du souffle des scies et des hommes harassés, des cris des kapos, et de l’écho saccadé des cognées. L’air sentait la pourriture végétale sur la terre gorgée de froid.

En ce début d’après-midi, les gardes, le ventre plein, étaient fatigués, car même les plus méchants digèrent. Ils fumaient en regardant ailleurs pour n’avoir pas à sévir.

C’était aussi, pour les détenus, un moment de repos relatif. Les muscles se détendaient un peu. Parfois, un œil toujours fixé sur les SS et les kapos qui buvaient du café chaud à même les thermos, ils interrompaient leur travail. Jamais longtemps.

L’un d’eux en profita pour aller pisser derrière un buisson. Il s’appuya contre un chêne…


*


Elles recommencent à marcher. Le froid, la fatigue ont eu raison de la parole. Chacun suit l’autre sans même savoir où il va. Le ciel se couvre et répand ses flocons, épais et lourds, transformant les fuyards en ombres blanches qui s’avancent dans les tourbillons, tombent, bientôt engloutis dans la mer blanche, dans l’indifférence générale.

C’est curieux. On se croit au bout du bout, et pourtant les pieds avancent, les jambes se soulèvent. Il suffit pour ça de trouver le rythme, et puis l’esprit prend le dessus. Déjà, on se projette dans l’avenir. « Si je m’en sors, alors je ferai ceci ou cela… » Tout ce que bêtement on n’a pas fait. Quand on mangera, on se recueillera avant. On sera heureux en regardant le soleil brunir notre peau.

Mais Erika n’a aucune idée de son avenir. Elle a beau chercher en elle quelque chose qui la fasse rêver, elle ne voit plus rien que son passé.


*


Il fait encore un jour hésitant. Paul s’est traîné jusqu’à la porte. Les jambes pendant au-dessus de la voie, il respire profondément, goûte à l’air pur et au silence. La douleur s’est estompée, sournoise comme le début d’une rage de dents que l’on peut oublier de temps à autre. Derrière la rangée d’arbres, la plaine enneigée se déploie, bleutée et brillante. C’est un paysage à contempler d’une fenêtre, bien au chaud, avec la femme qu’on aime pressée contre soi.




Hervé Bel


Né en 1961, Hervé Bel a fait des études de droit et d’économie et travaille dans une grande entreprise.
La Nuit du Vojd, son premier roman (Lattès, 2010), a obtenu le prix Edmée de la Rochefoucauld et a été sélectionné par le Festival du premier roman de Chambéry.
Il anime un blog pour Actualite.com, « Les ensablés, survivre en littérature » (Source Babelio)




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