Alexandra Matine
L’histoire débute au cours du confinement, alors que tout un chacun découvre une nouvelle dimension du temps, libéré des contraintes d’une vie minutée par les obligations professionnelles et leurs corollaires les déplacements chronophage. De nombreux confinés se découvrent ainsi des talents cachés dans des domaines aussi divers que variés ! Pour Georgia, seule sur le campus universitaire, tout commence par une chorégraphie sur les toits du bâtiment où elle réside.
Et comme ceux qui n’ont pas d’inspiration pour sortir de leur routine ont aussi beaucoup de temps pour voir les autres s’exprimer, la vidéo devient un succès immense. Et avec cette incursion presque involontaire dans l’univers du réseau social, la vie de Georgia bascule.
Outre le fait d’entrer dans les coulisses de ce monde virtuel, qui démontre le pouvoir des images jusqu’à l’absurdité (mais on n’est pas si loin de ce qui se passe réellement), on vit du point de vue de l’influenceuse les multiples pièges tendus
« ce monde virtuel avait quelque chose de rassurant. Mais entre ses vies parallèles, la membrane commence à s’amincir ;
force Georgia, à prendre conscience qu'une seule de ces vies est la vie, pleinement vécue. Elle avait cru que ce qu'elle montrait n'était pas qui elle était, mais n'est-elle pas devenue ce qu'elle montre ? »
Le roman n’omet pas de mentionner le rapport au corps , véhiculé par les messages, qui vantent pour la plupart les bienfaits de produits destinés à la recherche d’un corps féminin désirable :
« Un ensemble de fragilité à maintenir en équilibre. Une longue glissade, maîtrisée dans un filet de soie. Quand on dit d'une femme que c'est une professionnelle, cela veut dire qu'elle est travailleuse du sexe. Comme si les femmes n'avaient qu'une seule chose à maîtriser, qu'un seul bien à vendre, leur corps, et une seule façon de le faire, en satisfaisant, les hommes »
On assistera donc à la métamorphose progressive de l’univers de Georgia. Et j’utilise ce terme de métamorphose à dessein. Cela ne peut être un hasard si le nom de l’héroïne est si proche du héros de Kafka, qui subit lui aussi une transformation inattendue de sa vie.
Difficile d’en dire plus, pour ne pas révéler les choses, mais on assiste tout de même à un glissement spectaculaire des événements , qui donne une dimension supplémentaire au roman.
Mêle si on n’a pas l’impression de découvrir complètement l’envers du décor, ce roman offre une déclinaison originale de l’univers des réseaux sociaux, qui n’en sortent pas vraiment grandis, ni du côté des acteurs du spectacle ni de celui des spectateurs sans qui rien de tout cela n’existerait !
C’est mon roman préféré de cette autrice.
Merci à Netgalley et aux éditions Les Avrils
400 pages Les Avrils 5 mars 2026
#Scopophilia #NetGalleyFrance
« ce monde virtuel avait quelque chose de rassurant. Mais entre ses vies parallèles, la membrane commence à s’amincir ; force Georgia, à prendre conscience qu'une seule de ces vies est la vie, pleinement vécue. Elle avait cru que ce qu'elle montrait n'était pas qui elle était, mais n'est-elle pas devenue ce qu'elle montre ? »
« Un ensemble de fragilité à maintenir en équilibre. Une longue glissade, maîtrisée dans un filet de soie. Quand on dit d'une femme que c'est une professionnelle, cela veut dire qu'elle est travailleuse du sexe. Comme si les femmes n'avaient qu'une seule chose à maîtriser, qu'un seul bien à vendre, leur corps, et une seule façon de le faire, en satisfaisant, les hommes »

Alexandra Matine est diplômée de Sciences-Po.
Elle commence une carrière de journaliste à Londres avant de s'installer à Amsterdam, en 2014, où elle travaille pour Netflix.


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