vendredi 2 février 2018

Fratricide

Patrice Quélard









ISBN : 9791094907023 
Éditeur : LES AMAZONES (03/02/2017)
existe en version numérique















Il est quelquefois bénéfique de répondre à la sollicitation d’un éditeur pour découvrir une parution récente, surtout lorsque l’on imagine  qu’un choix de hasard nous aurait peut-être incité à baisser les bras et les paupières pour abandonner le texte  rapidement , faute d’intérêt. 

Si l’entrée en matières est austère, sèche, factuelle, martiale et historique, pas une once de glamour ou de fantaisie,  pas un récit de gonzesses, et  alors que l’on sent le poids des 600 pages à venir, la persistance pour cause « comptes à rendre », est récompensée. 

Certes le style reste dans la même veine, mais au delà des faits historiques, de la précision d’orfèvre pour nommer les armes et leurs caractéristiques, de l’analyse subtile de l’art de la guerre, apparait bientôt un récit profondément humain, à travers le destin de trois hommes, victimes de la boucherie du début du vingtième siècle. déboussolés, perdus, se raccrochant à un code d’honneur que n’appliquent pas ses « penseurs à l’abri de la bataille ». Absurde, inique, écoeurant, il n’y a pas d’adjectif assez fort pour qualifier l’irresponsabilité de nos dirigeants  qui  ont envoyées au casse-pipe la jeunesse  de leur pays.

Et l’on souffre avec eux, de faim, de froid, on patauge dans la boue, et on crève de peur, assourdi par le vacarme ambiant . Certes les récits de la vie au front n’ont pas manqué en cette période de commémoration , mais c’est justement le style de l’écriture, à la fois détachée, mais qui donne l’illusion d’un témoignage (Mr Quélard n’a pourtant pas 120 ans, j’ai vérifié) , d’une histoire vécue de l’intérieur qui en fait la force.

Il faudra attendre pour que le destin des personnages présentés au début  se croise, mais les quelques pages consacrées à leur parcours commun sont suffisamment intenses pour inonder le récit d’ une lumière souveraine . C’est pour ce chemin partagé dans le mépris du devoir imposé et de l’obéissance aveugle que la persévérance est récompensée.

Il est peu probable qu’à distance je me souvienne des mérites respectifs d’un Lebel ou d’un Mauser, et j’aurai sans doute oublié la plupart des noms argotiques qui fleurissaient dans les tranchées, mais il est certain que ce récit de guerre restera dans ma mémoire, à long terme, par la force du propos et par la conviction que certains hommes parfois, conservent une lucidité que le formatage militaire (ou autre ) ne réussit pas à éteindre.


Merci donc aux éditions Les amazones et à Raphiki pour leur confiance .



des galons sur un tocard, cela ne ferait jamais plus qu'un tocard avec des galons, et ce ne serait guère mieux que de ne pas avoir de chef du tout. Alors qu'un crack avec des galons, c'est là que les galons faisaient toute la différence








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