Mobylette ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Frédéric Ploussard




  • Éditeur ‏ : ‎ Héloïse d'Ormesson (26 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 416 pages
  • Prix Stanislas 2021







Il ne faut pas plus de deux pages pour entrer dans cette histoire et être séduit  par le brio de l’écriture ! 

Une brève visite pour camper le décor, celui des origines, Clinquey, une petite cité qui semble constituer une synthèse des erreurs de l’urbanisme des cinquante dernières années. 

Dans la forêt proche, se déroule le drame initial, celui qui a induit tout le reste, y compris une certaine forme de résilience. 

La dérision est là, immédiate, pour désamorcer la morosité. 


On comprend vite les limites du soutien familial. Le milieu est frustre, ce sont les silences et les coups qui dictent les règles.


Le temps passe mais le petit nuage noir au dessus de la tête du narrateur est toujours bien présent.  De l’eau dans le gaz pour ce couple fraichement parental, et une rude remise en cause permanente dans le boulot. De l’utilité de mesurer un mètre quatre vingt dix pour maitriser un ado « énervé » dans un centre dédié, dont on ne sait qui est à l’abri, les pensionnaires ou l’ensemble du monde extérieur.


Les allers et retours du narrateur,  de sa famille clinquine à son  couple en crise,  sont interrompus par les multiples frasques issues de l’imagination débridée de l’ensemble des protagonistes 


Derrière le tableau cocasse et les situations délirantes, (mais ne pas oublier que la réalité peut parfois dépasser la fiction), le rappel de ce que peut générer une famille foutraque, et le drame de ces jeunes qui portent dans leur bagage déjà trois générations d’êtres abimés, hors norme, qu’il convient de planquer derrière des murs les plus hauts possibles.


Un premier roman qui m’a vraiment séduite, par le ton et par l’authenticité de ce que l’on y lit (confortée par mes années de travail en ITEP).  




En contrebas du plateau que nous traversons, à une vingtaine de kilomètres vers l’ouest, se trouve une bourgade du nom de Clinquey. Ancienne place forte construite à la sortie d’une vallée encaissée et autoproclamée capitale du Texas lorrain à l’époque du Texas lorrain. Pendant des décennies, le village avait connu la prospérité grâce à la sidérurgie qui s’était développée alentour, avant que cette dernière ne décline et ne renvoie toute son humanité à la maison ou au bistrot. La suie retombe sur les hauts-fourneaux abandonnés. La pluie s’infiltre dans les anciennes galeries de mines. J’y suis né.

*

Un silence de plomb s’était abattu sur la famille réunie. Même les animaux empaillés avaient baissé la tête. Après des jours à s’être égosillée : « Sors, sors, sors mais sors bordel ! », ma mère se retrouvait au cœur d’un nouveau cataclysme. Elle qui avait cru accoucher le 8 août, et mourir, puis le 9, et mourir, avait finalement accouché et survécu le 10 au matin. À la Saint-Laurent. Me prénommer Laurent était impensable pour ma mère. Ils en avaient chié des ronds de chapeau pour trouver mon prénom, merde !

*

Mon père en hôte. Qui m’invite à une fête.

Ce n’est pas possible. Il n’en fait pas. Aucune fête n’est faite pour lui parce qu’aucune fête n’est fête pour lui.

Ma mère en taule. Cette info colle plus ou moins. Il faut que vieillesse se passe.

Mon père. Ma mère. Une fête. Je me dois d’aller au bout de cette expérience.

Philippe Katherine. Sous-marinier.

Marine Le Pen. Boulangère.

Émile Louis. Sophrologue.

Il est des associations comme ça. Impossible.







Né en 1968, Frédéric Ploussard a longtemps exercé le métier d’éducateur spécialisé. Il vit aujourd’hui en Ardèche où il se consacre à l’écriture. Mobylette est son premier roman.













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