Nelio Biedermann
En 1906, la famille Làzàr s’étonne autour de Lajos, ce nouveau-né à la peau transparente que rien ne semble destiner à une longue vie. Pourtant, sur les trois générations qui vont suivre, les choix et coups du destin infléchiront la courbe du destin de ces juifs hongrois pris dans la tourmente des conflits du siècle en devenir.
L’histoire est intéressante, nous faisant revivre cette première moitié du vingtième siècle un peu plus à l’est de ce que nous connaissons. Un beau travail documentaire savamment mêlé aux multiples péripéties que doit subir la famille. Les aristocrates ne pourront pas longtemps protéger leurs privilèges
« Pour Lajos, la disparition de l'empire était la seule suite logique, car la déchéance de son père en était pour lui l'incarnation même. Malgré tout, il fut ébranlé par l'écroulement de l'univers qui était le sien. Il avait l'impression que tout s'effondrait, que le sol se dérobait sous ses pieds, il faisait partie d'un monde qui n'existait plus. »
Il faudra donc se réinventer, au gré des rencontres, et guidé par l’amour, dont on verra qu’il résiste peu aux affres du temps quelle que soit la génération…
On parle pour ce roman d’un futur classique : on peut le comprendre en constatant que le style rappelle l’écriture des grands romans du dix-neuvième siècle : chronologie sans surprise, (point n’est besoin de reconstituer un puzzle temporel) et narration linéaire, avec très peu de dialogues. Cela donne une patte originale pour notre époque mais c’est loin d’être déplaisant. D’autant que l’on peut à l’occasion se réjouir de clins d’oeil savoureux. Comme ce chapitre qui commence ainsi
:
« Longtemps, il s'était couché de bonne heure. »
La référence sera complétée quelques paragraphes plus tard avec une allusion à l’oeuvre de Proust.
Et aussi un brusque sursaut de l’attention quand on lit :
« Cette année, les pommiers étaient particulièrement chargés en poires… »
Les références littéraires sont nombreuses, Proust, mais aussi Simone de Beauvoir ou Virginia Woolf :
Il y avait une œuvre qu’Eva appréciait plus encore que Le deuxième sexe : c'était Une chambre à soi, qu'elle avait lu un après-midi de septembre, dans un parc, sur un banc ensoleillé. En refermant le livre et relevant les yeux pour la première fois depuis des heures, elle était une autre femme.
Grande fresque historique , que l’on parcourt avec un grand plaisir.
352 pages Belfond 20 août 202§
#Lazar #NetGalleyFrance
Traduction (Allemand) Rose Labourie
Titre original Làzàr
Ils étaient proprement incapables de se soucier du sort de la Hongrie–avant d'avoir la force de soutenir leur pays, ils devaient d'abord se retrouver eux-mêmes
*
Pour Lajos, la disparition de l'empire était la seule suite logique, car la déchéance de son père en était pour lui l'incarnation même. Malgré tout, il fut ébranlé par l'écroulement de l'univers qui était le sen. Il avait l'impression que tout s'effondrait, que le sol se dérobait sous ses pieds, il faisait partie d'un monde qui n'existait plus.
*
Nelio Biedermann a étudié la littérature allemande et le cinéma à l'Université de Zurich avant d'écrire son premier roman, Anton will bleiben (non traduit).
Son deuxième roman, Lázár, va le révéler à l'international. Livre phare de la foire de Francfort, Lázár paraîtra dans trente-deux pays.
Né en 2003, Nelio a grandi sur les bords du lac de Zurich. Sa famille paternelle est issue de la noblesse hongroise ; ses grands-parents ont fui vers la Suisse dans les années 1950.


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