Lucie Novat
Un lieu original, riche de symboles, tient lieu de décor pour ce premier roman. Nous sommes immergés au coeur d’une maison d’éducation de la Légion d’honneur, ouverte aux filles, petites-filles et arrière-petites filles des décorés français et étrangers de l'ordre de la Légion d'honneur, de la Médaille militaire et de l'ordre national du Mérite. Etablissement d’ élite, fonctionnant à l’ancienne, pas de mixité, uniforme et discipline sans concession.
En poussant les portes du lycée, dont on apprendra l’histoire, on retrouve Vanessa, qui malgré une scolarité chaotique a intégré une fac et participe au financement de ses études en assurant des heures de surveillance dans l’établissement. Très proche des élèves, elle tente de soutenir le moral de ces ados qui en ont parfois lourd sur le coeur.
On suivra le parcours singulier de quatre pensionnaires, jusqu’à un drame qui secoue le train de vie en apparence contrôlé des jeunes filles.
La raison qui leur a ouvert les portes de ce lycée, c’est la question à ne pas poser. La médaille d’honneur repose parfois dans un écrin imbibé de sang versé.
Dans un style travaillé, nécessitant parfois une attention soutenue pour comprendre ce que l’on lit, Lucie Novat nous livre un roman à la fois captivant et abrupt. Des conversations adolescentes utilisant la dernière mouture inventive en terme de dialogue, à la description lyrique de l’histoire des lieux, le lecteur est entrainé dans un tourbillon de sentiments et d’émotions, en montagnes russes, tant pour la vitesse que pour les variations de niveaux !
En témoignent ces deux passages :
« Bon. Tu vois un atome ? OK tu vois pas. Un atome, c'est le truc le plus riquiqui que tu puisses trouver dans ce monde, et c'est ce qui compose absolument toute la matière. Genre tu prends un caillou, tu coupes, t'as du sable, tu coupes t’as des molécules, tu coupes t’as des atomes. Même chose pour tout : les requins, les vélos, les mamans, les champignons, tu coupes, tu coupes, jusqu'à ce que tu peux plus couper, ce que t'es arrivée aux atomes. Ça s'appelle la matière. D’accord ? »
« Il se tient sur une place ouverte à tous les vents. Ces pierres épousent la basilique où sont les tombeaux des rois, des reines. Si l'on n'y prête pas attention, on pourrait le confondre, le manquer. On pourrait croire, si on se laisse distraire par la splendeur de l'église–sa flèche au milieu de la ville – que ce long mur aveugle, partant vers le sud n'est qu'une dépendance, un enclos pour les moines, bien que l'on sache , au fond, si l'on fait l'effort d'y penser que les moines sont partis depuis des siècles. Ce qui pourrait nous échapper également, c'est qu'aujourd'hui, et depuis longtemps déjà – on devrait le savoir, c'est une vieille histoire – celle qui vivent ici sont des jeunes filles qu'on a déposées là pour tout autre chose que la prière. »
Il en ressort un charme certain, et l’impression de découvrir une plume qui devrait compter dans les années qui viennent.
Merci à Netgalley et aux éditions du Sous-sol
171 pages Sous-sol 5 mars 2025
#VoirVenir #NetGalleyFrance
« Bon. Tu vois un atome ? OK tu vois pas. Un atome, c'est le truc le plus riquiqui que tu puisses trouver dans ce monde, et c'est ce qui compose absolument toute la matière. Genre tu prends un caillou, tu coupes, t'as du sable, tu coupes t’as des molécules, tu coupes t’as des atomes. Même chose pour tout : les requins, les vélos, les mamans, les champignons, tu coupes, tu coupes, jusqu'à ce que tu peux plus couper, ce que t'es arrivée aux atomes. Ça s'appelle la matière. D’accord ? »
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« Il se tient sur une place ouverte à tous les vents. Ces pierres épousent la basilique où sont les tombeaux des rois, des reines. Si l'on n'y prête pas attention, on pourrait le confondre, le manquer. On pourrait croire, si on se laisse distraire par la splendeur de l'église–sa flèche au milieu de la ville – que ce long mur aveugle, partant vers le sud n'est qu'une dépendance, un enclos pour les moines, bien que l'on sache , au fond, si l'on fait l'effort d'y penser que les moines sont partis depuis des siècles. Ce qui pourrait nous échapper également, c'est qu'aujourd'hui, et depuis longtemps déjà – on devrait le savoir, c'est une vieille histoire – celle qui vivent ici sont des jeunes filles qu'on a déposées là pour tout autre chose que la prière. »

Née en 1991, Lucile Novat enseigne les lettres dans un collège de Seine-Saint-Denis.
Son travail littéraire est imprégné de tératologie, de pop culture et d’une petite envie de révolution.


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